Un nouveau «Bretton Woods» avec qui et pourquoi?

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Toujours pressé, Nicolas Sarkozy se rend ce week-end à Camp David, flanqué du président de la Commission européenne José Manuel Durao Barroso, pour convaincre le président américain George W. Bush d'accepter la convocation d'un «sommet mondial» sur la reconstruction du système financier international. Champion de l'unilatéralisme américain, canard boiteux à l'impopularité abyssale, présidant une administration finissante qui a géré la crise financière «made in America» avec maladresse, Bush est le mauvais interlocuteur. Et il n'est pas certain que l'objectif lui-même ait été bien réfléchi. Le président en exercice de l'Union européenne confond vitesse et précipitation.
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«Dans le système monétaire international actuel, l'absence de contrôle effectif des pays émettant des monnaies de réserve et leur discipline financière défaillante ont débouché sur un excès global de liquidité et le désordre des flux de capitaux, aggravant les difficultés rencontrées par les autres pays pour préserver la stabilité macroéconomique et renforcer la croissance, tout en faisant peser une menace sérieuse sur la stabilité économique et financière globale.»

 

«Le Fonds [monétaire international] doit tirer les leçons de cette crise et adopter des mesures correctives pour améliorer sa surveillance des pays développés – en particulier les pays émetteurs de monnaies de réserve –, renforcer le contrôle du secteur financier et l'analyse macroéconomique; renforcer la surveillance des flux de capitaux privés internationaux; approfondir l'analyse des retombées de la crise financière. Sur le long terme, le Fonds doit se battre pour établir un système monétaire international équitable et rationnel.»

 

Dans l'avion qui les conduit à Washington via Québec (pour un sommet Canada-UE de pure routine), Messieurs Sarkozy et Barroso n'ont rien de mieux à faire que de méditer ces extraits du discours prononcé le 11 octobre 2008, devant le Comité monétaire et financier international du FMI, par...Yi Gang, gouverneur adjoint de la Banque populaire de Chine, la banque centrale chinoise.

 

Que dit Yi Gang ? Que la crise n'est pas seulement financière mais d'abord monétaire: c'est, comme nous l'avons expliqué ici même avec une certaine obstination, le privilège impérial exonérant les Etats-Unis de toute discipline monétaire (depuis la mort du système de Bretton Woods en 1971) qui est à la source du flot de liquidités ayant nourri les vagues spéculatives récentes (celle de l'Internet puis de celle de l'immobilier et du crédit américains). Bulle du crédit dont l'éclatement a provoqué le tsunami qui balaye la planète financière depuis l'été 2007.

 

«Si les Etats-Unis», comme tous les autres pays qui ne peuvent pas s'endetter dans leur propre monnaie vis-à-vis du reste du monde, «avaient eu des contraintes de balance des paiements, ils n'auraient pas pu laisser se développer la bulle financière du crédit», commente l'économiste Jean Pisani-Ferry, directeur du laboratoire économique bruxellois Bruegel.

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