La peur de Donald Trump s’estompe rapidement sur les marchés financiers

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Après le Brexit, les marchés financiers ont été une nouvelle fois pris à contrepied en découvrant la victoire de Trump. Pendant quelques instants, ils ont été pris d'une crise de nerfs électronique. Mais, passé le choc, beaucoup pensent qu’il va être possible de composer avec le nouveau président.

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Mardi, une dernière note de la Deutsche Bank avertissait ses clients : un scénario semblable au Brexit n’est pas à exclure pour les élections américaines, prévenait-elle, même si elle penchait toujours pour une victoire d’Hillary Clinton. L’avertissement a à peine été entendu. Pour Wall Street et tous les milieux financiers internationaux, la victoire d’Hillary Clinton était acquise. Tous les sondages l’assuraient : la candidate démocrate allait l’emporter sans difficulté face à Donald Trump. Lundi, la bourse de New York gagnait encore plus de 2 %, après que le FBI eut annoncé l’arrêt de sa nouvelle enquête sur les emails de Clinton. Et puis… comme lors du référendum britannique de juin, la planète financière s’est trouvée totalement prise à contrepied.

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En découvrant, au milieu de la soirée électorale, que la Floride et la Caroline du Nord, deux États présentés comme pivots pour l’élection présidentielle américaine, basculaient en faveur du candidat républicain, les financiers ont soudain réalisé qu’une victoire de Donald Trump qu’ils avaient exclue jusque-là était plus que possible. En quelques secondes, les marchés ont été pris d’une véritable crise de nerfs électronique. Tous les traders, tous les algorithmes ont corrigé en même temps leurs positions pour tenir compte de cette réalité imprévue. 

La correction a été aussi brutale que spectaculaire. Les marchés asiatiques, les seuls ouverts à cette heure-là, ont décroché. À Tokyo, l’indice Nikkei perdait plus de 5 %, la bourse de Shanghai chutait de plus de 2 %. Les futures sur les marchés européens et américains annonçaient des chutes de plus de 5 %. Sur le marché des changes, le peso mexicain perdait plus de 12 %, les analystes se souvenant des prises de position d’un Donald Trump dénonçant les relations migratoires et commerciales entre les États-Unis et le Mexique. Le dollar perdait plus de 2 % face à l’euro et 1,7 % face au yen. Par peur, tous se précipitaient sur l’or, la dernière valeur refuge pour les financiers.

L'or s'envole (en dollar par once) © FT L'or s'envole (en dollar par once) © FT

La première déclaration de Donald Trump, annonçant qu’il entendait être le président de tous les Américains, a modifié les impressions. Après tout, il avait un ton présidentiel, semblent avoir conclu les intervenants de marché. Contrairement à ce qui s’était passé durant les premiers jours suivant le Brexit, les tensions se sont rapidement atténuées. Au lieu de chutes de 5 % attendues dans la nuit, les marchés européens ne baissaient que de 1 % à peine. La panique semblait aussi céder le pas à Wall Street. « Les marchés peuvent-ils espérer 1) que Trump ne sera pas un aussi mauvais président qu’ils le pensaient il y a moins de 24 heures ? 2) qu’il peut en fait être plus dans l’establishment et moins dissident qu’il s’est lui-même dépeint pendant sa campagne ? », s’interroge une analyste, citée par le Guardian, étonnée par un retournement si brusque, et la complaisance soudaine des financiers face au nouveau président.

La nervosité demeure cependant dans le monde financier. Que faut-il attendre de Trump ? se demandent les analystes. À toute vitesse, les uns et les autres se plongent dans les déclarations de campagne du candidat républicain auxquelles ils n’avaient guère prêté attention jusque-là. L’imprévisibilité du nouveau président américain qui a su déjouer tous les pronostics, même en prenant des positions provocatrices sur nombre de sujets, les perturbe. « La grande inconnue est la politique économique… Le Brexit a provoqué une instabilité au Royaume-Uni. Avec Trump, il s’agit d’une instabilité mondiale », relevait le chef économique de World First, Jeremy Cook, tout de suite après la confirmation de l’élection de Trump. 

Pour se rassurer, certains pensent que tout va continuer comme avant. La victoire de Donald Trump devrait même avoir des effets positifs immédiats, selon leurs analyses : la politique accommodante de la Réserve fédérale, dont les marchés financiers sont devenus totalement dépendants, va être maintenue : « L’effet immédiat touche la Réserve fédérale. La probabilité d’une hausse des taux d’intérêt en décembre se réduit fortement », se réjouit ainsi un responsable actions du fonds Fidelity.

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