Le Pen-Poutine : dix ans de soutien que la candidate du RN veut faire oublier

Depuis le début de la guerre en Ukraine, Marine Le Pen assure qu’elle a toujours défendu une ligne « à équidistance » des États-Unis et de la Russie. En réalité, dès son arrivée à la tête du FN en 2011, elle a soutenu le Kremlin et son parti a bénéficié de deux prêts russes.

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Une politique étrangère « à équidistance » des États-Unis et de la Russie. C’est ce que répète Marine Le Pen pour justifier les liens étroits qu’elle a entretenus avec le Kremlin avant le déclenchement de la guerre en Ukraine. Depuis un mois, elle n’a de cesse de vanter sa « vision gaullienne de la France et de la diplomatie française », qui se caractériserait par « l’indépendance, l’équidistance et la constance ».

L’objectif ? Faire oublier son lobbying prorusse des dernières années, et les millions russes que son parti a perçus pour financer ses campagnes. Quitte à travestir les faits.

Marine Le Pen sur la place Rouge à Moscou avant sa rencontre avec le président de la Douma, Sergueï Narychkine, le 26 mai 2015. © Photo Kirill Kudryavtsev / AFP

Dès les premiers jours de la guerre, Marine Le Pen a estimé sur BFMTV que Vladimir Poutine avait « franchi la ligne rouge ». Les soutiens les plus bruyants du régime Poutine au sein du Rassemblement national (RN) ont été mis en retrait. À l’instar de l’eurodéputé Thierry Mariani, prorusse assumé, qui se rend régulièrement en Russie, mais aussi dans le Donbass et en Crimée, où il a rencontré Poutine en 2019.

S'il a continué de publier des tweets clairement en soutien de la Russie – comme le 19 mars, lorsqu'il évoque une « opération d’intoxication » de l'Ukraine concernant le bombardement russe du théâtre de Marioupol –, l’ancien ministre a décidé de se « mettre aux abonnés absents le temps que la vague passe », confirme une source au RN. Le 28 février, il a annulé sa venue dans la matinale de Laurence Ferrari sur CNews, puis il s'est fait discret. « Il y a des moments où il vaut mieux être absent. Quand on soutient un candidat, la première chose à faire, ce n’est pas de le mettre en difficulté. Donc, dans ces cas-là, vous prenez des vacances. »

La stratégie a plutôt bien fonctionné. Au Rassemblement national, on se félicite que Marine Le Pen s’en soit « beaucoup mieux sortie » qu’Éric Zemmour, dont les déclarations sur le dossier ukrainien ont plombé la campagne. « Zemmour, par ses maladresses, s’est donné une telle image pro-Poutine aujourd’hui que c’est quasiment impossible à remonter, jusqu’aux “Z” sur les tanks russes qui n’aident pas, commente un cadre du RN. Il est à contresens de l’opinion publique, il n’a pas percuté que le public ne réagit pas de la même manière quand le réfugié est blanc, européen, chrétien, qu’il leur ressemble. »

Marine Le Pen, elle, l’a compris. À rebours de sa position sur les réfugiés syriens, afghans ou kurdes, elle a estimé, dès le lendemain de l’invasion, qu’il fallait « bien sûr » accueillir les Ukrainiens, par « solidarité régionale », car ils étaient des « réfugiés de guerre » et non des « migrants économiques ». À Perpignan, le maire, Louis Aliot, vice-président du RN, s’est mis en scène dans les médias et sur les réseaux sociaux, allant chercher en bus des réfugié·es en Pologne (lire l’article de Lucie Delaporte).

Cette stratégie de communication passe sous le tapis la réalité. Car dès l'arrivée de Marine Le Pen à la tête du Front national, en 2011, le soutien au Kremlin est la ligne officielle du parti. En octobre 2011, dans un entretien au quotidien russe Kommersant, elle estime que la crise économique marque un « tournant » qui « donne la possibilité de tourner le dos aux États-Unis et de se tourner vers la Russie ». « Je dis depuis longtemps que nous devons développer des relations avec Moscou, et non avec Washington, parce que nous avons avec la Russie des intérêts civilisationnels et stratégiques communs », insiste-t-elle. Avant d’« avouer » « une forme d’admiration pour Vladimir Poutine »

Marine Le Pen et Louis Aliot reçus à la Douma par son président, Sergueï Narychkine, et par le président de la commission des affaires étrangères, Alexeï Pouchkov, en juin 2013. © Vidéo AFP

En 2012, dans son projet présidentiel, la candidate prône « une alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou », avant d’effectuer, en juin 2013, son premier voyage officiel en Russie, préparé depuis deux ans (et qui aurait dû être son premier déplacement à l’étranger).

Avec Louis Aliot, Marine Le Pen réalise alors une tournée de dix jours en Crimée et en Russie, où elle est reçue à haut niveau par le président de la Douma, Sergueï Narychkine – un ancien du KGB et intime de Poutine –, par le patron de la commission des affaires étrangères du Parlement, Alexeï Pouchkov, mais aussi par le vice-premier ministre, Dmitri Rogozine (voir les images de l'AFP).

Devant les caméras, elle se vante d’être « peut-être la seule en France qui défend la Russie ». Elle détaille les « valeurs communes » qu’elle dit partager avec les Russes et rappelle son opposition au mariage des couples de même sexe, comme à « toute intervention en Syrie » – pays où la Russie est déjà engagée aux côtés de Bachar el-Assad. 

Marine Le Pen pose avec une casquette soviétique à Sébastopol, en juin 2013, quelques mois avant l'annexion de la Crimée par la Russie. © Document déjà publié par le chercheur ukrainien Anton Shekhovtsov sur son blog.

À Sébastopol, elle est reçue par un homme d’affaires français résidant de longue date en Crimée. Lors d’une soirée, elle pose avec une casquette soviétique qui lui a été offerte. Questionnée par Mediapart sur cette photo, Marine Le Pen affirme qu’il n’y avait « évidemment aucun autre sens que le côté folklorique » et qu’il s’agissait d’« un clin d’œil au fait que le FN a toujours lutté depuis son origine contre le pouvoir soviétique ».

Les mois suivants, alors que les agressions homophobes en Russie font l’actualité, la présidente du FN affirme que les homosexuels n’y sont pas persécutés. Elle défile dans les médias russes et européens pour dénoncer la « guerre froide » que mènerait l’Union européenne contre Moscou.  

Plusieurs de ses proches ou conseillers successifs sont d’ardents soutiens de Poutine, parmi lesquels Emmanuel Leroy, Frédéric Chatillon, ou encore son ex-conseiller international, Aymeric Chauprade (lire notre enquête).

Marion Maréchal le 17 novembre 2016, à Moscou, reçue par Natalia Poklonskaïa, ancienne procureure de Crimée devenue députée, et visée par les sanctions de l'Union européenne. © Document Mediapart

Sa nièce, Marion Maréchal, a elle aussi multiplié les déplacements en Russie. Dès décembre 2012, jeune députée, elle est reçue par le président de la Douma, qui lui réserve un « accueil particulièrement honorant ». Sur ProRussia.tv, elle vante alors l’action de Vladimir Poutine, avec qui son parti partage la « même vision politique internationale ». Puis elle se rendra ensuite à au moins trois reprises en Russie entre 2015 et 2019, année où elle participera au Forum économique de Yalta, rendez-vous traditionnel organisé depuis l’annexion de la Crimée. 

Chaque année, Marine Le Pen et sa nièce viennent trinquer à la fête nationale russe, organisée dans les salons de l’ambassade de Russie, dans le XVIarrondissement de Paris.

Le tropisme russe du Front national n’est pas nouveau. Dès les années 1960, Jean-Marie Le Pen a noué des contacts avec des ultranationalistes russes. En 1996, après l’effondrement de l’URSS, il s’est affiché à Moscou avec le leader ultranationaliste Vladimir Jirinovski, appelant à fédérer toutes les forces patriotiques de l’Atlantique à l’Oural.

Jean-Marie Le Pen reçu à Moscou par l'ultranationaliste Vladimir Jirinovski en 1996. © Document Mediapart

En 2007, dans son programme présidentiel, il prônait déjà la sortie de l’Otan et, contre les « nouveaux impérialismes », le renforcement des liens avec Moscou, « dans la perspective de la mise en valeur de la “sphère boréale” de Brest à Vladivostok ». Sa fille a repris à son compte cette vision de l’Europe, tout en se rapprochant des cercles de pouvoir poutiniens. « Marine Le Pen a érigé la ligne prorusse en politique officielle au Front national », décrypte la chercheuse Marlène Laruelle, professeure à l’université George-Washington et spécialiste du soft power russe.

En 2014, en pleine crise russo-ukrainienne, le lobbying prorusse du Front national s’intensifie, et le parti s’aligne totalement sur le positionnement de Moscou. En témoignent les nombreuses visites, vidéos de propagande, déclarations publiques et votes en faveur des intérêts russes à l’Assemblée nationale et au Parlement européen, où le parti, qui vient de faire élire 23 eurodéputé·es, dispose désormais d’une plus grande influence (lire notre article). Durant cette période, les parlementaires FN votent contre les résolutions opposées aux intérêts du Kremlin dans 93 % des scrutins (lire l’analyse de Nicolas Lebourg).

La chronologie de cette accélération n’est pas anodine. Cette année-là, le parti décroche deux prêts en provenance de Russie : 2 millions versés via une holding domiciliée à Chypre au microparti de Jean-Marie Le Pen, Cotelec, qui alimente les campagnes frontistes ; 9 millions d’euros d’une banque tchéco-russe pour le Front national.

Ces financements se sont accompagnés de rencontres confidentielles au cours de l’année 2014 : Jean-Marie Le Pen s’est entretenu à deux reprises avec l’oligarque russe Konstantin Malofeev, soupçonné d’être derrière le premier prêt ; Marine Le Pen a rencontré l’homme d’affaires orthodoxe une fois, mais aussi Alexandre Babakov, conseiller de Poutine chargé de la coopération avec les organisations russes à l’étranger, qui a joué un rôle décisif dans le second prêt.

Le contrat du prêt russe de 9 millions d'euros obtenu en septembre 2014 par le Front national. © Document Mediapart et illustration Sébastien Calvet.

Ces emprunts, tenus secrets par le parti et révélés par Mediapart, posent la question d’une ingérence russe dans la vie politique française et de l’éventuelle contrepartie politique à ces financements. Des SMS révélés par les hackers d’Anonymous International accréditent la thèse d’une possible contrepartie.

Dans ces messages, qui datent de mars 2014, au moment du référendum sur l’annexion de la Crimée, deux Russes échangent : le chef adjoint du département de politique intérieure du Kremlin, Timur Prokopenko, et un blogueur très influent pro-Poutine, Konstantin Rykov. Il est question de faire venir Marine Le Pen en Crimée comme observatrice du référendum, puis d’une prise de position à venir de sa part sur ce référendum, mais aussi de financements et de la manière dont elle devra être « remerciée » en échange de son soutien (lire notre article).

Dans la foulée, Aymeric Chauprade, conseiller international de Marine Le Pen, se rend à titre personnel en Crimée comme observateur du référendum, à l’invitation d’une ONG prorusse. Puis la présidente du FN elle-même déclare, lors d’une conférence de presse, que les résultats du référendum sont « sans contestation possible ». Le premier prêt russe est signé deux semaines après. Le second six mois plus tard, en septembre 2014. 

Les emprunts russes ont-ils influé sur la ligne politique du parti ? Ont-ils constitué un renvoi d’ascenseur, en remerciement de ses déclarations ? Questionnée par Mediapart, Marine Le Pen affirme que non. La candidate sent-elle aujourd’hui que le sujet est brûlant ? Pour la première fois, en tout cas, elle a accepté de répondre à certaines de nos questions.

Elle dément toute « contrepartie » politique à ces prêts et affirme que ses prises de position sur la Russie « n’ont en rien été influencées par des demandes de gouvernement étrangers ». Que ses déclarations concernant la Crimée sont simplement le fruit d’une « analyse géopolitique » « Ma reconnaissance s’inscrivait dans une lecture historique et juridique. Le référendum organisé sur place a donné une très large approbation au rattachement de la Crimée à la Russie, illustrant le concept de “droit de peuples à disposer d’eux-mêmes”. »

Les multiples visites en Russie, en Crimée ou dans le Donbass de cadres du parti ? « Elles ont été effectuées par des députés européens dans le cadre de leur mandat, pas sur instruction du RN », assure-t-elle. Ses propres entretiens avec les hommes d’affaires Malofeev et Babakov au moment des négociations des prêts ? De simples « rencontres politiques ».

La candidate répète que « c’est l’absence de réponse des banques françaises qui l’a contrainte à aller chercher des financements à l’étranger » – ce qui s’est « reproduit pour l’élection en cours », puisque c’est un prêt hongrois de 10,7 millions d’euros qui lui permet de financer sa campagne présidentielle. D’ailleurs, elle « se réjouirait qu’une institution bancaire française récupère ce prêt dès aujourd’hui », prétend-elle.

Photo officielle de la rencontre de Marine Le Pen avec Vladimir Poutine à Moscou, le 24 mars 2017. © Photo Mikhail Klimentyev / Sputnik / AFP

Une chose est sûre : les déclarations politiques et les recherches de financement ont été « concomitantes », nous avait expliqué Emmanuel Leroy, ancien conseiller prorusse de Marine Le Pen, rencontré fin 2016. Pour ce grand connaisseur de la Russie, qui connaît les intermédiaires du prêt, ces emprunts ont été obtenus « probablement avec un accord d’en haut, c’est clair, c’est évident ».

L’universitaire Marlène Laruelle explique à Mediapart que si « l’argent met de l’huile dans le système » et « accélère les choses », il « ne décide pas de la ligne » du parti, qui avait déjà « une affinité idéologique mutuelle » avec Moscou.

Ces financements ont cependant eu des effets concrets sur certaines déclarations et voyages du Front national. Trois exemples le montrent.

D’abord les voyages dans le Donbass, en Ukraine, pour soutenir les séparatistes prorusses. Depuis l’éclatement du conflit armé dans cette région, aucune formation politique française n’avait encore pris le risque de s’afficher là-bas. Un mois après l’obtention du prêt de 9 millions, son artisan, l’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser, s’y rend à deux reprises, en octobre 2014 et en mai 2015. Lors de sa première visite, Nicolas Lesage – ami de Louis Aliot et futur directeur de cabinet de Marine Le Pen – est secrètement du voyage.

L’objectif ? Offrir une légitimité aux élections du Parlement et de l’exécutif organisées dans ce petit État autoproclamé par les séparatistes, avec le soutien du Kremlin mais la désapprobation de Kyiv (Kiev en russe), des États-Unis et de l’Union européenne. Mais aussi réaliser des vidéos relayant la propagande prorusse, comme celle-ci, grâce à un prestataire vidéo du FN accrédité comme « journaliste » de Nations Presse Info, un site satellite du Front national.

Ce voyage « était une contrepartie au prêt », nous avait affirmé Aymeric Chauprade, l’ex-conseiller international de Marine Le Pen, « car aller dans le Donbass marquait un soutien fort à la Russie ».

L’achat des billets d’avion avait été géré par des contacts russes de Schaffhauser. Et le voyage se serait fait avec l’aval de Louis Aliot, vice-président du Front national, si l’on en croit un mail daté du 16 octobre 2014, obtenu par Mediapart, dans lequel Nicolas Lesage explique qu’il a vu « Louis » la veille, « comme prévu ». Selon Schaffhauser, Marine Le Pen était elle aussi « au courant » de sa venue.

Louis Aliot reconnaît qu’il était « informé du projet » mais assure qu’il n’y était « pas associé ». « Lesage est un ami, Schaffhauser était parlementaire, et je suivais ça de loin. À ce moment-là, je supervisais le site Nations Presse Info qui a publié le compte-rendu de ce voyage. Pas plus. La Russie n’était pas dans ma zone de connaissance. »

Un autre épisode a marqué les esprits : la venue d’une délégation russe au congrès du Front national, en novembre 2014, et le discours virulent à la tribune du vice-président de la Douma, Andreï Issaïev, applaudi par Marine Le Pen.

Le mail envoyé à l'eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser par son contact russe, en juillet 2014. © Document Mediapart et illustration Sébastien Calvet

Mais ce n’est pas tout : plusieurs échanges de mails datés de juillet 2014 et obtenus par Mediapart démontrent que les deux contacts russes de Jean-Luc Schaffhauser ont tenté de dicter des idées au parti. Dans un mail, l’un d’eux transmet un « exemple de déclaration », que l’eurodéputé transfère à Marine Le Pen. Trois heures plus tard, il écrit à son collaborateur : « Marine est prête à envoyer un communiqué à Reuters [l'agence de presse internationale– ndlr], il faut lui en préparer qu’elle finalisera et m’en donner copie. »

Deux semaines après, lors de sa première intervention au Parlement européen, Schaffhauser reprend les propositions du communiqué transmis par les Russes sur la situation en Ukraine. Le verbatim a été transmis la veille par mail à Marine Le Pen et son conseiller aux affaires européennes, pour validation. Dans sa réponse, celui-ci salue une « belle intervention ». Parallèlement, l’eurodéputé donne aussi des gages à son contact russe : « C’est mon intervention, avec mon propre texte. [...] La vidéo n’est pas encore sur le site internet du Parlement européen, mais elle le sera », lui écrit-il.

Questionné sur ces mails, Jean-Luc Schaffhauser n’a pas répondu. Marine Le Pen s’est contentée de nous indiquer qu’elle n’avait fait « aucun communiqué de ce type ».

Vimeo.

Deux ans plus tard, à l’approche de l’élection présidentielle, les recherches de financements reprennent, et la candidate du Front national se tourne à nouveau vers la Russie. En juin 2016, elle signe de sa main un projet de prêt, révélé par Mediapart, qui prévoit le versement de 3 millions d’euros, pour « financer la campagne électorale présidentielle ». Le projet n’a finalement pas eu de suites.

© Document Mediapart et illustration Sébastien Calvet.

Mais en mars 2017, l’effondrement de la candidature de François Fillon rebat les cartes. Le Front national a de nouveau les faveurs du Kremlin. Marine Le Pen est reçue officiellement par Vladimir Poutine. La poignée de mains avec le président russe fait le tour du monde et contribue à lui offrir une stature internationale. À cette occasion, elle redit que son « point de vue sur l’Ukraine coïncide avec celui de la Russie », et qualifie les sanctions infligées par l’Union européenne dans le cadre de ce conflit de « diplomatie de menaces » et de « chantage ». Une position loin de l’« équidistance » qu’elle revendique aujourd’hui. 

Deux mois plus tôt, la candidate avait aussi déclaré, à rebours de la position de l’UE et des États-Unis, que l’annexion de la Crimée n’était pas « illégale » et que celle-ci n’avait « jamais été ukrainienne ». 

À ce jour, le Rassemblement national n’a pas remboursé l’intégralité du prêt russe de 9 millions, alors même que le contrat prévoyait une échéance finale en septembre 2019. Le prêt est passé de main en main : la banque russe prêteuse a fait faillite, son dirigeant a été mis en examen pour détournements de fonds, et la créance a été reprise successivement par plusieurs mystérieuses structures, dont Aviazapchast, une société aéronautique dirigée par d’anciens militaires proches des services secrets de l’armée. En 2020, le parti d’extrême droite a conclu devant la justice russe un accord à l’amiable avec le créancier qui lui permet de repousser le remboursement du prêt à la fin de l’année 2028.

En France, ce prêt a attiré l’attention de la justice. En 2016, le Parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire – toujours en cours – concernant les commissions versées à l’intermédiaire Jean-Luc Schaffhauser et ses structures.

Ces épisodes successifs, et l’opacité qui a entouré ces emprunts, ont alimenté les interrogations sur un éventuel don déguisé en prêt. Ce qu’a toujours contesté le Rassemblement national, tout en refusant de s’exprimer sur l’identité des intermédiaires, les commissions touchées, l’échéancier de remboursement. « Le prêt est en cours de remboursement sous la supervision de la CNCCFP » – la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques –, nous indique aujourd’hui Marine Le Pen, sans donner les détails de ce remboursement.

Sur le fond de sa politique, la candidate assure rester « cohérente » : elle a « condamné sans aucune réserve l’invasion de l’Ukraine par la Russie » et elle a « toujours défendu la souveraineté des États », qu’il s’agisse de l’Irak ou de l’Ukraine.

Elle continue cependant de ménager le Kremlin. Le 21 mars, elle a déclaré n’avoir « pas d’admiration particulière pour Volodymyr Zelensky », annonçant même qu’elle ne serait « pas présente » lors de son intervention devant le Parlement français, avant de rétropédaler face à la polémique.

Elle refuse de qualifier Vladimir Poutine de dictateur ou de criminel de guerre, comme l’a fait Joe Biden. Des « déclarations à l’emporte-pièce » qui sont « irresponsables », « au moment où certaines capitales cherchent à trouver les moyens d’une négociation pour sortir de la guerre », a-t-elle estimé le 18 mars. Et si elle considère que le président russe a eu « tort » d’envahir l’Ukraine, elle affirme « ne pas regretter » ses positions passées.

« Tout le monde s’accorde à dire que Vladimir Poutine a réussi à faire sortir la Russie de la mise au ban de la communauté internationale dans laquelle l’URSS l’avait entraînée », justifie la candidate à Mediapart. Et si elle a pu « l’admirer », c’est du point de vue de sa défense de « l’intérêt des Russes et de la Russie » et à cause de la manière dont il a « réussi à développer son pays ». Aujourd’hui, elle déplore que la guerre fasse replonger la Russie « dans cet isolement ».

Sur France 2, le 31 mars, elle a estimé que si la guerre prenait fin, Poutine pourrait « bien entendu » redevenir un allié de l’Occident, notamment « contre le fondamentalisme islamiste si celui-ci redevenait extrêmement brutal ». Ce qu'elle a confirmé dans un tweet : « L'histoire a prouvé que les ennemis d'un jour peuvent devenir les alliés de demain. »

Marine Turchi

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