Asnières : bienvenue à «Dallas-sur-Seine»

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À Asnières-sur-Seine, dans le fief de l'ancien chef de l'État, Manuel Aeschlimann, 47 ans, baron qui traîne des casseroles judiciaires, et Rama Yade, bombe médiatique indomptable, parachutée à 35 ans sur la deuxième circonscription, se livrent une guerre impitoyable. 

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« Si j'étais de droite, devant un tel chantier, je me tournerais vers le candidat du Front national, le renouveau passe par le Rassemblement bleu marine. » Le visage barré par des lunettes noires, René Moine récite ses arguments de campagne mais, sur la marché des Victoires à Asnières, « la sauce FN ne prend pas ». Le suppléant de Guillaume L'Huillier, jeune loup du FN, directeur de cabinet de Jean-Marie Le Pen, propulsé de Saint-Cloud à Asnières et Colombes-sud, dans la deuxième circonscription des Hauts-de-Seine, est « réaliste ». Car ce n'est pas l'extrême droite mais la gauche, qui risque de profiter de la bataille rangée qui sévit dans les rangs de la droite, entre Rama Yade et Manuel Aeschlimann.

René Moine, le suplléant du candidat FN © Rachida El Azzouzi René Moine, le suplléant du candidat FN © Rachida El Azzouzi

Ce jeudi matin, le militant frontiste René Moine essaie tant bien que mal de surfer sur le rejet de cette guérilla insensée entre deux étoiles déclinantes de la Sarkozie. Pourtant bien posté entre le vendeur de vêtements à dix euros, la boulangerie et les gros candidats, ses tracts partent difficilement ou lui reviennent à la figure. « Pas évident de tenir la distance face aux partis hégémoniques », avoue cet ingénieur qui ne s'explique pas les 8,4 % de Marine Le Pen à la présidentielle sur cette circonscription de 120 000 habitants, alors qu'aux cantonales d'Asnières-nord en 2011, elle avait fait plus de 18 %.

Sebestien Pietrasanta, au premier plan, et Manuel Aeschlimann derrière en campagne © Rachida El Azzouzi Sebestien Pietrasanta, au premier plan, et Manuel Aeschlimann derrière en campagne © Rachida El Azzouzi

Quelques mètres derrière lui, le maire socialiste Sébastien Pietrasanta, en costume sombre et cravate bleu ciel, se voit déjà à l'Assemblée nationale et bat la campagne d'un pas guilleret. En 2008, il a raflé la mairie grâce à une alliance hétéroclite de dissidents du centre et de la droite, unis pour en finir avec le règne des Aeschlimann sur la mairie d'Asnières qui remontait à 1999.

Cette année, il pourrait bien récidiver en devenant le premier député PS des Hauts-de-Seine, conforté par la poussée de la gauche dans ce département qui « se boboïse » irrémédiablement, mais surtout servi par l'impitoyable joute à droite. Au point que Sébastien Pietrasanta peut faire mine de rester « au-dessus de la mêlée » : « Je les laisse s'écharper entre eux. Je n'ai pas besoin de leur taper dessus, ni de faire campagne sur les affaires. Ils le font pour moi. Ils m’attaquent, mais ils sont tellement préoccupés par leur combat qu’ils m’oublient », jubile-t-il.

« Tous les jours », assure cet ancien professeur d'histoire, il croise des électeurs de droite «perdus (qui) iront à la pêche ou voteront PS aux législatives. » Il pensait que Rama Yade, conseillère municipale de Colombes et conseillère régionale d'Ile-de-France, allait « prendre de la hauteur », mais « sur le plan des attaques personnelles, Yade est tout aussi virulente que le camp d'en face ». « Je ne la vois pas au second tour. Elle veut briller dans les journaux et asseoir une légitimité électorale qu’elle n’a jamais eue. Les gens voteront pour Aeschlimann car il a encore un réseau sur la ville. Il n'y aura pas de triangulaire », balaie-t-il d'un revers de main.

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Ce reportage a été réalisé jeudi 31 mai à Asnières. Sauf mention contraire, toutes les personnes citées ont été rencontrées sur le terrain ou jointes par téléphone.