Dominique Strauss-Kahn, la voix de son maître

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Incroyable mais vrai: Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, s'est enfin exprimé publiquement sur les "temps exceptionnels" que traversent les marchés financiers et l'économie mondiale. Malheureusement, sa contribution à l'analyse et à la résolution de la crise est tout sauf exceptionnelle.
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Le directeur général du Fonds monétaire international (FMI) a finalement rompu un silence assourdissant qui commençait à faire désordre alors que le système financier américain vient de frôler l'explosion en vol et que son avenir demeure plus qu'incertain. Mais la «libre opinion» que Dominique Strauss-Kahn, délaissant un instant les enjeux majeurs du congrès de Reims du PS français, a livré mardi au Financial Times et au Monde laisse pantois.

 

«Les mesures que viennent de décider les Etats-Unis sont les bienvenues, il faut maintenant attendre leur mise en œuvre effective.» «Bienvenues» auprès de qui, exactement ?

 

Manifestement pas des commentateurs économiques les plus autorisés qui s'efforcent de démontrer depuis 48 heures que le «plan Paulson» (trois pages de présentation pour un budget prévisionnel de 700 milliards de dollars) est la solution la plus risquée pour le contribuable américain mais aussi la plus confortable pour les institutions financières responsables du désastre.

 

En résumé, le plan ne s'attaque pas au nœud du problème, la recapitalisation du système financier aux Etats-Unis, et le rachat des actifs hypothécaires pourris avec de l'argent public ne fera pas payer le juste prix de leurs turpitudes aux dirigeants, aux actionnaires et aux créanciers de ces entreprises. Il s'agit d'une nationalisation des pertes sans réelles contreparties et sans véritables incitations à l'effort de la part des principaux fautifs. Ces derniers garderont leurs banques, leurs dividendes, leurs postes et probablement leurs bonus. Wall Street calcule déjà les énormes commissions que lui rapporteront les opérations de gestion menées pour le compte du Trésor américain.

 

On est à des années-lumière de la punition imposée au début des années 90 par les Suédois (un gouvernement libéral pourtant) à leur système bancaire en faillite: la prise de contrôle directe des institutions, l'expropriation des actionnaires (qui incita ceux qui voulaient échapper à ce sort à trouver eux-mêmes les moyens de survivre), ce qui permit au Trésor suédois de limiter ses pertes en remettant plus tard sur le marché des banques assainies. Même le complaisant Japon a été plus rigoureux avec les morts-vivants de son système bancaire.

 

Que les anciens collègues de Henry Paulson à Wall Street aient applaudi à ce plan de «l'un des leurs» n'est pas surprenant. Que le directeur général du FMI joigne sa voix à ce concert est troublant.

Politicien en congé

 

Il faut néanmoins faire crédit à Dominique Strauss-Kahn d'avoir pris son courage à deux mains en écrivant cette phrase d'une audace inouïe: «Pour parler crûment, cette crise est la crise de la réglementation et de son échec à éviter des prises de risques excessives par le système financier, en particulier aux Etats-Unis.» En particulier aux Etats-Unis?

 

Nous savons bien que DSK doit sa désignation à ce poste tout autant aux Américains (premiers actionnaires du Fonds avec 17% du capital) qu'à Nicolas Sarkozy, mais tout de même, tout de même...

 

Pour le reste, ce texte brille par la platitude des constats et l'absence de propositions précises pour combattre la crise et en tirer les enseignements. «Une recapitalisation du secteur financier s'impose et nécessitera vraisemblablement un soutien public»... Si le contribuable devait y laisser des plumes, «des efforts budgétaires importants seront alors nécessaires pour garantir la stabilité à long terme des finances publiques», etc.

 

En charge de la surveillance et de la stabilité du système monétaire international, le directeur général du FMI n'a pas un mot, pas une allusion, au rôle capital joué par les «déséquilibres globaux» (du fait essentiellement des Etats-Unis) dans le financement des dérives du système de crédit américain. C'est proprement sidérant.

 

«Si [le directeur général pendant la crise asiatique] Michel Camdessus était aujourd'hui à la tête du FMI, il aurait déjà prononcé des dizaines de discours à travers le monde et avancé une quinzaine de propositions, en prenant le risque de se faire rabrouer par les Etats membres sur la plupart d'entre elles», confiait récemment un banquier central européen.

 

On avait fait ici même le pari que Dominique Strauss-Kahn ne serait pas la hauteur des trois hauts fonctionnaires français qui ont occupé avant lui le fauteuil de directeur général du FMI. Et qu'il boxerait plutôt dans la même catégorie (poids légers) que les deux politiciens en congé qui furent ses prédécesseurs immédiats. Pari gagné.

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