Les Wendel demandent des comptes à Seillière

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Pour la première fois de sa très longue carrière, Ernest-Antoine Seillière est déstabilisé. Le chef de la famille Wendel se voit demander des comptes sur sa gestion, jugée trop favorable à ses intérêts et ceux de la direction de Wendel Investissement. Une actionnaire de la famille, Sophie Boegner, a déposé plainte pour abus de biens sociaux. Ernest-Antoine Seillière a répliqué par une plainte pour dénonciations calomnieuses. La crise dans un des empires du capitalisme familial français est à son comble.
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Pour la première fois de sa très longue carrière, Ernest-Antoine Seillière est déstabilisé. Héritier de la famille Wendel, ancien président du Medef, toujours président du patronat européen, il a connu de multiples crises. De la faillite de la sidérurgie qui a manqué emporter la fortune familiale au scandale d'Air Lib où on oublia opportunément qu'il en était le premier actionnaire, en passant par la contestation des fonds d'investissement revendiquant un respect plus grand des droits des actionnaires externes, il a traversé les tumultes sans paraître en être affecté. Mais cette fois-ci, c'est plus grave : c'est la famille elle-même qui est ébranlée. Oncles, neveux, grand-tantes et petites nièces, plus de 900 membres en tout, actionnaires à hauteur de 35,9% du groupe, parlent, défendent ou critiquent les pratiques du chef jusque-là incontesté des Wendel.

 

 

A l'origine de cette crise familiale : Sophie Boegner, administrateur de la Société lorraine de participations sidérurgiques (SLPS), qui regroupe la participation qui permet à la famille de contrôler Wendel Investissement. Elle a osé dénoncer publiquement les montages compliqués qui ont permis à Ernest-Antoine Seillière, Jean-Bernard Lafonta, président du directoire de Wendel, Bernard Gautier, autre membre du directoire et à une quinzaine de membres de la direction, de prendre 4,9% de la holding à un prix défiant toute concurrence. Brisant les usages de discrétion de ces grandes familles aristocratiques, elle a même déposé plainte contre X pour abus de biens sociaux. Sans se démonter, elle est venue expliquer aux actionnaires, lors de l'assemblée générale de Wendel Investissement, lundi, les motifs de son indignation. « Ce n'est pas seulement une affaire familiale. C'est celle de tous les actionnaires de Wendel. Il y a eu transfert illégitime d'actifs », expliqua-t-elle en revenant longuement sur les mécanismes utilisés.

 

Révélés par Le Monde début mai, ceux-ci mettent en jeu une série d'opérations, toutes légales sans doute mais qui aboutissent à un résultat étonnant. A l'origine, il y a une participation de 13,5% de Wendel-participation, qui assurait une boucle d'auto-contrôle, et logée dans une société nommée Solfur. Au nom de l'association des intérêts des managers avec ceux des actionnaires, il avait été décidé en 2004 d'utiliser ces titres pour rémunérer les membres de la direction plutôt que de distribuer des stock-options qui ont un effet "dilutif" en raison de la création d'actions nouvelles. Une option d'achat valable jusqu'en 2010 leur avait été donc consentie sur quelque 569.000 actions de Wendel-participation. Ces actions sont piégées car il s'agit d'une société familiale non cotée, et donc difficilement cessibles, mais elles ont un avantage : elles donnent droit chacune à 4,4 actions Wendel Investissement. Ces titres sont à l'époque estimés à 102 millions d'euros. La direction mais aussi Ernest-Antoine Seillière, regroupés dans une société créée pour l'occasion, la compagnie de l'Audon, y souscrivent. Tous s'engagent à verser conjointement 4 millions d'euros pour le prix de l'option.
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