Economie

Etats-Unis : alerte sur la dette publique

Un scénario noir de l'agence de notation Standard and Poor's imagine l'inimaginable: le coût budgétaire du sauvetage du système financier américain pour le gouvernement pourrait être si élevé que la note AAA de la dette souveraine des Etats-Unis, tout en haut de l'échelle du crédit, serait à terme menacée.

Philippe Riès

15 avril 2008 à 18h47

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La crise des marchés de crédit aux Etats-Unis pourrait revendiquer une nouvelle victime : la note AAA, tout en haut de l'échelle, que les agences de notation accordent à la dette souveraine des Etats-Unis.
C'est en tout cas le scénario noir envisagé par Standard and Poor's (S&P), l'une des trois agences internationales (avec Moody's et Fitch) dans une étude publiée lundi soir à New York.
Scénario qui repose sur l'hypothèse de plus en plus crédible d'une nationalisation d'une bonne partie du portefeuille des crédits hypothécaires aux Etats-Unis. En d'autres termes, du transfert des créances pourries, fabriquées en quantité industrielle par la crise immobilière et la récession, du bilan des institutions financières à celui de America Inc.
Scénario qui vient aussi rappeler fort à propos que la dette publique officielle (calculée en pourcentage du PIB) des Etats n'est qu'une fraction des énormes engagements «hors bilan» qu'ils devront assumer dans l'avenir.
Au centre du scénario de S&P, il y a la fonction assumée par deux institutions financières à capitaux privés mais qui bénéficient d'une garantie implicite du gouvernement américain, "Fannie Mae" et "Freddie Mac", les surnoms respectifs de la Federal National Mortgage Association et de la Federal Home Loan Mortgage Corporation. Le caractère implicite de cette garantie, qui permet aux deux institutions de se financer à de meilleures conditions sur les marchés, a d'ailleurs fait l'objet d'un débat intense aux Etats-Unis ces dernières années. Que se passerait-il si ces deux GSE (government sponsored entreprises) se trouvaient en difficultés financières ?
Or, depuis le début de la crise des subprime, les autorités américaines ont appelé à la rescousse Fannie et Freddie pour essayer d'enrayer la débandade sur le marché hypothécaire. Leur limite d'engagement par dossier a été relevée pour leur permettre de refinancer des prêts «jumbo» (passant de 417.000 à 730.000 dollars) et leur capacité de financement a été augmentée de 200 milliards de dollars. Résultat : la part des deux entités dans la création de nouveaux prêts hypothécaires a bondi de 46% au second trimestre 2007 à 80% en janvier 2008, selon S&P.

Le coût du sauvetage du système financier


Mais, relève S&P, si une récession économique longue et profonde aux Etats-Unis vient déprimer un peu plus le marché immobilier, S&P estime que les actifs «à problèmes» pourraient atteindre 5 à 15% de l'encours des crédits, soit 4 à 12% du PIB (la richesse additionnelle créée chaque année). Pour Fannie et Freddie, le risque pour le gouvernement serait compris entre 3 et 8% du PIB.

Au total, écrit S&P, «nous croyons que le coût financier pour le gouvernement du maintien de la stabilité du système financier pendant une récession profonde et durable peut être encore plus important, augmentant jusqu'à 25% la dette publique» des Etats-Unis.

Verdict de John Chambers, président du comité des risques souverains chez S&P : dans le pire des cas, le risque représenté par Fannie et Freddie «peut générer une charge budgétaire effective pour le gouvernement qui mettrait sa note sous pression».

Mais l'agence se veut rassurante, en expliquant que les dirigeants américains font tout ce qu'ils peuvent pour éviter que la récession ne s'éternise et s'aggrave.

S&P relève qu'en 2007, le risque budgétaire contingent des Etats-Unis était dans la moyenne des pays du G7 (25% du PIB), le pays le plus exposé, le Japon, étant à 41% et la vertueuse Allemagne à 17% (juste devant la France à 18%. Le Japon (note souveraine AA) et l'Italie (A+) sont les seuls des sept principaux pays industrialisés dont la dette souveraine n'est plus notée triple A.

Pour S&P, la notation des Etats-Unis peut encore supporter un risque budgétaire croissant, à plusieurs conditions cependant, et notamment la préservation «du statut du dollar comme devise internationale clef». Allusion discrète au fait que les Etats-Unis doivent attirer chaque jour près de deux milliards de dollars de capitaux étrangers pour financer leur déficit des comptes courants. Ce qui complique singulièrement l'équation.

Philippe Riès


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