Crise: and the winner is... Goldman Sachs

Un an après la faillite de Lehman, sa rivale Goldman Sachs apparaît comme la grande gagnante de la crise. De Paulson à Geithner, la firme de Wall Street a profité de ses relations étroites avec le pouvoir politique pour imposer ses vues dans le sauvetage du système financier. Le contribuable américain, lui, a payé. Plus riche et plus puissante que jamais, la banque – au pouvoir immense – commence à inquiéter. Enquête sur un Etat dans l'Etat.

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Blankfein, Goldman Sachs, 15/09/2009 © Reuters

La plupart des observateurs financiers pensaient avoir tout vu de la part de Goldman Sachs. Le 9 septembre à Francfort, pourtant, ils ont été à nouveau pris par surprise. Devant un parterre de banquiers réunis pour discuter de la crise et de ses conséquences, Lloyd Blankfein, le président de Goldman Sachs, s'est livré à une critique en règle du système financier et des pratiques de Wall Street. Oui, a-t-il reconnu, le monde financier «avait perdu le contrôle des produits exotiques qu'il avait créés». Et cette perte de contrôle a menacé de faire exploser l'ensemble du système économique. A l'avenir, a défendu le président de Goldman Sachs, l'innovation financière devait être mieux contrôlée. Oui, a-t-il enchaîné, la colère des opinions publiques contre les bonus et les rémunérations délirantes était «compréhensible et justifiée». Les rémunérations garanties devraient selon lui «être totalement interdites».
Au moment où la firme la plus célèbre de Wall Street annonce une hausse de 71% de ses bénéfices au deuxième trimestre, où les bonus pour l'ensemble de ses salariés dépassent les 11 milliards de dollars pour la même période, cette charge contre les pratiques bancaires a fait sourire. Que signifie ce brusque changement de ton? Goldman Sachs a-t-il encore besoin de ménager les apparences? Et si oui, pourquoi?
La banque n'a jamais été aussi puissante. Elle sort comme la grande gagnante, la seule, de la crise financière mondiale. Tous ses concurrents ou presque ont été balayés en moins d'un an. Bear Stearns a été absorbé par JPMorgan, Lehman Brothers a fait faillite, Merrill Lynch a été repris par Bank of America. Morgan Stanley se débat au milieu de difficultés financières et de direction. Ayant désormais le statut de banque commerciale, la banque bénéficie de la protection inestimable de la FED tout en poursuivant comme jamais ses activités de banque d'investissement et de faiseur de marchés. Ses activités sur les marchés sont encore plus développées et incontrôlées qu'auparavant: au cours des six premiers mois de 2009, ses revenus de trading et d'investissement ont bondi de 67%. Son bilan est des plus imposants. La banque compte plus de 900 filiales dans le monde, y compris dans des paradis fiscaux aussi décriés que les îles Caïmans, Panama, le Liberia ou les Bahamas. Désormais, le soleil ne se couche jamais sur l'empire Goldman Sachs.

Mais cette puissance même commence à lui poser problème. Car les yeux se braquent de plus en plus souvent sur ce pouvoir immense, capable de dicter ses choix au gouvernement américain, donc au monde. A la mi-juillet, le magazine Rolling Stones, généralement assez éloigné des préoccupations du monde financier, publiait une enquête sans concession sur la «grande machine à bulles américaine». Il y décortiquait l'entrisme des patrons de Goldman Sachs depuis des années au sein du système politique américain, la façon dont la firme a su imposer ses vues aux gouvernements successifs, les séismes financiers qu'elle a provoqués comme la bulle internet dont elle est sortie toujours indemne.

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