Les médecins du travail sont désemparés face au stress croissant des salariés

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La «clinique médicale» à la place du Prozac

 

Certains médecins n'acceptent pas cette impuissance. Ils constituent une frange minoritaire, mais active, inspirée par les écrits des psychiatres Christophe Dejours et Yves Clot [voir sous l’onglet «Prolonger»]. Depuis la fin des années 90, une quinzaine de consultations spécialisées dans la souffrance professionnelle, financées par des hôpitaux, la Fnath ou des mutuelles, ont vu le jour.

 

 

Annie Deveaux, médecin du travail dans le Rhône, y consacre ses journées libres et parfois ses soirées. Nicolas Sandret, médecin inspecteur du travail (l’alter ego de l’inspecteur du travail pour les avis médicaux), consulte une demi-journée par semaine. Son carnet de rendez-vous est plein jusqu’en décembre.

 

 

Dans ces initiatives, l’institution médecine du travail n’est pas partie prenante. «Ça relève du militantisme», confie Annie Deveaux. Militantisme médical : «C’est ça ou le Prozac», dit-elle. Soit la «clinique médicale», avec ses protocoles, ses entretiens en tête-à-tête, loin de l’entreprise. Soit les antidépresseurs pour tous. Eux choisissent la première solution.

 

 

Selon ses médecins passionnés, une réforme du travail digne de ce nom ferait d’eux un chef d’orchestre de la santé, autorisé à convoquer ergonomes, spécialistes des nuisances sonores, des émanations toxiques ou de la souffrance au travail si besoin en était. Pour Bernard Salengro, de la CGC, pas de doute : le médecin du travail, s'il avait plus d'autorité, serait le mieux à même de prendre en charge la souffrance au travail. Car il est astreint au secret médical. Une garantie de confidentialité inestimable.

 

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Depuis que Mediapart est né, nous avons cherché à attirer le projecteur sur la souffrance au travail. Via l'édition Travail en question, régulièrement alimentée par nos plus éminents blogueurs. Dont Marlène Benquet, doctorante à l'EHESS, qui nous a parlé des caissières de Carrefour Grand Littoral et a tendu le micro à Anna Sam, auteur d'un livre sur sa vie quotidienne derrière une caisse de Leclerc.

 

Alors que s'ouvre une conférence entre partenaires sociaux sur la souffrance au travail et la réforme de la médecine du travail, il nous a paru intéressant de raconter l'échec de la médecine au travail dans ce domaine. Terrible échec, alors que le médecin du travail est certainement le mieux placé pour entendre, dans le secret absolu de son cabinet, les souffrances secrètes des salariés.