Pébereau, homme fort de la «Sarko-économie»

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A la manœuvre pour essayer de lancer un raid sur la Société Générale, Michel Pebereau, président de BNP Paribas, est un proche de Nicolas Sarkozy. Auteur en 2005 d'un rapport sur la dette publique, il est l'un de ceux qui prépare, à l'Elysée, la mise en œuvre du plan de réformes de l'après-municipales.
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Assez peu connu du grand public, Michel Pébereau (66 ans), le président du conseil d’administration de BNP Paribas, est une personnalité qui jouit d’une très grande notoriété dans le milieu français des affaires. Plus que cela, il en est sinon l’un des « parrains » en tout cas l’un des porte-drapeaux. Et l’un des symboles. Quiconque veut percer les mystères du fonctionnement du capitalisme parisien peut suivre son parcours. On y découvre quelques uns des mystères du capitalisme parisien, ses règles de fonctionnement tout autant que ses codes.

 

Michel Pébereau Michel Pébereau

 

Personnage emblématique des mutations du capitalisme français, Michel Pébereau a en effet commencé sa carrière comme haut fonctionnaire. Ex-directeur de cabinet de René Monory, ministre des finances des dernières années du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, il s'est trouvé privé de la direction du Trésor, au moment où il pouvait y prétendre, par l'arrivée de la gauche en 1981. Comme d’autres de ses collègues issus de l’administration des finances, il profita dans les années 1980 de la grande vague des privatisations pour devenir l’une des figures de la finance française. Pour dire vrai, il en a même profité plus et mieux que d’autres. Patron du Crédit commercial de France (CCF), c’est lui qui en conduit la privatisation, en 1987, voulue par le ministre des finances de l’époque, Edouard Balladur. Et devenu le PDG de BNP en juillet 1993, c’est lui aussi qui en pilote la privatisation, au mois d’octobre de la même année, décidée par le même Edouard, devenu premier ministre.


De cette histoire, Michel Pébereau garde donc les cicatrices. Défenseur acharné du marché, critique radical de l’Etat, le banquier n’en garde pas moins un réseau de relations à cheval entre les milieux les plus libéraux du grand patronat français, et les milieux politiques de la droite. Ou pour être précis, quelques réseaux très particuliers de la droite : très proches d’Edouard Balladur, Michel Pébereau a très tôt épousé la cause de son dauphin, Nicolas Sarkozy.

L'ultra de l'Elysée

Au cours des dernières années, le tandem Sarkozy Pébereau a donc remarquablement fonctionné, en plusieurs circonstances. Président de la « Mission de réflexion sur la dette publique en France » (document PDF), qui a remis un rapport sur le sujet en décembre 2005 au ministre des finances Thierry Breton, Michel Pébereau a été vivement félicité pour ces travaux par Nicolas Sarkozy. Lequel a souvent répété ensuite l’antienne du rapport (« La France vit au-dessus de ses moyens »), même si, devenu président de la République, il a ensuite pris des libertés avec les engagements européens de la France en matière de réduction de la dette publique.

 

De son côté, Michel Pébereau s’est engagé fortement dans la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, de manière certes moins visible que le patron d’Axa, Henri de Castries, qui siégeait dans la commission d’experts du candidat, mais de manière tout aussi efficace : le président de BNP Paribas a rédigé une partie des propositions économiques du candidat.

Dans la galaxie politico-industrielle, BNP Paribas apparaît ainsi comme une banque « sarkozienne ». Autre signe: ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy quand il était ministre du budget, Pierre Mariani est l’un des proches de Michel Pébereau et est devenu le responsable du pôle des services financiers de la banque. Lequel Pierre Mariani,lui aussi, est resté un très proche confident de Nicolas Sarkozy et a participé à plusieurs reprises aux travaux de la commission d’experts du candidat.

Dans la période récente, la proximité entre Nicolas Sarkozy et Michel Pébereau s’est manifestée de manière encore plus spectaculaire. Alors que le président de BNP Paribas militait pour un mariage avec la Société Générale, le chef de l’Etat a de son côté vivement pris à parti le patron de ce dernier établissement, Daniel Bouton (ex- directeur de cabinet d’Alain Juppé au Budget), le pressant de démissionner après que « l’affaire Kerviel » eut été révélée. « Quand le président d’une entreprise connaît un sinistre de cette ampleur et qu’il n’en tire pas les conclusions, ce n’est pas normal », a lancé Nicolas Sarkozy dans un entretien au Parisien (26 février). Une sortie qui se situait sur le registre de l’éthique, mais qui a été perçue comme un soutien à BNP Paribas.

Dans le même temps, Michel Pébereau s’est, de plus en plus, engagé dans la vie publique parisienne. Déjà en première ligne dans les bagarres patronales pour imposer sa protégée Laurence Parisot (administratrice de BNP Paribas) à la tête du Medef, en 2005, il s’est mis encore plus fortement au service de Nicolas Sarkozy depuis quelques mois. Il est l’un des sept participants du comité de suivi de la « Révision générale des politiques publiques », qui se réunit désormais presque deux fois par semaine à l’Elysée, autour de Claude Guéant, le secrétaire général, et qui met au point le « plan choc de Nicolas Sarkozy » de l’après-municipales. D'après plusieurs témoins, c'est même l'un des «ultras» de ce comité très discret.


Bref, Michel Pébereau, c’est un homme-symbole : figurant en bonne place parmi les fermiers généraux de l’ancienne économie, il est devenu l’un des hommes forts de la nouvelle économie. Ou plutôt de la Sarko-économie.

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