Municipales : l'UMP accélère sur les rythmes scolaires

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« Augmentation des impôts locaux », « mépris du terrain » par « sectarisme » et « idéologie », « insécurité »... La droite a sorti l'artillerie lourde contre la réforme des rythmes scolaires. Le sujet s'annonce incontournable dans la campagne des municipales.

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Trois semaines après la rentrée, la réforme des rythmes a quitté l’enceinte scolaire pour l’arène politique. Foire d’empoigne assurée. Mercredi, à l’issue du conseil des ministres, François Hollande a convoqué une réunion sur le sujet en présence des ministres concernés. Aucune annonce à la sortie, puisqu’il ne s’agissait, apprenait-on finalement, que d’une « réunion de travail, non décisionnelle », mais le message que l’Élysée suit de près le dossier et écoute le terrain est passé.

Depuis la rentrée, les signes de mécontentement de parents désorientés, d’enseignants remontés ou d’élus, là où la réforme a été mise en œuvre, ont convaincu François Hollande qu’il ne pouvait donner l’impression de se désintéresser d’une question qui touche au quotidien de millions de Français et suscite tant d’interrogations.

Pas question de trop s’exposer pour autant. Mercredi soir, c’est bien Vincent Peillon qui a été chargé d’assurer le service après-vente de sa réforme sur TF1.

François Hollande et Vincent Peillon François Hollande et Vincent Peillon

À six mois des municipales, il est devenu urgent pour la majorité de désamorcer cette grenade avant qu’elle ne gâche une campagne qui s’annonce déjà difficile. Car politiquement, la question des rythmes scolaires possède un remarquable potentiel explosif. François Hollande, qui l’an dernier annonçait à la surprise générale devant le congrès de l’association des maires de France le report de la réforme à 2014, pour les villes qui le souhaitaient, le sait bien. L’UMP, qui vient d’éditer 100 000 affiches et un million de tracts, avec pour slogan : « Stop à la réforme des rythmes scolaires », dénonçant une réforme « pas financée », « injuste » et « mal préparée », ne s’y est pas non plus trompée.

La charge à droite contre la semaine de quatre jours et demi est allée crescendo avec un tempo qui semble avoir été minutieusement orchestré.

Jeudi dernier, Jean-François Copé faisait savoir qu’il avait téléphoné au ministre de l’éducation nationale pour le prévenir – l’heure était encore à la politesse républicaine – qu’il demanderait un report de la réforme. Ce mardi à l’Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement l’échange avec Vincent Peillon a été nettement moins courtois. « Vous avez prévu un financement en tout et pour tout de 50 euros par enfant et par an, alors que nous savons les uns et les autres que ce n’est pas moins de 300 euros qu’il faudra pour financer cette réforme… Moi je vous le dis, ce n’est pas en augmentant les impôts locaux, alors que vous avez matraqué les Français par des impôts d’État que vous allez trouver la solution ! Je vous demande donc de reporter cette réforme avant que la colère du peuple de France ne vous pousse à la démission », s’est emporté le maire UMP de Meaux. « On a compris que vous aviez un rendez-vous politique avec les municipales. Mais faites attention à ne pas enfourcher ce cheval, vous risquez d'en tomber », lui a de son côté rétorqué le ministre, rappelant au passage que si le maire de Meaux avait appliqué la réforme cette année, sa ville aurait bénéficié de «150 euros par an et par enfant (les 90 euros du fonds d’amorçage pour les villes en difficulté, plus les 50 euros de la Cnaf, soit 140 euros. Pour l'an prochain par contre, rien n'est assuré hormis, effectivement, les 50 euros, ndlr) ».

À la sortie du conseil des ministres, mercredi, la porte-parole du gouvernement Najat Vallaud-Belkacem a fait part d’un « profond agacement à l'égard de l'UMP, de Jean-François Copé en particulier et de ses velléités de prendre en otages les enfants pour de sombres batailles politiciennes », une déclaration aussitôt suivie d’une pluie de communiqués indignés à droite, preuve que les cellules répliques sont déjà bien activées. « Oser parler, comme elle le fait, de prise d’otages, c’est totalement honteux et déplacé », s’est par exemple offusquée Michèle Tabarot, secrétaire générale de l’UMP, quand Valérie Debord s’étonnait, elle, que « la solution élégante proposée par Jean-François Copé de moratoire » n’ait pas trouvé «  un écho au sein de ce gouvernement, tant de nombreuses communes de gauche sont effrayées à l'approche de la mise en œuvre budgétaire de ce qu'il convient d'appeler l'impôt "Peillon" ! ». Camille Bedin, en pointe sur les questions d’éducation à l’UMP (voir notre enquête), a fustigé une réforme « imposée par décret » (l'organisation de la journée scolaire ne relève pas de la loi, ndlr) par un ministre « qui n’a jamais été un élu de terrain ». Les éléments de langage et les argumentaires sont prêts.

À Paris, où la mise en œuvre de la réforme a valeur de test, l’offensive de Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la succession de Bertrand Delanoë, s’est faite justement sur le registre du « terrain » contre les « technocrates idéologues » censés entourer Vincent Peillon. Celle qui fut secrétaire d’État à l’économie numérique a ainsi lancé un site, nosenfantsméritentmieux.fr, pour fédérer les mécontentements, le site proposant « dans une démarche d’intérêt communal, d'aider à faire la transparence sur la réalité de terrain des "ratés" du réaménagement des rythmes éducatifs »« Fatigue de l'enfant », « Mauvaise information des familles », « Encadrement insuffisant ou mal formé »« Intérêt et/ou qualité insuffisante des activités proposées »« Sécurité : locaux inadaptés, défaut de surveillance », il n’y a plus qu’à cocher…

La mairie de Paris, consciente qu’il y avait un feu à éteindre, a reçu longuement le 25 septembre dernier le syndicat majoritaire du premier degré, le SNUipp FSU, dont les représentants parisiens dénoncent depuis plusieurs jours une mise en œuvre « catastrophique » de la réforme. Colombe Brossel, chargée des questions éducatives, a consenti de prochains « ajustements » qui pourraient se traduire par une nouvelle augmentation de l’enveloppe consacrée au périscolaire. Elle a aussi assuré que si cela apparaissait nécessaire, de nouveaux recrutements auraient lieu.

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