La crise du logement frappe les divorcés de plein fouet

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Pas de mesure concrète envisagée

Mais les problèmes semblent encore plus aigus pour celui ou celle qui a dû quitter le domicile car n’ayant pas obtenu la garde des enfants. En plus de la pension alimentaire, du loyer ou du crédit qu’il faut continuer à rembourser tant que le divorce n’est pas définitivement prononcé, il lui faut trouver à se reloger et acheter de nouveaux meubles. Le problème touche également les propriétaires, souvent obligés de vendre dans l’urgence, et donc pas forcément au meilleur prix, la demeure achetée quelques années auparavant.

En 2005, l’actuel président de la région Bretagne, Jean-Yves Le Drian, alors député, a bien relayé une part de ces inquiétudes dans une question au gouvernement en expliquant à l’Assemblée nationale qu’«afin de recevoir dignement les enfants, il importe que les hommes puissent se voir attribuer un logement conséquent ce qui, lors des commissions départementales d’attribution de logements HLM, semble impossible puisque les offices HLM les considèrent comme vivant seuls ».

 

L’intervention est toutefois restée sans effet: dans le privé comme dans le logement social, pour un grand appartement, les bailleurs ont tendance à privilégier des familles stables, aux revenus divers.

La sociologue Férial Drosso, dans un article intitulé «Séparations et problèmes de logement du "parent non-gardien"», envisage du coup plusieurs possibilités: des «aides à la prise de possession d’un logement», une «suppression de la garantie», ou encore la possibilité que les «pensions alimentaires soient relayées par les CAF [Caisses d’allocations familiales] pendant une période transitoire».

Ces diverses propositions n’ont pour l’heure pas rencontré d’écho favorable, bien que le constat de Férial Drosso soit largement partagé, y compris par la Cnaf (Caisse nationale des allocations familiales), où l’on reconnaît que «le parent non-gardien qui n’a pas la chance d’avoir des parents, d’habiter une petite ville, d’avoir un salaire ni de bonnes relations avec son ex, se retrouve dans la panade».

Face à ce constat désarmant, l’association relais-habitat a décidé de se muer en Agence immobilière à vocation sociale (AIVS), la première sur Paris (on en compte 43 en France, dont 8 en Ile-de-France). L’objectif de l’association est de louer des appartements en son nom à des propriétaires, puis de les sous-louer à des publics en difficulté, dont de jeunes divorcés.

Pour l’instant, l’association n’a dégoté que quatre appartements. Mais un prospecteur va être engagé d’ici la fin de l’année pour essayer de multiplier les baux. Au ministère du Logement, on reconnaît que le fonctionnement de ce type d’association reste «très artisanal». Et on dit regretter que «l’Insee n’ait pas mieux anticipé cette problématique des couples qui se séparent». Mais, pour autant, aucune mesure concrète n'est actuellement à l'étude.

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Il existe autant de cas douloureux que de divorces. Certains ou certaines ne se reconnaîtront peut-être pas dans cet article, ou s’offusqueront qu’on puisse compatir à la situation d’un père en détresse, alors que «tant d’autres» ne payent pas leur pension alimentaire. Loin de nous l’idée de généraliser. L’idée de l’article est partie du témoignage de certains maires, ne sachant que faire de tous ces pères, et d'une discussion avec la sociodémographe Férial Drosso. A travers de multiples témoignages recueillis notamment via des forums Internet (et dont l’article ne répercute qu’une infime partie), nous nous sommes rendu compte qu’il s’agissait d’un problème de société peu pris en compte. Beaucoup de travaux se sont intéressés au divorce dans les années 70, puis de nouveau - dans une moindre mesure - dans les années 90. Mais ce champ semble aujourd’hui quelque peu négligé bien que de nouvelles problématiques apparaissent, par exemple avec la crise du logement. D’où l’intérêt d’en faire état.