La crise du logement frappe les divorcés de plein fouet

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Même le 16e arrondissement est touché

Si Ansou manque d’argent, le problème du relogement touche toutes les couches de la population, comme le montre la cellule chargée de prévenir les expulsions locatives de la mairie de Paris, mise en place il y a quelques années.

 

«Au début, on travaillait surtout dans les 13e, 18e, ou 19e arrondissement, explique-t-on à la mairie. Mais depuis quelque temps, nous avons une explosion des demandes dans le 16e. Dans cet arrondissement très bourgeois, nous sommes confrontés à une situation récurrente: le mari travaille, la femme est à la maison ou gagne modestement sa vie. L’homme part. Et la femme se retrouve seule dans le grand appartement, incapable de payer le loyer, mais ne se voyant pas renoncer à habiter le quartier.»

Bien souvent, la peur de ne pas pouvoir se reloger conduit à des cohabitations intenables. Beaucoup de couples vivent ensemble, sans «être ensemble». Parfois, c’est «le canapé qu’on ouvre dans le salon»; d’autres fois, la jeune fille qui «doit dormir dans le lit de sa mère pour libérer sa chambre pour son père»; et si souvent, l’homme qui tente de «dormir chez des collègues de boulot» ou qui «rentre dans sa famille en province quand le week-end est enfin venu».

Des situation intenables, en somme. Qui peuvent devenir carrément invivables lorsque les options de repli familiales ou amicales n’existent pas. Tania, mère de 4 enfants, est ainsi venue chercher de l’aide auprès de l’association relais-habitat, et raconte: «Mon mari est violent, il m’insulte, casse tout. Mais je n’ai nulle part où aller. Quand je cherche un appartement, on me demande deux fiches de paye.»

 

Tania ne travaillait pas. Mais elle s’est formée à la cuisine, et a fini par dégoter un boulot à temps partiel. «Mais même si je décrochais un CDI, jamais je ne pourrais me loger dans le privé. Alors que tout le monde souffre de la situation actuelle, et surtout mes enfants.» Suite à une soirée lors de laquelle son mari s’est, dit-elle, montré encore plus violent qu’à l’habitude, elle s’est présentée au commissariat. Elle n’a certes «pas de preuve», mais espère que sa plainte l’aidera à trouver une HLM.

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Il existe autant de cas douloureux que de divorces. Certains ou certaines ne se reconnaîtront peut-être pas dans cet article, ou s’offusqueront qu’on puisse compatir à la situation d’un père en détresse, alors que «tant d’autres» ne payent pas leur pension alimentaire. Loin de nous l’idée de généraliser. L’idée de l’article est partie du témoignage de certains maires, ne sachant que faire de tous ces pères, et d'une discussion avec la sociodémographe Férial Drosso. A travers de multiples témoignages recueillis notamment via des forums Internet (et dont l’article ne répercute qu’une infime partie), nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’un problème de société peu pris en compte. Beaucoup de travaux se sont intéressés au divorce dans les années 70, puis de nouveau - dans une moindre mesure - dans les années 90. Mais ce champ semble aujourd’hui quelque peu négligé bien que de nouvelles problématiques apparaissent, par exemple avec la crise du logement. D’où l’intérêt d’en faire état.