Italie: la droite française regarde ailleurs

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Alors que l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie provoque un séisme dans l’Union européenne, Les Républicains restent officiellement silencieux. Certains cadres y voient néanmoins une validation de la ligne droitière et violemment anti-immigration de Laurent Wauquiez.

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« Nous ne commentons pas le choix des Italiens, c’est le leur, cela s’appelle la démocratie », indique, un brin agacée, la porte-parole de LR Laurence Sailliet. Chez Les Républicains, l’embarras du parti est palpable au lendemain de la composition du gouvernement italien dans lequel l’extrême droite arrive en force.

Depuis la victoire de la coalition M5S et de la Ligue, aucune réaction officielle n’est venue indiquer ce que la droite française pense de l’arrivée au pouvoir de l’extrême droite en Italie, pays voisin et ami. Un véritable séisme pour l’Union européenne. Pas un mot du président de LR, Laurent Wauquiez, toujours prompt, pourtant, à réagir à l’actualité.

Pour la porte-parole de LR qui annonçait ce lundi 4 juin le lancement d’une campagne intitulée « Pour que la France reste la France », exhortant le France à « sortir de l’immigration de masse », « le choix des Italiens doit nous amener à nous interroger sur l’expression en Europe d’une exaspération sur la question migratoire ». Et de rappeler l’axe de la campagne de LR avec un tract imprimé à un million d’exemplaires affirmant, par exemple, qu'« [i]l n’y a jamais eu autant d’immigrés en France, et [qu']Emmanuel Macron laisse entrer un nombre jamais vu depuis 43 ans » ou qu’il n’y a « jamais eu une telle pression communautariste » ni « une telle flambée de délinquance ».

Un argumentaire anti-immigrés qui rappelle la rhétorique de la campagne du parti d’extrême droite italien, qui siège avec Marine Le Pen dans le groupe Europe des nations et des libertés.

Tract de LR © LD Tract de LR © LD
« Quand je vois le dernier tract de LR que je qualifie de torchon populiste, on comprend leur gêne. C’est difficile pour eux de condamner ce qui se passe en Italie puisqu’ils sont exactement sur cette ligne ! », fustige Franck Riester, député de Seine-et-Marne Agir-la Droite constructive offusqué comme une partie de la droite par le dernier tract de LR reprenant mot pour mot un slogan du Front national.

Dans les rangs de LR, consigne a manifestement été passée de ne pas applaudir trop bruyamment la victoire de la Ligue, encore trop sulfureuse. Ni de la condamner, respect des citoyens oblige. « Leur embarras m’amuse », raille le député européen Alain Lamassoure qui a récemment claqué la porte de LR et regrette « la droitisation actuelle de son ancien parti » qui n’aurait « de toutes façons plus d’idées sur rien ». 

« Ce n’est pas forcément le rôle d’un parti d’opposition de commenter la situation politique de l’Italie », affirme en défense le jeune député LR du Nord Pierre-Henri Dumont, qui préfère indiquer que « la crise italienne nourrit notre réflexion sur la réforme constitutionnelle. C’est un système qui favorise les alliances bancales. Il faut donc tout faire pour empêcher l’introduction de la proportionnelle ».

Pour le reste, rien à signaler.

Julien Aubert, le très droitier député du Vaucluse, qui se définit volontiers comme « eurocritique » au sein de son parti, assure pourtant qu’il est important de reconnaître que « le sujet qui a fait basculer ce pays dans les populismes, c’est l’immigration ». La situation italienne plaide donc à ses yeux pour une Europe qui « trouve des solutions efficaces contre la vague migratoire ».

Discours de Laurent Wauquiez lors de son élection à la tête de LR © Reuters Discours de Laurent Wauquiez lors de son élection à la tête de LR © Reuters

En termes moins choisis, l’ancienne ministre sarkozyste Nadine Morano a quant à elle exprimé son empathie avec le choix électoral des Italiens. « Après l’Allemagne et l’Autriche, l’Italie... au cœur des débats des élections législatives : l’immigration massive ! Nous avons le devoir d’écouter les citoyens qui veulent stopper la vague migratoire et renvoyer chez eux tous ceux qui ne relèvent pas du droit d’asile ! »

Une position très proche de celle de la député des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer qui ne supporte pas « les leçons de morale aux Italiens que nous avons abandonnés face à la crise migratoire. On peut peut-être écouter ces gens, écouter leur souffrance, non ? Cela me rappelle la phrase de Brecht : “Le peuple vote mal, changeons de peuple !”»

Dans l’entourage de Laurent Wauquiez, Philippe Meunier avait, lui, réagi à la victoire de la coalition italienne par un discours aux curieux relents. « Soumise aux intérêts apatrides depuis quelques années, l’#UE ne répond plus aux attentes des peuples européens. Pour une #EuropedesNations » lançait sur Twitter le vice-président de la région Rhône-Alpes dans une rhétorique proche du Rassemblement national (ex-FN).

Au Rassemblement national justement, le nouveau gouvernement a été, sans surprise, salué comme un signe d’encouragement. Le député FN du Gard Gilbert Collard a estimé, vendredi 1er juin sur Franceinfo, que la situation politique en Italie pouvait donner des idées en France : « Rappelez-vous de Mai 68. »

Gilbert Collard estime cependant qu'« il va y avoir des tensions, des problèmes » avec cette coalition : « Ils s'accordent sur un principe central qui est la lutte contre l'immigration sauvage et la suppression des lobbies immigrationnistes. Ils ont des terrains d'entente. Maintenant, quand il va falloir gérer les ego, ça va être très difficile. Si c'est un échec, c'est dramatique, y compris pour nous, puisque le système va gagner. »

Quant à Marine Le Pen, elle a expliqué dimanche au Grand Jury : « Les idées que je porte sont celles qui ont gagné en Italie », louant le courage du nouveau gouvernement italien qui n’a pas transigé face aux pressions européennes. Un discours qui a, au moins, le mérite de la clarté.

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