L'Europe sociale se mobilise en ordre dispersé

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Euro-manifestation à Bruxelles, grève générale en Espagne. L'Europe sociale s'est mobilisée, mercredi 29 septembre, pour dénoncer les plans d'austérité et le chômage de masse (23 millions de sans-emploi dans l'Union). Mais les revendications, d'un pays à l'autre, sont très différentes.

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Euro-manifestation à Bruxelles, grève générale en Espagne, mobilisations prévues en Roumanie, en République tchèque ou en Serbie: l'Europe sociale s'est mobilisée, mercredi 29 septembre, pour dénoncer les plans d'austérité décidés au printemps dans plus d'une dizaine de pays du continent. «Les salariés ne doivent pas être les seuls à payer l'irresponsabilité spéculative de certaines institutions financières», écrit la Confédération européenne des syndicats (CES) dans un communiqué.
Quelque 100.000 personnes, venues de 30 pays d'Europe, ont défilé à Bruxelles. En Espagne, la mobilisation a été importante. Trois quarts des 2,6 millions de salariés de la fonction publique avaient fait grève une première fois, le 8 juin, selon les deux principaux syndicats du pays, pour protester contre la réforme du marché du travail mise en place par le gouvernement Zapatero.
La crise a fortement touché les travailleurs en Europe. Au premier trimestre de 2008, 16 millions de personnes étaient au chômage au sein de l'Union, soit 6,7% de la population active, selon l'agence de statistiques européenne Eurostat. Deux ans et demi plus tard, en juillet 2010, leur nombre a explosé, à 23 millions d'individus (10%). A comparer aux taux de chômage d'autres régions du monde «développé» au même moment: 9,5% aux Etats-Unis et 5,2% au Japon. En Espagne, le taux de chômage dépasse les 20%.
Dans ce contexte, les politiques d'austérité, mises en place en réaction à la crise grecque et à la pression des marchés financiers, n'arrangent rien. Cet «ajustement structurel européen» risque, selon bon nombre d'économistes, de fragiliser la reprise de la croissance (+1% pour les 27 au deuxième trimestre 2010), mais aussi d'aggraver un peu plus la facture sociale de la crise.
Les fonctionnaires, en particulier, sont mis au régime sec. En Espagne, leur traitement a baissé de 5% depuis juin. La Roumanie est sur le point de leur imposer des coupes de 25%! En Italie, leurs rémunérations sont gelées sur les trois ans à venir. De la Grèce à l'Irlande, passant par l'Espagne, la Pologne et la Grande-Bretagne, la TVA est relevée. (Cliquer ici pour lire notre carte et connaître le détail des mesures annoncées dans 11 pays d'Europe.)

En Allemagne, on débat de la hausse des salaires...

«Une réduction simultanée et massive des dépenses publiques de l'ensemble des pays de l'Union ne peut avoir pour effet qu'une récession aggravée et donc un nouvel alourdissement de la dette publique», estiment de leur côté les «économistes atterrés», ces universitaires français mobilisés contre l'austérité en Europe. Ces derniers rappellent que les principaux clients des pays européens sont précisément... les pays européens. D'où l'importance de maintenir la demande des ménages, si l'on veut relancer la machine.

Pour autant, la mobilisation européenne de mercredi s'est dispersée. D'abord parce que les revendications, d'un pays à l'autre, diffèrent. En France, c'est la réforme des retraites qui monopolise l'attention, avec la manifestation du 2 octobre en ligne de mire. En Espagne, la réforme du marché du travail est au cœur des préoccupations. En Allemagne, qui connaît une embellie économique, le débat est encore différent: les syndicats réclament des hausses de salaires et des garanties sur leurs emplois. En Roumanie et en République tchèque, les fonctionnaires veulent contraindre leur gouvernement à effacer la baisse de leurs salaires.

Autre élément qui tend à fragiliser la mobilisation de mercredi: la Confédération européenne des syndicats. Malgré la crise et l'urgence sociale, la CES a toujours autant de mal à se faire entendre et à mobiliser, au-delà de son travail quotidien d'expertise, en lien avec la commission et le parlement. Trop ancrée à Bruxelles, pas assez proche de sa base, disent les critiques.