La crise du logement frappe les divorcés de plein fouet

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Chaque année, 120.000 couples divorcent en France, et, dans les deux tiers des cas, des enfants sont impliqués. Pour le parent qui n'obtient pas la garde des enfants, se pose de façon toujours plus accrue la question du relogement. Avec le risque, faute de moyens, de ne pas pouvoir héberger ses enfants chez lui, et donc de s'en éloigner.
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Les permanences logement des mairies sont assaillies. Dans les grandes agglomérations, plus d’un couple sur deux finit par divorcer. Et selon l’Insee comme selon l’Anil (Agence nationale pour l’information sur le logement), les séparations de couples en union libre sont encore plus fréquentes.

 

Or la crise actuelle du logement complique considérablement la dé-cohabitation. Au-delà des souffrances humaines, au-delà de la paupérisation de chacun des membres du couple, le manque de logements disponibles a des conséquences directes sur les relations parents/enfants. Parfois, la crise du logement oblige même des couples à rester dans le même appartement en dépit de leur volonté de se séparer.
Jean-Yves Mano, adjoint au logement du maire de Paris, explique: «A présent, une demande sur quatre de logement social émane d’une personne qui divorce.» Autre statistique provenant de la mairie de Paris: un couple sur deux de divorcés fait une demande de logement social. Ce qui ne participe bien évidemment pas à épuiser le fichier d’attente des 109.000 personnes qui espèrent obtenir une HLM dans la capitale.
Plus globalement, selon une étude de Crédit foncier de France datant de 2006, «chaque divorce engendre un besoin supplémentaire de 0,7 logement». Et pas n’importe quel logement ! Que le couple habite ou non une HLM, celui qui quitte le domicile conjugal (le père, dans 85% des cas) demande un logement avec le même nombre de pièces de façon à pouvoir accueillir ses enfants. Ainsi, il espère s’assurer que le juge aux affaires familiales lui accordera le droit d’hébergement.
«C’est une demande logique. Comme il est logique que la demande soit faite sur le même arrondissement pour ne pas héberger les enfants trop loin de l’école. Alors, bien sûr, on fait le maximum, mais la plupart du temps, on ne peut pas satisfaire la demande», explique-t-on à la mairie de Paris.

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Il existe autant de cas douloureux que de divorces. Certains ou certaines ne se reconnaîtront peut-être pas dans cet article, ou s’offusqueront qu’on puisse compatir à la situation d’un père en détresse, alors que «tant d’autres» ne payent pas leur pension alimentaire. Loin de nous l’idée de généraliser. L’idée de l’article est partie du témoignage de certains maires, ne sachant que faire de tous ces pères, et d'une discussion avec la sociodémographe Férial Drosso. A travers de multiples témoignages recueillis notamment via des forums Internet (et dont l’article ne répercute qu’une infime partie), nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’un problème de société peu pris en compte. Beaucoup de travaux se sont intéressés au divorce dans les années 70, puis de nouveau - dans une moindre mesure - dans les années 90. Mais ce champ semble aujourd’hui quelque peu négligé bien que de nouvelles problématiques apparaissent, par exemple avec la crise du logement. D’où l’intérêt d’en faire état.