Enquête sur l'affaire Tapie: 1 - La folle histoire du «nantissement»

Par
Premier volet de notre enquête sur les origines de l'affaire Tapie: où l'on s'aperçoit que si le Crédit lyonnais avait, à l'époque, réagi comme une banque ordinaire, l'ex-homme d'affaires aurait bien vite perdu le contrôle d'Adidas et l'histoire se serait arrêtée là. Mais Bernard Tapie bénéficiait de soutiens au Crédit lyonnais et au gouvernement socialiste. Lire aussi Le cadeau fait à Bernard Tapie frappé d'illégalité
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Au cœur de la nouvelle affaire Tapie, il y a un détail que nul n'évoque. Un détail qui remonte à 1992 et qui semble être tombé dans l'oubli. Il est pourtant décisif : si, voici près de quinze ans, le Crédit lyonnais, à l'époque dirigé par Jean-Yves Haberer et contrôlé par l'Etat, s'était comporté comme une banque ordinaire, si la politique n'avait pas lourdement interféré dans le dossier, l'ex-homme d'affaires aurait perdu le contrôle d'Adidas. Et l'histoire se serait arrêtée là. Ni tribunal arbitral, ni dédommagement de 395 millions d'euros : l'ex-homme d'affaires n'aurait jamais pu prétendre mettre la main sur le formidable magot que lui ont attribué les trois arbitres en juillet 2008.

 

Cette histoire oubliée permet pourtant de comprendre le côté le plus invraisemblable de l'histoire.

 

Tout commence le 7 juillet 1990. Ce jour-là, Bernard Tapie révèle qu'il va prendre le contrôle d'Adidas, le numéro un mondial des équipements et des chaussures de sport. L'annonce stupéfie toute la communauté des affaires parisiennes. L'homme d'affaires, qui n'est pas encore ministre – il le deviendra, dans le gouvernement de Pierre Bérégovoy, du 2 avril 1992 au 3 juin 1992, puis du 26 décembre de la même année au 29 mars 1993 –, a déjà beaucoup fait parler de lui, en reprenant, souvent avec le conseil de l'un de ses avocats... Jean-Louis Borloo, une cascade d'entreprises, dont beaucoup sont en difficulté et qu'il se fait fort de redresser (La Vie claire, Look, Manufrance, Wonder, Terraillon...).

 

Pourtant, Bernard Tapie n'est pas de taille à croquer Adidas. Trop gros, trop cher, pour lui : c'est la grenouille qui veut avaler un bœuf ! Le groupe Bernard Tapie est en situation financière très fragile et n'a pas les moyens de mettre la main sur une firme près de quinze fois plus grosse que lui. Le 8 août suivant, toutefois, l'affaire est bouclée.

 

Bernard Tapie Bernard Tapie

Par quel mystère? En vérité, Bernard Tapie a dans sa manche plusieurs atouts. D'abord, il entretient déjà des relations confiantes avec François Mitterrand et Pierre Bérégovoy, qui le présentent souvent comme un entrepreneur modèle et un symbole de la réussite individuelle. Et puis, c'est l'époque de la folle fuite en avant du Crédit lyonnais, durant laquelle le PDG, Jean-Yves Haberer, finance d'innombrables projets, tantôt sur consigne du pouvoir, tantôt sur impulsion personnelle. Pierre Bérégovoy ne cesse de citer en exemple ce banquier «modèle», celui qui soutient les entreprises et l'économie française. Bernard Tapie est l'un des «poulains» qu'accompagne le Crédit lyonnais – ou plus précisément l'une de ses filiales, la Société de banque occidentale (SDBO). De surcroît, Bernard Tapie est depuis 1986 le président de l'Olympique de Marseille.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale