A Nantes: «Ni avion, ni béton! Ni patrie, ni patron»

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« La transversalité dans les luttes »

Né lors des manifestations de 2016 contre la loi sur le travail où, pour la première fois, habitant.es de la Zad et travailleurs de l’aéroport ont appris à se connaître, le collectif intersyndical se compose des unions départementales de Solidaires, la CNT, et de la CGT Travail-Emploi Fonction publique, de la CGT AGO, du collectif national des syndicats CGT de Vinci, de la CGT Caisse des dépôts et consignations et d’autres militant.es. Ils dénoncent les « fortes dégradations des conditions de travail » depuis la reprise de la concession de Nantes Atlantique par Vinci à cause d'un manque d’investissements et de ses conséquences : turn-over, précarité, climat anxiogène. À leurs yeux, la construction d’un aéroport à Notre-Dame-des-Landes, au nord du département, serait une « délocalisation » imposée et se traduirait par des suppressions d’emploi, notamment à cause de l’automatisation de certaines tâches aujourd’hui assurées par des personnes. Sur l’actuelle plateforme aéroportuaire, CGT AGO comprend 90 adhérents – sur un total d’environ 1 000 salariés, dont beaucoup d’intérimaires –, employés dans six ou sept entreprises différentes.

Les militants affirment aussi vouloir défendre « les habitant.es de la ZAD qui vivent l’expérience d’un monde plus humain, plus libre » et « ont toute notre solidarité, car ce monde d’exploitation et d’aliénation qu’ils et elles combattent c’est aussi celui contre lequel nous luttons quotidiennement ». Fin 2016, alors qu’une expulsion de la zone semblait imminente, la CGT Vinci avait publiquement refusé de travailler « sur tout chantier en lien avec le projet de transfert de l’aéroport » et appelé ses salariés à exercer leur droit de retrait.

 

Sylvie, militante de la CGT Finistère, à Nantes, le 1er mai (JL) Sylvie, militante de la CGT Finistère, à Nantes, le 1er mai (JL)



Secrétaire général de SUD PTT, Nicolas Galépides est venu manifester à Nantes car « quelle que soit l’alternance au pouvoir, Notre-Dame-des-Landes va être le premier lieu de cristallisation de la lutte. Le sens de notre présence dans ce cortège, c’est pour donner une réalité à la transversalité dans les luttes. L’unitaire, ce n’est pas qu’avec les autres syndicats. Même si la Zad est souvent compliquée à comprendre, c’est là que ça va commencer à frotter avec le nouveau gouvernement. S’il y a un endroit symbolique où il faut être, c’est celui-là ». Théo et Manu, militants à la CNT, veulent faire traduire le tract de l’intersyndical contre l’aéroport en turc et en polonais pour le diffuser aux travailleurs détachés qui pourraient se retrouver sur le chantier en cas d’expulsion de la Zad. Ils rappellent que la charte d’Amiens de 1906 appelle à défendre l’intérêt des travailleurs et à mener des grèves générales. « Dans le monde syndical, on est contre l’exploitation et la hiérarchie, explique une militante de la CGT. C’est ce qu’ils essaient d’expérimenter sur la Zad. Ils font de la boulangerie, des soins, une filière bois. Une façon de travailler sans être un pion. » Une femme promet d’être de toutes les manifestations à venir : « J’ai une petite-fille antillaise, des petits-enfants dont le père est marocain. J’aimerais vivre dans une France multicolore. On habite dans un petit village. Le monde meilleur commence par l’entraide entre voisins. Sur la Zad, on trouve toutes ces valeurs. » Un homme, membre du comité de soutien de Saumur-Chinon, explique qu’il « va falloir faire du sabotage et pas seulement crier dans les meetings de Mélenchon ». Les Insoumis sont présents en nombre dans la marche.

Un tract des habitant.es de la Zad explique qu’elles et ils manifestent en ce 1er Mai par « solidarité entre précaires, révoltés, travailleuses et travailleurs du monde entier et avec tou-te-s celleux qui ne travaillent pas, pas encore, pas en ce moment, plus maintenant, jamais... ». Et ajoute : « Beaucoup d'entre nous ont choisi la grève en CDI, pour chercher d'autres formes d'organisation de la production et des échanges, mais on se sent solidaires de celles et ceux qui ont besoin de gagner leur vie et d'y donner du sens sans pour autant se laisser exploiter. » 

Un collectif syndical contre l’aéroport est en train de se créer à Rennes. Pour Françoise Verchère, porte-parole du collectif des élus contre l’aéroport, « ce mouvement syndical contre l’aéroport est très important car il montre que le combat dépasse la défense des terres agricoles et répond aussi aux luttes sociales ».


Dans le cortège contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes dans la manifestation syndicale du 1er mai, à Nantes (JL) Dans le cortège contre l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes dans la manifestation syndicale du 1er mai, à Nantes (JL)


Mais en Loire-Atlantique, le monde syndical reste divisé sur la question. La CGT 44 a adopté une position en faveur du maintien de l’actuel aéroport, sans se prononcer frontalement contre le projet de nouvelle aérogare. Une partie de ses membres adhère au PCF 44, favorable au projet. La présence du cortège anti-aéroport dans le défilé du 1er Mai gêne le responsable département de la CGT, Fabrice David : « C’est un sujet qui fait polémique. Le 1er Mai, ce n’est pas une manifestation contre l’aéroport. Pourquoi mettre en avant cette lutte plus que les autres ? Ils mettent en difficulté notre unité syndicale. » Mais pour Sylvie, militante de la CGT Finistère : « Chaque fois que je vais sur la Zad, ça me donne la pêche. Alors que si j’avais défilé là où j’habite, à Pont-l’Abbé, j’aurais été la plus jeune et ça ne m’aurait pas donné la pêche. Les gens ont tellement pris de coups, ont tellement perdu de combats qu’ils en perdent confiance en eux. Ils ont peur d’abandonner la grande histoire des luttes sociales. Alors que la Zad, c’est la relève. Il ne faut pas en avoir peur. »

Dimanche soir, la bibliothèque de la Zad, le Taslu, accueillait un après-midi de lectures sur les luttes ouvrières et paysannes. Plusieurs dizaines de personnes ont partagé à haute voix des récits depuis le XIXe siècle. Émile Pouget sur l’action directe et contre « le démocratisme », Jacques Prévert, Simone Weil sur la joie de la grève « contre la tendance invisible à se soumettre corps et âmes », l’histoire de la commune de Nantes pendant Mai-68. Un couple a témoigné de l’occupation d’une ferme en 1975. Une femme a narré l’histoire des fleurs du 1er Mai et appelé chacun.e à cueillir des aubépines de la Zad plutôt que d’acheter des brins de muguet dans le commerce. Le lendemain, des mèches de fleurs cueillies sur la zone fleurissent aux poitrines de bien des manifestant.es.

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