Le Président, la France et le monde : fausse grandeur, vrai déclin

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La France au miroir de sa presse

 

La presse fut aussi ébranlée par cette épreuve, et sans doute comprendra-t-on un jour que la crise du Monde, par exemple, ne s'est pas nouée seulement sur des enjeux économiques, mais aussi sur un clivage éditorial autour de l'après-11 Septembre. Le Monde où, les normalisations économiques et éditoriales ayant fait leur œuvre de concert, on a pu lire, la semaine passée, sous la plume de son nouveau directeur, Eric Fottorino, ce compliment stupéfiant d'irréalité : « Il est à porter au crédit du président d'avoir réinstallé la France dans le concert des nations. D'avoir en particulier réchauffé la relation avec les Etats-Unis, rompant avec une posture française anti-américaine stérile et anachronique... »

 

Autrement dit, si l'on en croit le seul journal français vraiment connu à l'étranger, l'erreur qu'il fallait effacer au plus vite était justement la seule véritable audace dont on peut créditer la diplomatie chiraquienne, audace en l'occurrence doublée de lucidité. Quant à ce crédit accordé à Nicolas Sarkozy d'un retour de la France dans le concert des nations hâtivement ramené à l'alignement sur la pire politique américaine, celle d'une administration dont on ne répétera jamais assez qu'elle assume sans honte aucune la généralisation de la torture, on se dit que le « journalisme de gouvernement » évoqué par ailleurs sur Mediapart nous étonnera toujours.

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Cet article est un "Parti pris". Cela signifie qu'à partir d'un point de départ informatif, il développe une réflexion qui appelle la discussion. En ce sens, il ne reflète pas la position de toute l'équipe de Mediapart, mais seulement celle de son signataire. Bien que fondé sur des valeurs et des principes partagés par tous, Mediapart ne sera jamais un journal "vertical" dont tous les journalistes devraient s'aligner derrière la position que j'exprime. Par exemple, dans ce cas précis, François Bonnet, notre directeur éditorial, estime que je donne trop de cohérence à une politique étrangère qui relève plutôt selon lui de l'opportunisme et de l'incompétence, la principale boussole du sarkozysme étant l'usage en politique intérieure des questions internationales. Mais nous partageons évidemment à la fois le point de départ – la critique du discours présidentiel en Tunisie – et le point d'arrivée – l'étonnement devant un éditorial du nouveau directeur de notre ancien journal, Le Monde.