Christine Lagarde au FMI? Un peu de décence!

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DSK a officiellement démissionné du FMI. L'Elysée faisait déjà campagne, depuis quelques semaines, pour que Christine Lagarde occupe son fauteuil à Washington. Le FMI mérite mieux et il y a l'embarras du choix. Parti pris.
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La campagne orchestrée par l'Elysée pour que Christine Lagarde remplace Dominique Strauss-Kahn à la direction générale du Fonds monétaire international aura à peine été interrompue par le «coup de tonnerre» de l'arrestation à New York du détenteur du poste, accusé d'agression sexuelle sur une femme de chambre de l'hôtel Sofitel. Le président de l'eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a même jugé indécente la manifestation si rapide des appétits de «certains gouvernements», alors que DSK n'est pas encore officiellement inculpé.

Mais indépendamment du «timing», c'est l'idée même que la ministre des finances de Nicolas Sarkozy puisse diriger le FMI qui est indécente. Et pas seulement parce que son implication dans l'affaire Tapie ferait courir un risque inconsidéré à une institution multilatérale déjà suffisamment éprouvée.

Cette campagne, alimentée par des indiscrétions à la presse, avait commencé bien avant «l'affaire» puisqu'on avait la conviction à Paris que DSK quitterait Washington au plus tard fin juin pour se lancer dans la course à l'investiture pour l'élection présidentielle de 2012. Les statuts du Fonds prohibent strictement toute implication du directeur général dans une activité politique. Mais l'incapacité matérielle dans laquelle il se trouve d'exercer ses fonctions ouvre dès maintenant la question de sa succession.

Le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner (lui-même ancien collaborateur du Fonds) en a fait le constat le 17 mai, en appelant le FMI à se doter le plus vite possible d'une «direction permanente».

La succession va désormais aller vite puisque DSK a officiellement démissionné de ses fonctions, jeudi 19 mai. Dans une lettre adressé au conseil d'administration, il affirme par ailleurs être innocent des faits d'agression sexuelle pour lesquels il est incarcéré. Le FMI a d'ailleurs rendu publique cette lettre, dans laquelle Dominique M. Strauss-Kahn s'exprime pour la première fois depuis son arrestation.

«C'estavec une grande tristesse que je me sens obligé de présenter au conseild'administration ma démission de mon poste de directeur général du FMI.Je pense en ce moment tout d'abord à ma femme, que j'aime plus quetout, à mes enfants, à ma famille, à mes amis. Je pense également à mes collègues du Fonds (...) A tous, je souhaite dire que je démens avec la plus grandefermeté toutes les allégations portées à mon encontre. Je veux protégercette institution que j'ai servie avec honneur et dévotion et je veuxconsacrer toutes mes forces, tout mon temps et toute mon énergie àprouver mon innocence», écrit-il.

En dépit du coup porté à la réputation et au fonctionnement du FMI par la nouvelle affaire, les dirigeants européens estiment qu'ils sont toujours légitimes pour revendiquer que le «job» échoie à un Européen, comme cela fut le cas depuis la création du FMI en 1946. La chancelière Angela Merkel estime que l'Europe aura certainement de «très bons candidats».

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