Rassemblement national : le congrès du doute

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Au lendemain de sa sévère déconvenue électorale, le RN tient un congrès qui doit entériner la mise en retrait de Marine Le Pen de la présidence pour se consacrer à l’élection présidentielle. Mais le doute a gagné ses troupes.

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Le scénario n’est pas celui que Marine Le Pen espérait. Le congrès du Rassemblement national (RN) qui s’ouvre ce samedi à Perpignan (Pyrénées-Orientales), devait lui permettre, portée par des victoires aux élections régionales, de passer la main de la présidence du parti pour prendre sereinement de la hauteur et mettre le cap sur la présidentielle.

Après la raclée électorale que vient de connaître son parti qui n’a remporté ni région et ni département et a même perdu un tiers de ses conseillers régionaux et la moitié de ses cantons, la présidente du RN va essayer de relancer une machine partisane grippée.

Marine Le Pen le sait, elle s’exprimera face à des troupes démobilisées et en plein doute lors de son discours de clôture dimanche.

Marine Le Pen le 27 juin 2021. © AFP Marine Le Pen le 27 juin 2021. © AFP

Celle qui sera réélue sans surprise à la tête du parti, passera le relais pour une présidence par intérim à l’un des vice-présidents, l’eurodéputé Jordan Bardella ou le maire de Perpignan Louis Aliot.

La candidature du premier, initialement soutenue par Marine Le Pen, a pourtant pris un peu de plomb dans l’aile depuis son score très médiocre en Île-de-France. Avec près de 11 % des voix, le jeune protégé de Marine Le Pen a fait beaucoup moins bien que Wallerand de Saint-Just en 2015 dans la région.

Or son échec est à l’image des scores obtenus par toute la garde rapprochée de la présidente du RN. Dans les Hauts-de-France, Sébastien Chenu, par ailleurs omniprésent sur les plateaux télé comme Jordan Bardella, a lui aussi pris une claque mémorable en divisant le score de Marine Le Pen par deux par rapport à 2015. Un an seulement après son échec aux municipales à Denain (Hauts-de-France).  

Quant à Hervé Juvin, théoricien du « localisme », et proche conseiller de Marine Le Pen ces dernières années, il a obtenu l’un des plus mauvais scores des candidats RN avec 10 % des voix seulement dans les Pays de la Loire.

De quoi interroger sur les choix stratégiques de Marine Le Pen. La très forte démobilisation de l’électorat RN qui s’est massivement abstenu aux deux tours des élections régionales et départementales, malgré les remontrances de la présidence du RN, reste à expliquer. « Il y a sûrement un contexte général qui fait que. Mais quand même, on a notre part de responsabilité. Il faut bien analyser les choses et y répondre d’une manière efficace. Cet enjeu ne les a pas intéressés et nous n’avons pas été capables de les intéresser à cet enjeu. », a ainsi déclaré Louis Aliot sur les ondes de Sud Radio.

« Il y a sans doute une usure de la candidate dont ce sera la troisième candidature à l’élection présidentielle » analyse l’historien Nicolas Lebourg.

Faut-il revoir la ligne choisie par Marine Le Pen consistant à tenter de rallier un électorat LR en déshérence en multipliant les signes pour le rassurer comme l’abandon de la sortie de l’euro ou de l’Union européenne ? « Plus qu’un problème de ligne, le RN est confronté à un problème de crédibilité. Quand on va parler à un électorat filloniste, composé de CSP+, en n’ayant pas vraiment de programme clair sur l’économie, ça ne fonctionne pas. Et cela paraît d’un autre côté un peu trop fade à son électorat plus populaire et plus jeune qui l’attend sur les questions d’immigration et d’insécurité », poursuit l’historien.  

Le débat sur la stratégie n’aura sans doute pas lieu puisqu’il n’y a personne pour le porter.

Jean-Yves Camus

Si l’élection du conseil national sera l’occasion de compter le poids et les soutiens des uns et des autres, peu de chance qu’un véritable débat ait lieu à Perpignan.

« Le débat sur la stratégie n'aura sans doute pas lieu puisqu'il n'y a personne pour le porter», avance Jean-Yves Camus. Les rares personnalités à être sortis du bois sont un peu en marge du parti comme Gilbert Collard qui a dénoncé un affadissement du discours du RN propre à démobiliser l’électorat.

« Il n’y a personne qui incarne une opposition à Marine Le Pen, tant que Marion Maréchal n’est pas revenue. La structure du parti ne permet pas, par ailleurs, qu’il y ait de débats. Il n’y a pas de motions, pas de tendances comme au Parti socialiste », rappelle Jean-Yves Camus pour qui l’hypothèse d’une candidature Zemmour parasite aussi souterrainement le débat. « Il jouit d’une vraie attractivité auprès de nombreux cadres qui pensent, comme lui, que Marine Le Pen a un peu trop mis d’eau dans son vin sur l’islam, l’immigration », poursuit-il.

Toujours en embuscade malgré son grand âge, Jean-Marie Le Pen, exclu du FN en 2015, s’est rappelé au bon souvenir de sa fille à la veille du congrès pour tancer sa stratégie.

Dans une vidéo où il apparaît aux côtés de son fidèle conseiller Lorrain de Saint-Affrique et de ses chiens, le fondateur du FN assène que les revers électoraux du RN sont dus à « la délepénisation du mouvement ». « La politique d’adaptation, de rapprochement par rapport au pouvoir, à la droite ordinaire a été sanctionnée sévèrement », affirme-t-il.

 « Ou bien Marine Le Pen retrouve les accents des combats précédents ou bien elle va progressivement s’effacer », prévient-il enfin enjoignant à sa fille de retrouver « la virilité » du FN historique.

Plus embarrassante encore pour Marine Le Pen est la fronde de plus en plus visible d’élus locaux du RN. Dans l’Hérault, le délégué du RN Bruno Lerognon vient ainsi de claquer la porte en dénonçant dans un courrier obtenu par l’AFP, une fédération « pourrie par le clanisme » et une « stratégie absurde d’ouverture ». De fait, le RN n’a présenté dans les régions clés que des transfuges de LR : de Thierry Mariani à Jean-Paul Garraud en passant par Sébastien Chenu. « Marine (Le Pen) n’est pas le bon pilote aujourd’hui », assure-t-il enfin.

Trois jours avant le second tour des élections régionales et départementales, tout le bureau des Deux-Sèvres du RN avait remis sa démission en dénonçant, là encore, la caporalisation par le siège de Nanterre du parti et les choix de parachutage de candidats au mépris des élus locaux déjà implantés. « Ironie pour un mouvement qui ne cesse de dénoncer une classe politique “hors-sol”, qui fait aujourd’hui la promotion du “localisme” mais qui demeure lui-même dépourvu d’ancrage local faute de respecter ses propres troupes », avaient déclaré dans un courrier les démissionnaires.

Dans un parti organisé et structuré autour du chef, une telle bronca en dit long sur la défiance à l’égard de la tête du parti.

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