A Lille, le procès d'une méthode de traitement d'enfants autistes

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« C'est de la maltraitance »

Il faut dire que ces professionnels semblent plutôt légers sur le programme. Juste un exemple : alors que Zacharie était devenu propre le jour, la mère s'enquiert du programme pour acquérir la propreté de nuit. « Réveillez-le toutes les 10 minutes », lui répond la psychologue. « Je croyais qu'elle riait, mais elle était très sérieuse, se souvient la mère. Pas besoin d'être grande psychologue pour comprendre que c'est n'importe quoi. En fait, j'ai simplement enlevé la couche de Zacharie et ça n'a posé aucun problème, il est devenu propre aussi la nuit. »

Quatre mois après le début de la prise en charge, devant les doutes et les réclamations des parents qui voient leur fils développer de nouveaux troubles du comportement, Vinca Rivière leur rend de nouveau visite à domicile. Elle promet de nouveaux intervenants et « vous verrez, Zacharie parlera dans l'année », se souviennent les parents. Elle assure aussi que dès que le centre Camus aura ouvert, Zacharie y aura une place. De fait, la prise en charge s'améliore un petit peu, Zacharie fait quelque progrès.

Le centre Camus Le centre Camus

Le centre ouvre en avril 2008, Zacharie n'y est pas admis, mais priorité oblige, toutes les équipes « sont rapatriées là-bas ». « Ce fut fait de façon brutale, sans que l'on prévienne l'enfant qui s'est retrouvé de nouveau avec une étudiante en stage. » Cette jeune femme s'avère violente avec l'enfant. Les parents s'étonnent d'abord de voir des griffures sur les bras de leur fils, « lui qui ne s'automutile pas et qui, quand quelque chose ne va pas, va plutôt se cogner la tête ».

Ils parviennent à filmer une séance (alors que l'intervenante trouvait toujours un prétexte pour ne pas utiliser la caméra dont les films servent pourtant aux supervisions) : « On y voit Zacharie qui s'agite, l'intervenante s'installe. Zacharie doit poser un jeton, elle pousse alors violemment sa main. Elle est très en colère, ça se voit à son regard, elle a du mal à se maîtriser. Pour moi, c'est de la maltraitance », raconte la mère qui poursuit : « Avant, Zacharie était un enfant calme, doux. Nous avions désormais en face de nous un enfant qui se mettait en colère et ne supportait aucune frustration. Il urinait et déféquait partout alors qu'il était devenu propre de jour comme de nuit. Quand il voyait arriver l'équipe, il levait les mains sur son visage comme s'il craignait d'être frappé. Il était devenu un animal peureux. On le voit sur les vidéos. »

L'intervenante est retirée et la prise en charge s'arrête. En juin 2008, « comme on n'avait plus personne, on a accepté qu'un étudiant de première année vienne faire du vélo avec Zacharie. Visiblement, cet intervenant ne pouvait pas faire davantage », se souvient la mère.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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Une lettre de Jacques Turan racontant son histoire circule sur le net depuis des mois. J'ai cherché à le joindre juste après avoir écrit le précédent article sur le rapport de l'agence régionale de santé.
Nous nous sommes vus chez lui, avec sa femme et ses enfants, le 20 juin dernier. J'ai appris alors qu'une plainte avait été déposée et qu'un procès se tiendrait. J'ai ensuite bien évidemment appelé et envoyé des mails à l'association Pas-à-pas et au centre Camus pour tenter de m'entretenir avec Mme Vinca Rivière de cette affaire et avoir son point de vue, laissant un numéro de téléphone où elle pouvait m'appeler à tout moment. Elle ne s'est à ce jour pas manifestée.

Cet article a fait l'objet d'un droit de réponse des parents du Centre Camus reçu le 18 juillet 2012. Il est publié ici et sous l'onglet Prolonger de cet article.