La crise du logement frappe les divorcés de plein fouet

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Pas de lieu pour les rencontres parents/enfants

Pour l’association SOS Papa, l’absence d’espace contribue grandement à la dislocation des liens père-enfants après séparation. Les statistiques sur le sujet varient. SOS Papa cite une étude du psychologue-chercheur Gérard Poussin, selon laquelle «au bout de trois ans, 30% des enfants perdent tout contact avec le parent chez qui ils ne résident pas». Parmi ces cas, on compte bien sûr tous ceux où la mère a déménagé avec ses enfants dans une autre ville. Mais bien souvent, le père a beau être un quasi-voisin, il ne dispose pas d'un appartement pour recevoir ses enfants.

Certes, 130 espaces-rencontres existent en France, censés «faciliter la médiation familiale». Dans les cas de conflit les plus violents, explique la Fédération française des espaces-rencontres, ils permettent que le passage d'un parent à un autre se fasse «dans un lieu neutre et apaisé». Mais ces endroits n'ont pas vocation à proposer un hébergement pour la nuit.

«Du coup, quand il ne fait pas trop froid, pères et enfants se retrouvent souvent à passer quelques heures dans un parc, explique Frédérique Trouvé, de l’association relais-habitat, installée dans le quartier Stalingrad, à Paris. Mais l’option la plus fréquente, c’est le fast-food, pour faire plaisir au gosse.» Avec une intimité plus que limitée.

Ansou le sait bien. Au McDo où il voit ses enfants deux fois par mois, c’est fast-food et "fast relation". «On ne reste qu’une heure et demie en général. Ce n’est pas une façon d’éduquer. Je voudrais leur montrer comment je vis, leur faire partager mes idées. Là, ce n’est juste pas possible.»

 

Marié, Ansou habitait Fresnes. Divorcé, et bien qu'il travaille à Roissy, il n’a pas trouvé à se reloger. «Je gagne 1200 euros par mois. Je pourrais peut-être trouver une chambre de bonne, mais moi ce que je veux, c’est que mes enfants puissent dormir chez moi. Qu’on puisse nouer une vraie relation le soir. D’autant que je travaille les samedi et dimanche, quand eux ont du temps libre. J’ai une fille adolescente. Il lui faut sa propre pièce.» Depuis quatre ans, Ansou demande un logement social («même une seule pièce en attendant de trouver mieux»). En vain. Actuellement, il loge chez un ami qui loue un studio et qui a la gentillesse de le dépanner. Jusqu’à quand ?

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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Il existe autant de cas douloureux que de divorces. Certains ou certaines ne se reconnaîtront peut-être pas dans cet article, ou s’offusqueront qu’on puisse compatir à la situation d’un père en détresse, alors que «tant d’autres» ne payent pas leur pension alimentaire. Loin de nous l’idée de généraliser. L’idée de l’article est partie du témoignage de certains maires, ne sachant que faire de tous ces pères, et d'une discussion avec la sociodémographe Férial Drosso. A travers de multiples témoignages recueillis notamment via des forums Internet (et dont l’article ne répercute qu’une infime partie), nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’un problème de société peu pris en compte. Beaucoup de travaux se sont intéressés au divorce dans les années 70, puis de nouveau - dans une moindre mesure - dans les années 90. Mais ce champ semble aujourd’hui quelque peu négligé bien que de nouvelles problématiques apparaissent, par exemple avec la crise du logement. D’où l’intérêt d’en faire état.