Les médecins du travail sont désemparés face au stress croissant des salariés

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Le gouvernement commande un rapport à un gourou médiatique du stress

 

Et qui sait? La réforme rêvée pourrait même leur permettre de questionner le management. De faire en sorte que «le pollueur» (l’employeur), «paie» quand il est responsable. Mais comme l’amiante pendant de longues années, comme les douleurs articulaires aujourd’hui, la souffrance au travail ne figure pas dans les tableaux de maladies professionnelles reconnues par les caisses d’assurance maladie.

 

 

Quant à la réforme annoncée ce vendredi par le ministre du travail, elle ressemble plus à une série de retouches (utiles) qu’à une lame de fond. Serait-il déjà trop tard? La corporation, dont la pyramide des âges est désespérante, semble déjà débordée par une myriade de cabinets experts en stress qui monnaient fort cher leurs conseils aux entreprises.

 

 

Le marché du stress est en plein essor. Car les employeurs s’affolent. Un cas de suicide médiatisé fait très mal à l’image. Et les risques pénaux sont réels depuis que la santé mentale et le harcèlement moral sont entrés dans le code du travail, en 2002. Dans deux arrêts, en 2006 et 2007, la Cour de cassation a affirmé que l’employeur pouvait être tenu responsable en cas de suicide d’un salarié. Même à son domicile.

 

 

La liste des experts proclamés ès «stress» ne cesse de s’allonger. L’un d’entre eux, le médiatique Patrick Légeron, médecin psychiatre et patron du cabinet de consultants Stimulus, a même été choisi par le gouvernement pour rédiger un rapport sur «la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux» remis au ministre du travail, Xavier Bertrand, en mars.

 

 

Patrick Légeron est une vedette auprès des entreprises du Cac 40. De PSA à Michelin, elles raffolent de ses «audits de stress». Pour de nombreux sociologues psychiatres ou médecins du travail, le choix de Légeron n’est pas anodin. «Ce rapport est fait pour désamorcer le débat public», affirme ainsi Vincent de Gaulégac, sociologue à Paris VII qui met en cause la proposition du psychiatre de mesurer le «stress».

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Depuis que Mediapart est né, nous avons cherché à attirer le projecteur sur la souffrance au travail. Via l'édition Travail en question, régulièrement alimentée par nos plus éminents blogueurs. Dont Marlène Benquet, doctorante à l'EHESS, qui nous a parlé des caissières de Carrefour Grand Littoral et a tendu le micro à Anna Sam, auteur d'un livre sur sa vie quotidienne derrière une caisse de Leclerc.

 

Alors que s'ouvre une conférence entre partenaires sociaux sur la souffrance au travail et la réforme de la médecine du travail, il nous a paru intéressant de raconter l'échec de la médecine au travail dans ce domaine. Terrible échec, alors que le médecin du travail est certainement le mieux placé pour entendre, dans le secret absolu de son cabinet, les souffrances secrètes des salariés.