Brève

Silences de l’Eglise face à la pédophilie: la justice française clôt l’« affaire Barbarin »

La justice française a mis mercredi un point final à une affaire qui a ébranlé l’Eglise catholique, en rejetant un pourvoi en cassation contre la relaxe de l’ex-archevêque de Lyon Philippe Barbarin, accusé de n’avoir pas dénoncé les agressions sexuelles d’un prêtre de son diocèse.

Agence France-Presse

14 avril 2021 à 19h00

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La justice française a mis mercredi un point final à une affaire qui a ébranlé l’Eglise catholique, en rejetant un pourvoi en cassation contre la relaxe de l’ex-archevêque de Lyon Philippe Barbarin, accusé de n’avoir pas dénoncé les agressions sexuelles d’un prêtre de son diocèse.

« L’innocence du cardinal est définitivement consacrée », s’est félicité auprès de l’AFP l’avocat de Philippe Barbarin, Me Jean-Félix Luciani.

Le cardinal Philippe Barbarin avait été condamné en première instance, en 2019, à six mois de prison avec sursis pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, les faits ayant été commis par le prêtre Bernard Preynat sur quelque 70 jeunes scouts entre 1986 et 1991.

Il a ensuite été relaxé par la cour d’appel de Lyon en 2020. La plus haute juridiction de l’ordre judiciaire avait alors été saisie par les accusateurs de l’ex-archevêque.

Dans son arrêt - très attendu, même si seuls les intérêts civils étaient en jeu dans ce pourvoi - la Cour de cassation apporte des « précisions importantes » sur les conditions dans lesquelles le délit de non-dénonciation d’agression sexuelle sur mineur peut être constitué.

La Cour a notamment considéré, comme la cour d’appel mais à rebours des parties civiles, que l’obligation de dénonciation prend fin à partir du moment où les victimes sont elles-mêmes en état de dénoncer les faits, parce qu’elles sont devenues majeures ou ne sont plus en état de fragilité.

La cour d’appel de Lyon avait notamment considéré que le dignitaire ecclésiastique n’était pas tenu, en 2014-2015, de dénoncer les agissements du père Preynat car les victimes, « âgées de 34 à 36 ans, insérées au plan familial, social et professionnel, sans maladie ou déficience, étaient en mesure de porter plainte ».

« Ce seul motif est de nature à justifier la relaxe prononcée », considère la Cour en rejetant le pourvoi.

« C’est évidemment une déception », a réagi auprès de l’AFP Me Patrice Spinosi, conseil des parties civiles.

« Cette décision est décevante et étonnante car cela veut dire que l’apparence de normalité d’une victime suffit à évaluer sa vulnérabilité et cela est laissé à l’appréciation de celui qui doit dénoncer », a fustigé un autre avocat de victimes de Bernard Preynat, Me Jean Boudot, estimant cet argument « non fondé juridiquement et scientifiquement ».

François Devaux, président d’une association de victimes qui vient d’annoncer sa dissolution après avoir porté l’affaire devant les tribunaux, a lui exprimé un « sentiment de honte » envers la justice.

Bernard Preynat a été condamné en 2020 à cinq ans d’emprisonnement ferme.

Début mars, une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise de France a estimé que le nombre de victimes pouvait atteindre « au moins 10.000 » depuis les années 1950.

Agence France-Presse


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