Comment le Sénat et les lobbies ont réécrit le projet de loi OGM

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Le Monsanto d'or

Le jeudi 17 janvier, l'Association française pour l'information scientifique (AFIS), parrainée par des chercheurs dénonçant la « technophobie des anti-OGM », invite élus et journalistes à un «post-Grenelle de l'environnement» au Sénat, parrainé par Jean Bizet et le député socialiste Jean-Yves Le Déaut. Il s'agit de démontrer que les biotechnologies peuvent servir à «l'agriculture durable». «Ce fut une grand messe pro-OGM au cœur du Sénat, décrit Jacques Muller, les interventions étaient unilatérales.» Jean Bizet ne le dément pas : «Majoritairement les gens étaient pro-OGM. C'était organisé par l'AFIS, je ne maîtrisais pas tout.» Et d'ajouter: «Il est très difficile de dialoguer avec les antis. Très vite, ça devient passionnel ou irrationnel.»


Les pro-OGM marqueront par la suite les débats de leur présence. Un assistant parlementaire raconte : «Comme l'église de la scientologie, il y a 10 ans, pendant le débat sur les sectes, on a vu des représentants de Monsanto et de Bayer dans les travées. Ils notaient tout, envoyaient des mails, donnaient des instructions.» Les représentants associatifs anti-OGM peuplent aussi les bancs réservés aux invités des sénateurs.

 

Sénateur UMP (Manche) et ancien président de la Haute autorité provisoire sur les OGM créée au sortir du Grenelle, Jean-François Legrand considère que le «niveau général d'information des parlementaires sur les OGM est très orienté. Un lobbying très fort est exercé par les firmes qui produisent les semences transgéniques. Les informations de base font défaut». Il se souvient avoir évoqué le rapport de l'Iaastd, un groupe intergouvernemental d'experts, concluant que les OGM n'étaient pas une solution pour le développement, compte tenu du risque d'appropriation des ressources agricoles par le biais des brevets : «Quand j'ai cité ces sources, j'ai vu de l'incrédibilité et de l'étonnement. Personne n'avait pris connaissance de cette expertise internationale

 

Le 7 février, veille de l'adoption du projet de loi par le Sénat, Greenpeace attribue un prix, le Monsanto d'or, à Jean Bizet pour dénoncer les dommages que le Sénat cause aux conclusions du Grenelle. Jean Bizet ne cache pas sa proximité avec les semenciers et les fabricants d'OGM : «Je rencontre les gens de Monsanto, je ne m'en cache pas. Ainsi que ceux de Limagrain et de Bayer [deux fabricants d'OGM, ndlr]. Je connais les semenciers et les producteurs de l'AGPM. J'ai fait évoluer la FNSEA au sujet des biotechnologies, indispensables stratégiquement à la survie de notre agriculture

 

En 2003, lors d'un voyage parlementaire aux Etats-Unis, le parlementaire est reçu par Monsanto. «Oui, je suis allé dans leurs entreprises, dans leurs champs. Mais ce n'est pas parce que je fréquente Monsanto, Novartis, Syngema et Limagrain que je suis acheté ! Les missions parlementaires que j'ai effectuées n'ont jamais été payées par des entreprises. Je fais très attention. On dit que je suis l'ami de Monsanto. Non, je suis l'ami des agriculteurs et de la société

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A propos du vote du projet de loi OGM par le Sénat, mais aussi de manière plus générale, dès qu'il s'agit d'environnement, les associations écologistes sont promptes à dénoncer l'action des lobbies, sans forcément illustrer leurs propos par des exemples concrets. C'est de ce constat qu'est née l'idée de cette enquête, qui sera complétée dans les jours qui viennent avec le suivi des débats à l'Assemblée nationale et jusqu'à jeudi, date prévue de fin des travaux parlementaires sur le sujet.