Les médecins du travail sont désemparés face au stress croissant des salariés

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Sus au «psychopapouille»!

 

«La création d'indicateurs n'améliorera rien du tout, prédit-il. On ne fait qu'évacuer le problème.» [L'interview de V. de Gauléjac est à lire dans le Club, par ici.] «Cet homme est médecin, il fait un commerce de sa qualité de médecin, je trouve cela scandaleux», s’insurge Annie Deveaux. Interrogé par Mediapart, Patrick Légeron ne nie pas le conflit d’intérêt. S'il a été choisi, dit-il, c'est pour ses interventions dans les plus grandes entreprises et ses «best-sellers» sur le stress...

 

 

 

 

Bénédicte Haubold a créé Artélie Conseil il y a un an et demi. Cette diplômée de HEC, ancienne chargée d’audit chez Pechiney et Vivendi, s’est établie à son compte il y a un an et demi après un DESS de psychologie. Elle emploie 6 salariés, tous issus du monde de l’entreprise, et affiche 900.000 euros de chiffre d’affaires.

 

 

Avec les médecins du travail, elle n’est pas tendre. «Ils n'ont pas de leviers d'action, pas accès à la direction générale. Le travail est pour eux un concept. Ils n'ont que les plaintes des salariés», dit-elle. Elle, affirme apporter de la «valeur ajoutée» au client. «La vision ‘psychopapouille' (sic) du travail n'intéresse pas les DRH ou les patrons qui font appel à nous. Ils ont un regard très business Les résultats doivent être rapides.

 

 

Les missions d'Artélie sont donc courtes. Fée Clochette des couacs organisationnels, Bénédicte Haubold prétend à peu près tout résoudre, «un projet stratégique qui risque de ne pas arriver à échéance parce que les équipes ne s’entendent pas, un PDG du Cac 40 qui reçoit un SMS d’un salarié menaçant de se suicider...».

 

 

A son tableau de chasse, elle a accroché Sodexo, Euronext ou la Fondation Aga Khan. Mais aussi une des plus grandes associations parisiennes de médecine du travail, l’ACMS, à laquelle elle monnaie ses services pour des missions de conseil sur la souffrance au travail. Une diplômée d’un DESS de psychologie qui conseille des médecins ... voilà déjà qui en dit long sur le coma dépassé de la médecine du travail.

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Depuis que Mediapart est né, nous avons cherché à attirer le projecteur sur la souffrance au travail. Via l'édition Travail en question, régulièrement alimentée par nos plus éminents blogueurs. Dont Marlène Benquet, doctorante à l'EHESS, qui nous a parlé des caissières de Carrefour Grand Littoral et a tendu le micro à Anna Sam, auteur d'un livre sur sa vie quotidienne derrière une caisse de Leclerc.

 

Alors que s'ouvre une conférence entre partenaires sociaux sur la souffrance au travail et la réforme de la médecine du travail, il nous a paru intéressant de raconter l'échec de la médecine au travail dans ce domaine. Terrible échec, alors que le médecin du travail est certainement le mieux placé pour entendre, dans le secret absolu de son cabinet, les souffrances secrètes des salariés.