Noir et musulman en France, la double peine

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Sur le marché du travail, les personnes perçues comme musulmanes reçoivent moins souvent de réponses à leur CV que les autres. Et c'est plus vrai encore si elles sont noires. Membre associée à l'École d'économie de Paris, Marie-Anne Valfort explique les raisons de cette discrimination, résultat d'un « cercle vicieux » entre les préjugés enracinés dans la tête des employeurs et l'anticipation du refus par ces candidats.

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À CV équivalent, un candidat perçu comme musulman a entre deux et trois fois moins de chances d’être convoqué à un entretien d’embauche qu’un candidat supposé chrétien. Cette discrimination s’explique par les préjugés négatifs des employeurs à l’égard de cette population, ainsi que par l’attitude de repli plus fréquente de personnes qui ont tendance à intérioriser la discrimination et anticiper un refus. Tels sont en substance les résultats d’une série d’enquêtes uniques en France tant les données scientifiques en la matière sont rares dans ce pays. Et pour cause. Les statistiques publiques y sont aveugles aux discriminations en raison des origines ethniques et/ou religieuses. Conformément à la Constitution qui bannit toute « distinction de race, de religion ou de croyance » entre les citoyens, la loi relative à l’informatique, aux fichiers et aux libertés de 1978 interdit la collecte et le traitement de « données à caractère personnel qui font apparaître, directement ou indirectement, les origines raciales ou ethniques, les opinions politiques, philosophiques ou religieuses ».