Les patrons ont soigné leurs rémunérations de fin d’année

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Faut-il interpréter cela comme un signe de confiance? Ces dernières semaines, les dirigeants des grandes comme des petites entreprises se sont précipités pour réaliser leur plan de stock-options et les revendre par la suite. A la clef, à chaque fois, de solides plus-values. Franck Riboud, le patron de Danone, a ainsi empoché 2,4 millions d'euros. Mais les deux dirigeants de BNP Paribas n'ont pas fait mal non plus: entre juin et décembre 2009, ils ont empoché plus de 2,6 millions d'euros de plus-values.

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C'est sans doute le désir de remettre de l'ordre dans leurs comptes avant la fin de l'année. Ces dernières semaines, les déclarations des dirigeants de grands groupes comme d'entreprises plus discrètes annonçant leur levée de stock-options et leurs ventes immédiates, voire des allégements substantiels de leur position, abondent sur le site de l'Autorité des marchés financiers.
«Ont-ils des informations que nous n'avons pas?», ne peut s'empêcher de se demander Colette Neuville, la présidente de l'association des actionnaires minoritaires (ADAM), à la vue de ces mouvements frénétiques. L'arrivée à terme de plans de stock-options, l'envolée irréelle des marchés financiers expliquent une partie de ces opérations. Leur ampleur, cependant, ne manifeste pas une grande confiance dans l'avenir.
Ainsi le groupe Danone ne cesse d'envoyer des signaux rassurants sur son avenir. Ses produits (yaourts, eau, etc.) figurent, assure-t-il, parmi les plus insensibles à la crise. Mais comment concilier ce message avec celui envoyé par son président Franck Riboud? Le 14 décembre, celui-ci s'est empressé de lever ses stock-options pour les revendre aussitôt. L'opération d'un montant de 10,7 millions d'euros se traduit par une plus-value de 2,4 millions d'euros pour lui. Une sorte de record dans le genre. Dans la foulée, son directeur général, Emmanuel Faber, a réalisé le même aller-retour mais à son échelle: la plus-value est seulement de 232.966 euros, un dixième de celle de son président.
Ce type d'opérations a foisonné ces dernières semaines. Thierry Desmarest, président du conseil d'administration de Total, s'est ainsi empressé de vendre ses stocks à peine levés. Plus-value: 104.750 euros sur une opération d'un million. Le vice-président du comité exécutif du groupe pétrolier, François Cornelis, a lui multiplié les allers et retours ces dernières semaines, sans doute en vue de préparer sa retraite. Bilan de ces transactions: une plus-value de 292.389 euros pour un capital constitué de 2,15 millions.
Comparé à Jean-René Fourtou, cela paraît un peu dérisoire. Il est vrai que l'ancien PDG d'Aventis et de Vivendi est un expert en la matière. Profitant d'un généreux plan de stock-options dont il avait été un des heureux attributaires en tant que responsable d'Aventis, celui-ci a soldé une partie de ses comptes à la fin de l'année. Il a levé le 11 décembre pour 11,7 millions d'euros de stock-options Sanofi-Aventis pour les revendre tout de suite après. Plus-value dans cette opération: 644.955 euros. Voilà qui viendra arrondir un patrimoine qui doit désormais dépasser largement les 50 millions d'euros. Il faut savoir récompenser les talents d'un capitaine d'industrie, qui s'est illustré tant à la tête de Rhône-Poulenc que de Vivendi en passant par la gestion de l'affaire Rhodia.
L'exemple venant du haut, tous les autres le suivent. C'est le président de la Compagnie générale de géophysique-veritas, Robert Brunck, qui a analysé attentivement le sort de ses titres dans les derniers jours de décembre. Résultat? Une plus-value de 716.687 euros et un capital de 1,6 million d'euros en quelques jours. C'est le directeur général de Pernod-Ricard, Pierre Pringuet, qui profite d'un doublement du cours par rapport à ses stock-options pour engranger 305.235 euros de plus-values. C'est le directeur général de Sodexo, Michel Lourdel, qui en quelques heures devient l'heureux bénéficaire d'une plus-value de 438.000 euros. C'est l'ensemble de la direction de Dassault System qui se précipite pour concrétiser tout de suite la différence entre un plan de stock-options à 23 euros et un cours de Bourse à 39 euros. Cadeau de Noël pour chaque membre : entre 50.000 et 160.000 euros de plus-values. Et à chaque fois, le signe d'une confiance renouvelée dans les perspectives futures de leur entreprise.

L'expertise des dirigeants de BNP Paribas

En la matière, les dirigeants de BNP Paribas font preuve d'une solide foi dans l'avenir. Le 15 décembre, Michel Pébereau, président du groupe bancaire, et Baudoin Prot, directeur général, ont exercé les dernières stock-options d'un plan qui arrivait à expiration à la fin décembre, pour les revendre tout de suite après. Cette cession ne leur a pas rapporté 1,5 million d'euros de plus-values comme l'a indiqué la presse, mais juste 1 million (677.660 euros pour Michel Pébereau et 404.410 pour Baudoin Prot).

Mais ce n'est là qu'une opération parmi d'autres. Car les dirigeants de BNP Paribas ont beaucoup travaillé leurs positions boursières cette année. Il y a plus d'une page de déclaration sur le site de l'AMF. Dès juin, alors que la situation bancaire s'améliore grâce au soutien de l'Etat, les deux dirigeants commencent à lever – toujours dans le cadre de ce plan attribué en 1999 pour saluer la victoire de la prise de Paribas – leurs options, pour les revendre tout de suite. Michel Pébereau réalise la vente de 70.000 actions pour un total de 3,1 millions, ce qui permet d'empocher une plus-value de 275.100 euros. Baudoin Prot lui vend à cette date 45.000 titres pour un total d'un plus de 2 millions et empoche une plus-value de 176.850 euros.

Le 15 septembre, tandis que le monde bancaire vante la solidité du modèle français, les deux dirigeants lèvent à nouveau, comme cela leur est permis, leurs stock-options au prix de 44,77 euros par titre. Michel Pébereau en souscrit 75.000 et Baudoin Prot 40.000. Ils ont une telle confiance dans l'avenir qu'ils revendent dans la foulée leurs titres au prix de 53,967 euros chacun. Michel Pébereau réalise une nouvelle plus-value de 689.775 euros et Baudoin Prot de 367.880 euros.

Le 25 septembre, le conseil d'administration de la banque vote le principe d'une augmentation de capital de 4,3 milliards d'euros pour rembourser les prêts consentis par l'Etat. Officiellement, BNP Paribas ne comptait les rembourser qu'au milieu de l'année 2010. Mais les résultats du sommet du G20, les nouvelles normes prudentielles qui se profilent et vont imposer un renforcement des capitaux propres des établissements bancaires l'obligent à précipiter ce remboursement. Et puis, il n'est pas mal venu de retrouver à bon prix (226 millions d'intérêt pour 5,1 milliards d'euros prêtés) son indépendance et de prouver sa solidité aux yeux des investisseurs.

L'augmentation de capital se fait au prix de 40 euros l'action, elle est assortie de droits préférentiels de souscription donnant le droit à une action nouvelle pour 10 anciennes. Au 1er octobre, le président de BNP Paribas vend pour 140.637 euros de droits de souscription, et le directeur général pour 90.408 euros de droits. C'est sans doute au nom de la diversification du patrimoine. Ils souscriront cependant à l'augmentation de capital. Michel Pébereau achètera 9.400 actions pour le prix de 376.000 euros et Baudoin Prot 6.044 titres pour 241.760 euros.

Des titres largement payés par les plus-values annexes. Au total, Michel Pébereau a réalisé 1,78 million d'euros de plus-values en 2009, et Baudoin Prot, si on exclut les opérations réalisées par des tiers proches, 862.698 euros. Qui a parlé de crise financière?

Les richesses des produits dérivés

Des patrons ont aussi mis à profit la fin de l'année pour alléger leur position sur leurs titres. Patrick Kron, le PDG d'Alstom, a vendu pour plus de 4 millions d'euros de titres de son groupe en novembre 2009. Des membres de LVMH semblent avoir eu aussi un besoin urgent de vendre. Nicolas Bazire, le directeur général, a ainsi cédé pour plus de 1,2 million d'euros de titres en décembre. Un des administrateurs du groupe, Patrick Houël, en a cédé pour 150.000 euros. Le directeur général de Christian Dior, Sidney Toledano, a été pris d'une vraie fièvre vendeuse. En quelques jours, il a cédé 23.000 actions pour 1,6 million d'euros. Même des fonds liés au milliardaire Albert Frère, proche ami de Bernard Arnault, ont éprouvé la nécessité de s'alléger. Ils ont vendu pour 4,2 millions d'euros de titres. Mais tout cela n'est sans doute que pour faire quelques plus-values avant l'arrêt des comptes de 2009. En aucun cas, il ne faut y voir des signes de défiance.


A côté, il y a malgré tout des dirigeants qui semblent confiants dans l'avenir. Les administrateurs et les dirigeants d'AXA ont ainsi massivement répondu à l'augmentation de capital de 2 milliards d'euros lancée par le groupe d'assurance. Henri de Castries, son PDG, a ainsi pour 400.000 euros de titres et Denis Duverne, le directeur général, pour 100.000 euros. La proposition, il est vrai, était intéressante : 14,92 euros par titre. Et puis, les dirigeants d'AXA savent aussi comment se préserver des aléas du marché. Leurs dernières opérations sur dérivés, des options d'achat en l'occurrence, se sont révélées particulièrement fructueuses. Leur dénouement a rapporté 394.772 euros à Henri de Castries et 153.403 euros à Denis Duverne.

Les richesses insoupçonnées recelées dans les produits dérivés ne paraissent pas avoir été toutes découvertes par les dirigeants. Mais un grand développement leur semble promis. Le groupe Lagardère montre la voie. Début novembre 2009, Lagardère capital et management, une structure créée par le groupe Lagardère pour rémunérer ses dirigeants et dont Arnaud Lagardère est le principal bénéficiaire, a résilié des options de vente. La cession de ces instruments financiers a rapporté 3,4 millions d'euros. Voilà qui permet de bien terminer l'année.