Européennes: A trois mois du scrutin, Macron remonte au front sur l'Europe

Par
A moins de trois mois des élections européennes, Emmanuel Macron a repris dimanche son offensive diplomatique et médiatique en faveur d'une Europe "forte, unie et souveraine" qu'il avait été contraint de mettre au second plan compte tenu de la crise des "Gilets jaunes" et du "grand débat national".
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

PARIS (Reuters) - A moins de trois mois des élections européennes, Emmanuel Macron a repris dimanche son offensive diplomatique et médiatique en faveur d'une Europe "forte, unie et souveraine" qu'il avait été contraint de mettre au second plan compte tenu de la crise des "Gilets jaunes" et du "grand débat national".

Avant une "expression forte" sur l'Europe annoncée pour le début de la semaine, le chef de l'Etat a accordé une interview à la chaîne de télévision italienne Rai Uno, l'occasion d'insister sur l'importance de la relation entre Paris et Rome en dépit des crispations sans précédent de ces derniers mois.

Ces tensions ont atteint leur paroxysme début février avec le rappel temporaire de l'ambassadeur de France à Rome pour protester contre des "déclarations outrancières" et des "ingérences" de la part du Mouvement 5 Etoiles (anti-système) et de la Ligue (extrême droite) dans la crise des "Gilets jaunes".

"Il y a un malentendu qui s’est installé", a estimé Emmanuel Macron dans l'émission "Che tempo che fa" diffusée dimanche soir. "Les péripéties les plus récentes ne sont à mes yeux pas graves et il faut passer au-delà."

"L'Europe ne peut pas avancer si l’Italie n’en fait pas partie", a-t-il insisté. "Pour moi, le dialogue avec l’Italie, le dialogue avec Rome est absolument essentiel".

Au-delà de la relation bilatérale, Emmanuel Macron, qui a placé au coeur de son projet politique la refonte de l'Union européenne, a livré un plaidoyer en faveur d'une "Europe forte" et mis en garde contre la tentation du "repli nationaliste".

"Je ne crois pas que la réponse soit dans la simplification du message de certains nationalistes", a-t-il déclaré. "Aucun pays, aucun en Europe, ni l’Italie, ni la France, ne règlera les problèmes qui sont les siens en s’opposant aux autres pays européens et en se repliant juste sur le plan national. Nous règlerons nos problèmes en coopérant et, ensemble, en ayant une stratégie vis-à-vis des autres."

"OUVERTURE BEATE" VS "RETOUR AU NATIONALISME"

"Nous avons besoin d’une Europe plus forte (...) pour rebâtir véritablement une Europe plus unie, plus souveraine, plus forte", a-t-il poursuivi. "C'est le coeur de la campagne qui s’ouvre. Cette campagne, elle ne doit pas être entre une ouverture béate et le retour au nationalisme."

"Il y a des gens qui défendent le nationalisme, qui veulent combattre notre Europe. Moi, je combattrai ces gens avec force, parce que je pense qu’ils nous feraient reculer", a-t-il ajouté. "Nous devons, aujourd’hui, en respectant l’identité de nos peuples et l’esprit de chacun de ces peuples, bâtir (...) une Europe souveraine sur le plan de sa défense, sur le plan politique, sur le plan du numérique, sur le plan du climat et de l’énergie, sur le plan de l'alimentation".

Emmanuel Macron devrait répéter ce message dans son "expression" des prochains jours qui pourrait, selon certains médias, prendre la forme d'une tribune publiée dans plusieurs journaux européens mardi.

Il s'agira "en contenu et en message" de son "intervention la plus forte" depuis son discours de la Sorbonne du 26 septembre 2017 lorsqu'il avait fixé les grandes lignes de son projet européen et fait notamment une série de propositions concrètes, souligne-t-on à l'Elysée.

Le chef de l'Etat devrait cette fois-ci se concentrer sur quelques "thèmes forts" articulés autour du concept de l'"Europe qui protège" décliné depuis le début de son quinquennat, ajoute-t-on.

"DES PERSONNES SUR UN VOLCAN"

L'enjeu des élections européennes, premier test électoral depuis 2017, est de taille pour Emmanuel Macron dont l'arrivée au pouvoir avait suscité une vague d'espoir chez de nombreux dirigeants européens.

Dix-sept mois après son discours de la Sorbonne, le soufflé est retombé et le chef de l'Etat est confronté à un contexte moins favorable, marqué par les tentations nationalistes et de repli dans certains Etats membres, l'approche du Brexit et une fragilisation d'Angela Merkel en Allemagne.

"Le moment qui est le nôtre, c’est celui de personnes qui sont sur un volcan", a estimé Emmanuel Macron. "Il y a des gens qui pensent qu'on peut continuer comme des somnambules, comme si de rien n’était. Ils seront ensevelis."

"Moi, j’ai la conscience du tragique, qui est le nôtre, et je vois ce qui est en train de se passer, et je me bats de toutes mes forces, pas simplement pour que le pire n’advienne pas, mais pour qu’on bâtisse quelque chose de nouveau", a-t-il ajouté.

En France, où les élections se tiendront le 26 mai, le parti présidentiel, la République en marche (LaRem), allié au Mouvement démocrate (MoDem), est pour l'heure au coude-à-coude avec le Rassemblement national (ex-Front national) de Marine Le Pen dans les sondages.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale