La grande réforme de la médecine du travail attendra

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Des relations incestueuses avec le Medef

 

Le projet gouvernemental fait quelques avancées. D'abord en proposant la suppression de l'aptitude, ce qui libérerait du temps pour passer plus de temps sur le terrain. Mais aussi en réorganisant le système de financement des centres de médecine au travail : en novembre 2007, une enquête de Rue89 avait montré les relations incestueuses entre la direction des services de santé au travail et les Medef locaux.

 

 

Ce système opaque sera revu, prévoit le texte. Il confie à la direction régionale du travail et de la formation professionnelle (DTERFP) le soin de décerner les agréments aux centres de santé au travail. D'ici 3 à 5 ans, les cotisations des employeurs transiteront d'abord par l'Urssaf. De quoi éviter les malversations.

 

 

La gouvernance des centres de santé au travail sera elle aussi modifiée. Elle devrait faire plus de place aux syndicats... tout en laissant au directeur une voix prépondérante. «Ce projet n'est pas à la hauteur, la réforme de la gouvernance n'est pas aboutie», tempête Bernard Salengro, de la CGC.

 

 

Pour résoudre le triste état démographique de la profession et son manque d'attractivité auprès des jeunes, le gouvernement propose d'aider à la reconversion de médecins en activité. Le rapport du Conseil économique et social avait, pour sa part, demandé un triplement du nombre de médecins formés chaque année (170, contre 60 aujourd'hui).

 

 

Plus largement, la médecine du travail reste cantonnée à son rôle de conseil, que l'on n'est pas obligé d'écouter.

Faudrait-il fonctionnariser le métier? Certains professionnels pensent en tout cas que les médecins du travail devraient pouvoir sortir du rôle étroit que leur a confié la loi. Qu'ils devraient devenir les sentinelles de la santé qu'ils ne sont pas aujourd'hui, capables d'alerter, par des remontées d'information régulières, sur les nouvelles pathologies liées au travail.

 

 

Notamment dans le cas des souffrances au travail. Les médecins, qui constatent chaque jour leur progression sans pouvoir en mesurer l'ampleur, n'aimeraient pas revivre les affres de l'exposition professionnelle à l'amiante. Quand ce drame de santé publique a éclaté, la profession a été souvent accusée de n'avoir rien vu venir. Claude Raffaelli, ex-médecin du travail de l’usine Ferodo-Valeo, à Condé-sur-Noireau dans le Calvados, a ainsi été mis en examen en 2007 pour non-assistance à personne en danger et homicide et blessures involontaires : l'affaire est en cours d'instruction.

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