Portugal: en attendant le FMI ?

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Pas de trace au Portugal de la tension sociale qui monte en Espagne. Peut-être parce que le pays était en crise avant la crise et que la rigueur façon Socrates est une version light de celle mise en œuvre par le socialiste Zapatero. Mais Lisbonne a reçu l'ordonnance de l'OCDE, alors que les marchés s'impatientent.
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«Au pire, le FMI ne manquera pas de mettre nos finances en ordre, ou sur la voie d'un certain ordre, réalisant ce dont nos partis politiques, par opportunisme, ne sont manifestement pas capables. Mais peut-être peut-il faire plus. Peut-être peut-il convaincre les électeurs de l'irresponsabilité incurable du régime et des hommes politiques qui aujourd'hui l'exploitent et le dirigent.» En attendant cette arrivée que l'éditorialiste du Publico, Vasco Pulido Valente, appelle ainsi de ses vœux (et que nombre d'économistes jugent inévitable), le Portugal a entendu lundi le diagnostic de l'OCDE, dont le secrétaire général, le Mexicain Angel Gurria, avait fait le voyage de Lisbonne afin de délivrer en main propre l'ordonnance qui l'accompagne.

Car ce pays parmi les plus pauvres d'Europe (l'ancienne à 15, comme la nouvelle à 27), a connu la crise avant la crise. Il reste le seul à ce jour à avoir vraiment subi la férule du Pacte de stabilité et de croissance de l'UEM, avant que les «Grands» (Allemagne et France unies pour la mauvaise cause) ne décident en novembre 2003 d'en faire un chiffon de papier. A méditer alors que la Commission européenne propose de ressusciter ce mort vivant et que l'Allemagne, redevenue parangon de vertu après un moment d'oubli, exige des sanctions exemplaires (la suspension des transferts financiers communautaires) contre ceux des Etats membres qui tarderaient trop à rentrer dans le droit chemin budgétaire.

Hasard du calendrier, l'étude approfondie de l'OCDE (la précédente remontait à juin 2008) est tombée en plein bras de fer entre le gouvernement socialiste minoritaire de José Socrates et le principal parti d'opposition (centre-droit), le PSD, dont l'accord est indispensable, fût-ce sous la forme d'une abstention, pour faire passer le budget 2011. Au cœur de l'affrontement, une question familière dans presque tous les pays européens: l'ajustement budgétaire sévère d'ici 2013 passe-t-il par la hausse des impôts et/ou la réduction des dépenses publiques, et dans quelles proportions?

Le patron des sociaux-démocrates, Pedro Passos Coelho, refuse toute nouvelle augmentation de la pression fiscale au-delà de ce qui a été prévu dans l'accord PS-PSD qui avait permis l'adoption du budget 2010. Il accuse le gouvernement de ne pas respecter l'engagement de baisse de la dépense publique (un milliard d'euros en 2010, 2,4 milliards en 2011). Socrates laisse entendre qu'une nouvelle hausse de la TVA (de 21 à 23%) est incontournable (après celle d'un point de pourcentage déjà intervenue au 1er juillet de cette année). Il met au défi le PSD de laisser rejeter le budget et de faire tomber le gouvernement, ce qui plongerait le pays dans une crise politique ouverte et la paralysie. D'autant que le président de la République, Anibal Cavaco Silva, à moins de six mois de la fin de son mandat, n'a plus la possibilité d'appeler les électeurs à trancher en dissolvant l'Assemblée nationale. Les sondages indiquent que l'ancien premier ministre social-démocrate pourrait obtenir sans peine un second mandat.

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