Vers une privatisation partielle de l'indice des prix

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Vent de colère à l'Insee. D'abord, la délocalisation à Metz, imposée par Nicolas Sarkozy, tourne à la farce. Ensuite parce qu'un projet de privatisation de la fabrication de l'indice des prix, sous influence de la grande distribution, menace l'indépendance de la statistique publique.
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L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) vit décidément des jours tourmentés. Menacé par un projet de délocalisation à Metz qui vise en réalité à le démembrer, l'Institut est de surcroît confronté, en interne, à une autre réforme, qui alimente beaucoup de controverses, car elle porte sur une refonte de la procédure de fabrication de l'indice des prix. Au cœur de ces deux confrontations, un même enjeu : la défense de l'indépendance de l'institut et donc de l'honnêteté des statistiques publiques qu'il produit.

L'intersyndicale de l'Insee vient de sonner l'alarme dans le cas de l'indice des prix. Regroupant la CGT, la CFDT, la CGT-FO et Sud, et toujours prompte à défendre la qualité de la statistique publique, elle vient de révéler qu'un projet de refonte de l'indice des prix est en préparation et qu'il pourrait avoir pour effet de faire sous-traiter par la grande distribution la collecte de données nécessaires à la fabrication de cet indicateur. Pour beaucoup de statisticiens, il pourrait s'agir d'une dérive grave, mettant en cause l'indépendance de l'Insee et la qualité des statistiques économiques. En quelque sorte, c'est une privatisation partielle de l'indice des prix que prépare la direction générale de l'Institut.

Ce n'est certes pas la première fois que les statisticiens de l'Insee, appuyés sur une intersyndicale qui fait grand cas des questions d'éthique et de rigueur professionnelle, se mobilisent contre un projet risquant de remettre en cause leur indépendance. Depuis 2007, ils ont ainsi croisé le fer à de nombreuses reprises avec l'Elysée et le gouvernement, qui ne goûtent guère l'indépendance de l'Insee et qui, au travers d'un projet de délocalisation à Metz, ont cherché à organiser un véritable démembrement de la grande maison (on trouvera sous l'onglet « Prolonger » toutes les enquêtes de Mediapart sur le sujet ; on peut également se reporter à notre « édition participative », « En défense de la statistique publique »).

Mais cette fois, c'est une attaque beaucoup plus frontale contre l'indépendance de l'Insee. Et surtout, c'est un projet qui a été élaboré à l'intérieur même de l'institut. Une déclaration de l'Intersyndicale (que l'on peut télécharger ici) résume ainsi le projet.

La fabrication de l'indice des prix prendrait ainsi prochainement en compte des «“données de caisses” (prix, certaines caractéristiques des produits) issues des caisses des grandes et moyennes surfaces. À terme, ces relevés seraient utilisés dans les calculs de l'indice des prix en lieu et place des relevés effectués sur le terrain. Au total pas loin de 500.000 relevés actuellement collectés seraient remplacés par l'utilisation de ces données », écrit l'Intersyndicale.

Ce projet aurait donc pour effet de bouleverser le système actuel de collecte des données. « Actuellement la collecte des prix est organisée dans les points de vente, par téléphone, sur internet. Des agents de l'Insee la réalisent avec une déontologie permettant d'assurer l'indépendance nécessaire à l'opération. La majeure partie des plus de 1,7 million de relevés de prix annuels est réalisée par les enquêtrices prix, pigistes ou fonctionnaires, sur le terrain et par téléphone. Des relevés de tarifs supplémentaires sont réalisés depuis la direction générale », poursuivent les syndicats.

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