L'éducation est-elle encore prioritaire?

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Improvisation

Sur le terrain, sa déclinaison a des allures d’improvisation. Illustration à Nanterre, où un collège, le collège République, a rejoint à la rentrée 2010 le programme CLAIR. Ana Masdoua, présidente FCPE des parents d’élèves se souvient : «Ça nous est tombé dessus en Conseil d'administration au mois de juin 2010. La direction nous a dit que le collège avait été choisi comme établissement pilote. Nous avons émis des réserves car nous étions perplexes. Nous avons demandé le contenu exact. En fait, personne ne sait vraiment.» Elle poursuit : «C'est quand même grave que l'éducation nationale nous jette un programme comme ça. Le programme dit “faites de l'innovation”. En gros, c'est “débrouillez-vous sur place”. C'est comme s’il avait absolument fallu trouver une idée. C'est tombé sur la suppression des notes en 5e... Ça aurait pu être autre chose. N'importe quoi pourvu que ça soit innovant.»

Le dispositif CLAIR repose sur trois piliers. Il demande aux équipes de faire preuve d’innovation. Il crée un nouveau poste au sein des établissements, le préfet des études, une sorte de «coach» responsable pédagogique et éducatif d’un niveau. Enfin, le système rompt avec le mode d'affectation traditionnel des enseignants en donnant aux chefs d’établissements la possibilité de recruter leur personnel sur profil. Il revient tout de même au rectorat de valider le choix.

Marc Douaire fut élève puis instituteur et directeur au groupe scolaire Voltaire à Nanterre. © E.B Marc Douaire fut élève puis instituteur et directeur au groupe scolaire Voltaire à Nanterre. © E.B

 

Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires, ancien instituteur et directeur d'école de ZEP à Nanterre, s’interroge: «L’innovation pédagogique, c’est très bien mais il y a déjà, dans la loi Fillon de 2005, un article qui met en avant le droit à l’expérimentation et à l’innovation. Les établissements s’en sont déjà largement emparés. Le préfet des études? Nous ne savons pas quelle est sa place exacte, celle d’un CPE ou d’un conseiller d’orientation ? Fait-il partie de l’équipe d’enseignants ou de la direction ? De plus, il existe déjà le conseil pédagogique qui doit remplir les mêmes missions.»

Au collège République de Nanterre, un des deux CPE s’est porté volontaire pour être préfet des études, il s’occupe plus spécifiquement d’une dizaine d’élèves qui ont des difficultés scolaires et/ou familiales. Les notes ont été supprimées pour les élèves de 5e, ce qui de l’avis d’Ana Masdoua, la représentante des parents, a été contre-productif : perturbant les bons élèves et ne remotivant pas ceux qui ont le plus de difficultés. Concernant le volet recrutement, il a simplement permis de fixer trois enseignants remplaçants sur le collège.

A la rentrée prochaine, CLAIR s’élargit aux écoles et devient ECLAIR (Ecoles, collèges et lycées pour l’ambition, l’innovation et la réussite). Jean-Michel Blanquer, directeur général de l'enseignement scolaire, l’a annoncé mi-janvier. Sur Nanterre, les quatre écoles rattachées au collège République basculeront donc en septembre 2011 dans le dispositif. «Nous ne comprenons pas où nous allons. Le nouveau dispositif n’est pas clair du tout, explique une enseignante à trois ans de la retraite, travaillant dans une de ces écoles. Nous sommes inquiets pour nos élèves.»

Ces écoles du premier degré sont situées dans le Petit Nanterre, un quartier qui fut, dans les années 1950, tristement célèbre pour abriter l’un des plus grands bidonvilles de la région. Aujourd'hui, 86% du parc d’habitations est constitué de logements sociaux, le taux de chômage est de 30,1% (Insee/Anpe) et le taux de scolarisation des 16-24 ans y atteint péniblement les 56,3%.

Ce fut aussi une des premières ZEP de France. «Aujourd’hui, on nous impose une politique du résultat, de l’évaluation. Nous avons moins de latitude pour faire des projets innovants, ce qui est pourtant le cœur du métier en ZEP», explique la même enseignante. «Ce flou sur l’avenir des ZEP est destructeur et nuisible pour les équipes, déplore une directrice d’école du même quartier. Nous avons besoin de mettre cette énergie au service des élèves et de leurs familles.»

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Au ministère de l’éducation nationale, Christian Nique, chargé de la mission d’évaluation du programme CLAIR n’a pas souhaité répondre à nos questions. Et aucun autre responsable n’a souhaité faire de commentaire.