Et si l’Espagne appelait l'Europe et le FMI à son secours?

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Malgré les démentis, Madrid pourrait à son tour faire appel à l'Europe et au FMI pour se financer. La Commission européenne presse le gouvernement espagnol d'accélérer la rigueur.

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Après la panique qui avait saisi la zone euro le 7 mai, les différentes autorités politiques et monétaires avaient bien cru avoir trouvé le moyen d'endiguer la crise de confiance. Entre l'annonce d'un plan de sauvetage de 750 milliards d'euros (près de 1.000 milliards de dollars) pour aider les éventuels pays européens défaillants et la multiplication des plans d'austérité partout en Europe, tout a été fait pour envoyer les signaux censés rassurer les investisseurs et les intervenants sur le marché. Un mois plus tard, cette stratégie se révèle sans effet. L'Espagne à nouveau se retrouve prise dans le même engrenage infernal que la Grèce.
Malgré le plan de rigueur annoncé par José Luis Zapatero et sa décision de passer en force pour imposer des réformes sociales dures, le risque espagnol est jugé de plus en plus élevé. Mercredi 16 juin, l'écart de rendement entre les obligations espagnoles et allemandes à dix ans a augmenté de plus de 0,10% , pour atteindre 2,23% contre 1,96% en début de semaine.
Mais le péril est surtout sur les banques. Depuis fin avril, une méfiance grandissante entoure les banques espagnoles. Les autres établissements bancaires se méfient, les fuient, leur coupant pratiquement tout accès au crédit interbancaire. En mai, celles-ci ont dû emprunter 85,6 milliards d'euros auprès de la Banque centrale européenne (BCE) pour faire face à leurs besoins de liquidités, selon le Financial Times. Ce montant dit à lui seul le malaise: il représente 16,5% de l'ensemble des prêts délivrés en mai par l'institut d'émission européen. Acculé, le secrétaire d'Etat espagnol au trésor, Carlos Ocana, a dû reconnaître pour la première fois officiellement que certaines banques espagnoles se voyaient refuser des prêts sur le marché interbancaire international.
La menace qui pèse sur les banques se transmet à l'Etat. Lundi 14 juin, le Frankfurter Allgemeine Zeitung annonçait qu'un plan européen en faveur de l'Espagne était en cours de discussion pour l'aider à faire face à ses besoins de financement. La rumeur a vite été démentie. Mais elle est repartie mercredi. Selon le journal espagnol El Economista, l'Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et le Trésor américain prépareraient un programme d'aide à l'Espagne, passant notamment par l'octroi d'une ligne de crédit immédiate de 250 milliards d'euros afin de l'aider à se refinancer. La Commission européenne s'est une nouvelle fois empressée de démentir l'information, tandis que le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, qui doit se rendre à Madrid vendredi 18 juin, s'activait pour désamorcer la portée de ce voyage éclair imprévu.
L'expérience de la Grèce en a apporté la démonstration: la crainte peut très vite devenir réalité. Sur les marchés, les prédictions sont auto-réalisatrices. Redoutant le pire, les différents intervenants cherchent par tous les moyens à se retirer d'un marché ou à éviter le risque et précipitent les événements qu'ils voulaient fuir.

N'ayant tiré aucune leçon des derniers mois, la Commission européenne vient elle-même alimenter la méfiance. Mercredi, elle a publié un rapport sur la situation espagnole, soulignant la difficulté pour le gouvernement de faire face à sa dette et à ses engagements de réduction, compte tenu de la faiblesse de l'économie dans les années à venir. Conclusion de la Commission: le gouvernement espagnol doit réduire ses dépenses encore plus vite qu'il ne l'a prévu, pour satisfaire aux critères du pacte de stabilité.

La crise entre dans une troisième phase

De nombreux économistes ont déjà souligné combien les remèdes d'austérité préconisés par l'Europe sont inappropriés voire dangereux pour la zone euro et même pour l'ensemble de l'économie mondiale. Cette fois-ci, ils sont totalement inadéquats pour répondre aux difficultés du gouvernement espagnol.