Le dollar brûle-t-il?

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Après la crise financière et la crise économique, la crise monétaire? La chute du dollar au cours des six derniers mois, sans précédent depuis 1991, traduit pour la première fois un mouvement de défiance des banques centrales qui se détournent du billet vert et cherchent à diversifier leurs réserves de change. Un jugement de long terme sur le statut des Etats-Unis et de leur monnaie, qui ont dominé le monde depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le point de non-retour?

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Au second trimestre 2009, les banques centrales du monde entier ont continué à accumuler les réserves de change, qui atteignent désormais 7.300 milliards de dollars, en hausse de 413 milliards. Mais, et c'est tout l'intérêt de ces statistiques, la composition par devise fait apparaître une divergence sans précédent entre le flux et le stock. Pour les pays qui révèlent la répartition de leurs réserves entre les principales devises fortes (ce qui n'est pas le cas de la Chine), 63 pour cent des montants ajoutés aux avoirs de change l'ont été en euro et en yen, selon les données publiées par Barclays Capital. La «part de marché» du dollar, la monnaie de réserve dominante depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est tombée à 37 pour cent, contre une moyenne trimestrielle de 63 pour cent depuis 1999. En stock, le billet vert domine encore largement les réserves mondiales de changes (à 62,8 pour cent fin juin, le plus bas niveau jamais enregistré par le FMI) mais certains analystes n'hésitent pas à parler de «point de retournement».
Sur un marché des changes où se brassent chaque jour de 2 à 3.000 milliards de dollars, la défiance des banques centrales n'est pas la seule, ni même la principale cause du déclin du dollar, qui a chuté de plus de 10 pour cent sur une base pondérée commercialement (face aux autres principales devises) au cours de six derniers mois, une dégringolade sans précédent depuis 1991. La très faible rémunération des actifs en dollar, notamment les titres de la dette publique américaine, n'a rien d'attrayant pour les investisseurs. Il semble même que le dollar soit aujourd'hui devenu un instrument du carry trade, rôle longtemps tenu par le yen, exercice qui consiste à emprunter à coût très bas en dollar pour replacer cet argent sur des devises plus rémunératrices.
Mais ces facteurs «techniques» pèsent peu dans la gestion des réserves de change des banques centrales, qui ont inévitablement une dimension politique. Tout se passe comme si elles portaient un jugement négatif non seulement sur la politique macro-économique imposée par la crise financière au gouvernement américain, notamment l'envolée vertigineuse du déficit budgétaire (1.400 milliards de dollars en 2009, 9.100 milliards pour la décennie à venir), mais sur le statut des Etats-Unis dans le long terme. «Les gens achètent l'euro non pas parce qu'ils recherchent cette monnaie mais parce qu'ils veulent se débarrasser du dollar. A long terme, les Etats-Unis ne seront plus la même puissance que par le passé», résume un gestionnaire européen cité par l'agence Bloomberg.

La parole dévaluée des dirigeants américains