Internet, nouveau «miroir sans tain»

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Dans l'essai Réseaux sociaux & Cie. Le commerce des données personnelles, Franck Leroy dresse le constat accablant d'un système économique reposant sur l'espionnage des internautes et l'utilisation de leurs données personnelles à des fins commerciales.

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Le fait que les géants du web pistent, traquent et enregistrent les moindres faits et gestes des internautes n’est pas une nouveauté. Il ne se passe pas une semaine sans que soit révélé un nouveau scandale sur des applications qui nous espionnent, un « cloud » qui laisse fuiter des données, une faille dans les données de géolocalisation de nos téléphones… La protection de la vie privée sur Internet, qui faisait partie des engagements de campagne du candidat Hollande, devrait ainsi, dans les mois à venir, faire l’objet d’un projet de loi.

Lors d'une manifestation pour une meilleure protection de données privées, en septembre 2011 à Berlin © Reuters Lors d'une manifestation pour une meilleure protection de données privées, en septembre 2011 à Berlin © Reuters

Pourtant, assez peu d’essais ont été consacrés à cette question. Réseaux sociaux & Cie. Le commerce des données personnelles (Actes Sud, avril 2013) présente cet intérêt d’être écrit par un professionnel du secteur, consultant en entreprises, qui, de ce fait, signe sous le pseudo de Franck Leroy.

Même s’il ne révèle aucun scoop, l’auteur commence par passer en revue les différentes stratégies déployées par les entreprises du web pour récolter un maximum d’informations concernant chaque usager, recensant au passage les principales affaires ayant défrayé la chronique ces derniers mois.

Il s’arrête notamment sur la fameuse affaire Max Schrems. En 2011, cet étudiant en droit autrichien, passionné par la question des données personnelles, s’est mis en tête d’obtenir communication de l’ensemble des informations que Facebook détient sur lui. Non sans mal, il obtient finalement les informations que le réseau social a collectées sur lui. Et le résultat est impressionnant : pas moins de 1 222 pages de documents listant « tous ses “J’aime”, ses “Pokes” », détaille dans son livre Franck Leroy, « ses amis, ses messages privés et messages instantanés, les demandes d’ami (acceptées et refusées), invitations (acceptées ou refusées), jours, heures et lieux de connexions (latitude-longitude), photos et vidéos (ajoutées par lui ou par des tiers), liens postés ; tous les “Evénements Facebook” auxquels il a participé sont conservés indéfiniment par la firme ».

Le jeune homme décide de faire de son cas un exemple et dépose 22 plaintes auprès de la DPC, l’autorité irlandaise de protection des données – la filiale de Facebook chargée de gérer les données de tous ses utilisateurs de par le monde, hors États-Unis et Canada, étant domiciliée en Irlande. Max Schrems ouvre également un site internet sur lequel il publie l’intégralité de son dossier, informe sur les moyens déployés par Facebook pour tracer ses utilisateurs et sur l'avancement des procédures engagées.

Même si l’on n’est pas membre du réseau social, on peut être tracé par Facebook. Il suffit que l’on se connecte à une page d’un site quelconque affichant le traditionnel bouton « J’aime » pour que, sans que l’on ait cliqué dessus, un cookie soit installé sur le disque dur de notre ordinateur. En 2011, le Land allemand Schleswig-Holstein a d’ailleurs interdit la présence de ce bouton sur tous les sites édités sur son territoire. « Le motif est très clair », écrit Franck Leroy, « le bouton “J’aime” permet notamment à Facebook de créer des profils utilisateurs sur des usagers qui ne sont pas membres du réseau. »

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