Politique, industrie, médias: les méthodes de la dynastie Dassault

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Deux jours après la victoire de son bras droit Jean-Pierre Bechter avec seulement 27 voix d'avance, lors de la municipale partielle de Corbeil-Essonnes, Serge Dassault n'a pas caché, mardi, sur France Info qu'il «garde[rait] le bureau du maire... ou de l'ancien maire». Le communiste Michel Nouaille, lui, n'exclut pas unrecours en justice s'il parvient à prouver que le camp adverse a, denouveau, versé de l'argent aux électeurs. Lundi, il a d'ailleurs lancé sur son blogun appel aux «témoignages» pour faire de nouveau «éclater la véritésur le système Dassault». Mediapart vous propose un décryptage de ce «système» Dassault, dont les méthodes se transmettent de père en fils.

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«Ils [les communistes] sont furieux chaque fois que JE gagne...» Deux jours après la victoire de son bras droit Jean-Pierre Bechter avec seulement 27 voix d'avance, lors de la municipale partielle de Corbeil-Essonnes, Serge Dassault n'a pas manqué de culot, au micro de France Info. «Je garde le bureau du maire... ou de l'ancien maire, et Jean-Pierre Bechter aura un nouveau bureau du maire !», a-t-il assuré.

Avec Jean-Pierre Bechter, «nous allons travailler ensemble. Il est bien meilleur que moi dans la gestion administrative et financière. Je suis meilleur que lui pour pour toutes les questions qui relèvent des relations avec l'extérieur, avec le gouvernement avec tous ceux qui participent à l'activité de la ville», a-t-il expliqué.

Pendant la campagne, sa "doublure" avait prévenu: «Voter Bechter, c'est voter Dassault». Le sénateur et ancien maire de Corbeil avait pourtant été déclaré inéligible en 2008, en raison de «dons d'argent» à des électeurs (lui qui avait déjà été condamné à deux ans de prison avec sursis pour corruption en 1998). A gauche, ses adversaires n'excluent d'ailleurs pas un recours en justice s'ils parviennent à prouver que l'ancien édile a, de nouveau, versé de l'argent aux électeurs (Ecoutez le communiste Michel Nouaille sur Europe 1). Lundi, le candidat défait a lancé sur son blog un appel aux «témoignages» pour faire de nouveau «éclater la vérité sur le système Dassault». Mediapart vous propose un décryptage de ce «système» Dassault, dont les méthodes se transmettent de père en fils.

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C'était le 29 mai dernier. Le collectif «Sauvons les riches» achève sa «tournée des grands ducs» (Jean Sarkozy, Jacques Séguéla), par une petite visite à Serge Dassault, le maire et sénateur de Corbeil-Essonnes. Déguisé en infirmiers, le «commando» fait irruption au conseil municipal de la ville pour interpeller son maire aux cris de «Corbeil, ton univers impitoyable!» et de «Corbeil sous tutelle, Dassault sous curatelle», en jetant de faux billets de banqueà l’assistance:

Le collectif "Sauvons les riches" interpelle Serge Dassault

Une manière de dénoncer les méthodes de Serge Dassault. Mais aussi un hommage à la «dynastie Dassault» tout entière. Dans la lignée des Poniatowski, des Debré ou des Ceccaldi-Raynaud (voir notre tour d'horizon des dynasties de la République), les Dassault excellent en effet dans l’exercice familial de la politique. De père en fils, ils se transmettent les méthodes électorales. Quand ce ne sont pas les circonscriptions. Au point que certains de leurs détracteurs parlent de «Dassaultcratie». Décryptage.

Olivier, le fils (58 ans); Serge, le père (84 ans) et Marcel, le grand-père, décédé en 1986: 

Dans la famille Dassault, je demande le grand-père, Marcel. C’est lui qui pose les premières pierres de l’empire familial, en créant sa société d’avions en 1928. Devenue la «Société des Avions Marcel Dassault» en 1949 (déformation de «Char d’assaut», le nom code utilisé par son frère dans la Résistance), elle absorbe ses concurrents, échappe à la nationalisation en 1981 et devient un vaste groupe industriel centré sur l’aviation, l’électronique et l’informatique.

Outre les avions, les Dassault aiment beaucoup jouer avec la presse. En 1954, Marcel crée Jours de France, «l'’hebdomadaire de l'’actualité heureuse». Il en fait un véritable outil de propagande pour sa société, mais aussi un journal des bonnes nouvelles où s’étalent sur des pages entières ses idoles, les Thierry Le Luron et Chantal Goya. Chaque semaine, les lecteurs découvrent «la nouvelle vedette de Marcel Dassault».

Mais Jours de France sert surtout la carrière politique de l'avionneur. Elu député des Alpes-Maritimes en 1951, puis sénateur de l'Oise en 1957, il profite de ses tribunes dans la rubrique «le Café du commerce» pour lancer des pistes pour le «renouveau» français. En 1956, il décline le même projet localement en rachetant l'Oise Libérée. Les articles de politique intérieure et internationale sont remplacés par les faits divers et les clichés de vedettes. Les informations locales sont réduites à une avalanche de photos retraçant l’activité débordante de ses suppléants. Le tout livré gratuitement dans les boîtes aux lettres de ses électeurs...

 

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