Nicolas Sarkozy, quand ça veut pas...

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Le président comptait sur l'officialisation de sa candidature pour reprendre la main sur la campagne. Las. Deux semaines après, la proposition de François Hollande de taxer à 75 % les rémunérations supérieures au million d'euros occupe pendant trois jours l'agenda médiatique, et le déplacement de Nicolas Sarkozy à Bayonne vire au fiasco.

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On allait voir ce qu'on allait voir. Nicolas Sarkozy entrant en campagne, ce devait être l'explosion. Une idée par jour, le match relancé, l'inversion des courbes sondagières quasi assurées. C'était il y a quelques semaines... Et depuis ? Depuis le 15 février, quand l'alors président a dit « oui » à Laurence Ferrari, au 20 heures de TF1 ? Rien ne va comme prévu. Après un léger frémissement, les sondages continuent invariablement de donner François Hollande vainqueur par K.O. au second tour de l'élection présidentielle, avec un écart très largement supérieur à la marge d'erreur.

Le livre annoncé, un livre personnel, dans lequel il devait se livrer (un texte «hyper intime», déclarait-il lors d'un faux off organisé le 21 janvier en Guyane), reste suspendu. Emmanuelle Mignon, artisane de la campagne de 2007, partie dans le privé mais rappelée il y a quelques semaines auprès du candidat, était pendant un moment censée le réécrire. Et depuis rien.

Et puis il y a le fond. Nicolas Sarkozy, comme les autres candidats d'ailleurs, doit faire face à une vérification permanente de ses dires par les journalistes. Certes, les médias audiovisuels sont peu concernés par ce phénomène du « fact-checking », mais l'entourage du chef de l'Etat a dû ramer ces derniers jours pour rattraper les erreurs ou approximations du candidat.

Par exemple, le 27 février, sur RTL, quand Nicolas Sarkozy affirme : «Il y a un peu plus de 400 000 élèves de moins dans l’Education nationale depuis 10 ans et il y a 45 000 professeurs de plus.»

VIDEO : Nicolas Sarkozy invité exceptionnel de Jean-Michel Aphatie et Yves Calvi © rtl.fr

Les chiffres sont faux. Ce ne sont pas Yves Calvi et Jean-Michel Aphatie qui le disent, mais d'autres journalistes, sur internet, dans la matinée (par exemple, l'excellent blog les Décodeurs, du Monde). Du coup, quelques heures après l'interview, l'état-major de campagne est obligé de corriger : «Sa langue a fourché, il voulait dire depuis vingt ans et non pas depuis dix ans.» Faux aussi. En tout cas très approximatif.

Anecdotique, certes, mais l'histoire se répète. Depuis deux semaines, le candidat-président n'a pas repris la main sur son adversaire. Une semaine après son entrée en campagne, le 23 février, dans le TGV Lille-Paris qui le ramenait d'un meeting, Nicolas Sarkozy confiait encore au Figaro : «Pendant longtemps, les Français n'étaient pas entrés dans la campagne ; il manquait un candidat. Là, ils y sont (…) On a réussi à installer ce début de campagne.» Puis, toujours dans le TGV, il mimait, avec sa main, un retournement. Qui voulait-il convaincre?

Une semaine plus tard, il n'est pas certain qu'il tienne le même discours aujourd'hui. Car ces derniers jours ont été particulièrement durs (cruels ?) pour lui. Nicolas Sarkozy ne parvient pas à rester au-dessus de la mêlée, alors qu'il avait longuement insisté, lors de sa déclaration de candidature, sur TF1, pour se présenter en « capitaine de navire » :

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Sept jours plus tard, changement de chaîne et changement de ton. Invité du 20 heures de David Pujadas, sur France-2, Nicolas Sarkozy est interrogé sur la fameuse soirée du Fouquet's. Certes, la question est posée de manière courtoise : «Est-ce que vous regrettez par exemple cet épisode-là ?» C'est peu mais c'est déjà beaucoup. Et le candidat hésite, balbutie, finit par dire qu'il ne le referait pas. Et conclut par un désormais traditionnel « J'aurai l'occasion d'en reparler aux Français ».

Trois jours après, le 25 février, ce n'est pas Nicolas Sarkozy mais Henri Guaino qui crée la polémique. Et pas une polémique orchestrée, pas le coup du «  ministère de l'immigration et de l'identité nationale » qui avait si bien réussi à cliver en 2007. Cette fois, c'est un conseiller du président qui sort de ses gonds, allant jusqu'à taper du poing sur la table et demander à Jérôme Guedj, président PS du Conseil général de l'Essonne, ce qu'il penserait s'il était traité de « sale con ».

Henri Guaino à Jérôme Guedj sur France 3 Ile-de-France : "Et si je vous traite de sale con ..." © France 3 Paris Ile-de-France

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