Après la chute de vendredi, le bitcoin reprend des couleurs

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Le bitcoin a vu son cours plonger de 30 % vendredi, avant de se reprendre. Promesse d’avenir pour les uns, bulle pour d’autres : cette cryptomonnaie, l’une des vedettes financières de 2017, reste mal connue.

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Est-ce une simple « correction » naturelle ? Ou l’alerte d’un krach à venir ? Si le bitcoin a repris mardi 10 % de sa valeur, dans des échanges peu nourris en raison de la période des fêtes, cela n’a pas suffi à effacer les pertes de la semaine dernière, lorsque la cryptomonnaie a plongé de 30 % sur la seule journée de vendredi, à 11 159,93 dollars sur la plate-forme d’échange Bitstamp, basée au Luxembourg. Ce mardi en fin de matinée, le bitcoin s’échangeait à plus de 15 000 dollars.

Preuve des crispations ici ou là, le président de l’Autorité israélienne de régulation des marchés financiers a fait savoir lundi qu’il proposerait d’interdire de cotation sur la bourse de Tel Aviv les entreprises basées sur le bitcoin et d’autres monnaies numériques. De son côté, Paris plaide désormais pour intégrer la question de la régulation du bitcoin au sommet du G-20 d’avril 2018.

Nous republions l’enquête de Romaric Godin sur le Bitcoin, publiée le 14 décembre 2017.

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C’est la vedette du monde financier de cette année 2017. Le bitcoin vaut désormais près de 17 000 dollars, soit vingt fois plus qu’en début d’année. En 2010, il s’échangeait pour quelques cents. Cette folie financière rappelle les bulles les plus invraisemblables du passé et crée la polémique. Face à ses défenseurs qui y voient le moyen de paiement de l’avenir, les économistes font bloc contre lui. Joseph Stiglitz, prix de la banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, veut l’interdire et Jean Tirole, lauréat de la même récompense, fustige cet actif « sans valeur intrinsèque ». Les banquiers ne sont pas plus charitables. Jamie Dimon, le président de JPMorgan, une des principales banques étatsuniennes, a estimé que le bitcoin était une « fraude ». Une chose est certaine, c’est un phénomène qui ne laisse pas indifférent, même s’il est souvent mal compris. Voici quelques éléments pour tenter de comprendre la « folie bitcoin ».

Un jeton représentant un bitcoin © Reuters Un jeton représentant un bitcoin © Reuters

Qu’est-ce que le bitcoin et comment fonctionne-t-il ?

Le bitcoin est une monnaie électronique qui est le fruit d’un protocole mis au point en 2008 par un mystérieux Satoshi Nakamoto, un pseudonyme qui cache une ou plusieurs personnes dont on ignore tout. Ce protocole permet de valider les transactions réalisées en bitcoins, d’en assurer la sécurité et de créer de nouveaux bitcoins. Cette monnaie n’a donc, en théorie, pas besoin de banque centrale ou d’État pour exister, elle est garantie et créée par une communauté d’intervenants et d’utilisateurs électroniques. C’est le fondement « philosophique » du bitcoin : l’existence d’une monnaie « libérée » de son garant (et manipulateur) habituel, l’État, et reposant sur une communauté et un marché. Un rêve libertarien en réponse aux doutes nés de la crise.

Concrètement, lorsqu’une transaction est réalisée, elle est signée par un système chiffré (d’où le terme de « cryptomonnaie ») grâce à une clé privée fondée sur un mot de passe unique détenu par l’utilisateur (dont la perte entraîne la perte des bitcoins). La transaction signée est alors transmise à une communauté de miners. Ces derniers sont alors en compétition pour valider la transaction par une série de calculs électroniques. Le premier miner qui parvient à valider ce code est récompensé par de nouveaux bitcoins et par une commission en monnaie « réelle ». Cette opération se fait souvent sous forme de « lots » regroupant plusieurs transactions. La communauté valide ensuite les transactions et le lot est intégré dans une chaîne de transactions publique mais anonyme, qui permet de s’assurer qu’il n’y a pas eu une « double » utilisation ou une falsification des bitcoins.

Cette chaîne est la fameuse blockchain qui n’est rien d’autre que ce que font les banques dans le cadre d’une transaction classique : vérification des fonds, établissement de l’historique des transactions, compensation entre les contreparties. Le bitcoin est donc une monnaie décentralisée qui, grâce à son protocole, est capable théoriquement de se passer de banques et de banques centrales. Ce sont les utilisateurs de la monnaie qui assurent ensemble ces fonctions.

La dernière particularité du bitcoin est que son nombre est limité. Une fois le nombre de 21 millions de bitcoins atteint, il n’y aura plus de création monétaire. Les miners ne seront plus récompensés que par les frais de transaction. Mais le processus est asymptotique, plus l’on se rapproche de ce chiffre final, moins les miners sont récompensés par de nouveaux jetons pour les transactions découvertes. On estime ainsi que 99 % des bitcoins seront émis en 2022, mais les 21 millions de jetons pourraient ne jamais être émis, et en tout cas, pas avant 2140. Il sera cependant très difficile d’en obtenir de nouveaux d’ici à cinq ans. Ce contrôle de la « masse monétaire » organise la rareté de cette monnaie et donc, en théorie, sa valeur.

Qui sont les utilisateurs de bitcoins ?

Sur le papier, n’importe qui peut se joindre à la communauté de miners. Il suffit de disposer d’une capacité de calcul suffisante, ce qui, cependant, est de moins en moins à la portée de tous. Plus la communauté s’étend, plus la compétition est rude pour gagner de moins en moins de bitcoins. Les miners ne sont donc plus vraiment des informaticiens isolés, mais plutôt des groupes d’utilisateurs organisés.

Longtemps, les détenteurs et utilisateurs de bitcoins ont été réduits à quelques personnes férues d’informatique, mais aussi et surtout à des fraudeurs fiscaux et à des organisations criminelles attirées par le caractère anonyme et sûr de la blockchain. Ces dernières ont pu aussi mettre sur pied des groupes de « minage » pour contrôler la production de bitcoins. Même s’il est impossible de connaître l’identité des participants à ce processus, l’aspect criminel d’une partie de la communauté ne semble pas faire de doute.

Évolution du prix et de la capitalisation du bitcoin © Coinmarketcap Évolution du prix et de la capitalisation du bitcoin © Coinmarketcap

Néanmoins, avec la hausse du cours du bitcoin, cette cryptomonnaie a attiré de plus en plus de nouveaux utilisateurs d’horizons divers, y compris des particuliers et certains fonds d’investissement. Il existe plusieurs « Bourses électroniques » qui permettent d’acheter des bitcoins, comme Coinbase, Bitfinex, BitBargain ou CoinCorner, par exemple. La Chine a longtemps dominé le marché, mais après l’intervention des autorités qui ont interdit cette cryptomonnaie dans la République populaire, l’essentiel des achats provient du Japon, de Corée et du Vietnam. Le bitcoin est donc d’abord un phénomène asiatique. C’est d’abord le fruit de l’enrichissement de cette zone. 

À quoi sert le bitcoin ?

Le bitcoin a vocation à être une monnaie à part entière et, donc, à pouvoir servir de moyen de paiement. Près de 100 000 sites de commerce en ligne acceptent désormais les bitcoins pour régler des factures et il est possible de se procurer des bons d’achat avec cette cryptomonnaie pour réaliser des dépenses dans de « vrais » magasins.

Le problème principal est que, avec le succès du bitcoin, les frais de transaction ont explosé. La compétition entre miners étant plus féroce pour valider les transactions, le coût de ces dernières est plus élevé. Après avoir été longtemps négligeables, ces frais moyens sont ainsi passés à 15 dollars cet été et 27 dollars plus récemment. De telles commissions rendent impossible l’usage du bitcoin pour de menues dépenses et plus le prix augmentera, plus la capacité d’achat de cette monnaie sera faible.

En réalité, les usages réels des cryptomonnaies sont excessivement réduits. Le principal reste son utilisation pour les transferts de fonds « discrets » – en clair, pour le trafic et le blanchiment, là où des frais élevés sont « acceptables ». Mais la valeur du bitcoin s’appuie aussi de plus en plus sur deux autres piliers : être une réserve de valeur sûre et faire espérer un gain rapide. Ce sont ces deux qualités qui ont développé les levées de fonds des entreprises en cryptomonnaies, les ICO (Initial Coin Offerings), qui se sont développées ces dernières années et ont alimenté la demande de ce type de monnaie. En 2017, 3,2 milliards de dollars ont ainsi été récoltés.

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