Les médecins du travail sont désemparés face au stress croissant des salariés

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Chez IBM, on exfiltre les médecins du travail trop regardants

 

«Nous sommes médecins mais ne pouvons pas nous occuper de la santé des gens», résume Annie Deveaux, médecin du travail à Thizy, dans le Rhône. Ce sont en effet les employeurs qui financent la médecine du travail. «Les médecins du travail ont les bras liés derrière le dos», résume Bernard Salengro, médecin du travail à Nice et responsable national de la CGC, le syndicat des cadres.

 

 

Ceux qui osent mettre en cause l’organisation du travail doivent se préparer à la bagarre. «Il faut du courage», affirme Nicolas Sandret, responsable de la consultation "pathologies professionnelles" à l’hôpital de Créteil. Dans son Journal [lire sous l’onglet Prolonger], le docteur Dorothée Ramaut rapporte les propos d'un directeur: «Un médecin du travail, c’est comme tout, quand on n’en est pas content, on en change.»

 

 

Souvent impuissants, toujours sous influence, ils souffrent en plus d’une image déplorable dans l’opinion. Pour elle, ils sont juste bons à signer des certificats d’aptitude à la chaîne.

 

 

Dans le cas d’une souffrance liée au travail, leur désarroi est plus immense encore. Quand un salarié a mal au dos à cause de charges lourdes, quand il est exposé à des substances dangereuses, le médecin peut, sans trop de difficulté, le déclarer inapte, pour une durée temporaire ou définitive. Face à un salarié à bout de nerfs, il bute contre l’organisation même de l’entreprise.

 

 

Qu’il se permette de signaler des symptômes communs chez plusieurs employés et il passera pour un enquiquineur ou un gauchiste incurable. Chez IBM, un médecin du travail niçois qui avait mis au jour une hausse du niveau de stress professionnel entre 2003 et 2006 due au management par objectifs a été débarqué par la direction, officiellement pour son «manque de communication». Tous les médecins du travail d’IBM s’accordaient pourtant sur les racines du mal : une charge de travail excessive, un système de notation impitoyable, des efforts peu reconnus.

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Depuis que Mediapart est né, nous avons cherché à attirer le projecteur sur la souffrance au travail. Via l'édition Travail en question, régulièrement alimentée par nos plus éminents blogueurs. Dont Marlène Benquet, doctorante à l'EHESS, qui nous a parlé des caissières de Carrefour Grand Littoral et a tendu le micro à Anna Sam, auteur d'un livre sur sa vie quotidienne derrière une caisse de Leclerc.

 

Alors que s'ouvre une conférence entre partenaires sociaux sur la souffrance au travail et la réforme de la médecine du travail, il nous a paru intéressant de raconter l'échec de la médecine au travail dans ce domaine. Terrible échec, alors que le médecin du travail est certainement le mieux placé pour entendre, dans le secret absolu de son cabinet, les souffrances secrètes des salariés.