A Corbeil-Essonnes, la fin de l’ère Dassault

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L’installation, samedi 4 juillet, du conseil municipal de Corbeil-Essonnes et de son nouveau maire Bruno Piriou (divers gauche) officialise la fin de l’ère Dassault. Ce système clientéliste hors norme avait miné depuis des années la ville.

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«Corbeil-Essonnes a renversé le vieux monde », clame Bruno Piriou, nouveau maire divers gauche de la ville qui aura passé les 25 dernières années à se battre contre le système Dassault. L’installation du conseil municipal qui s’est tenu, samedi 4 juillet au matin, avait donc un goût particulier pour celui qui s’est présenté cinq fois à la mairie de Corbeil-Essonnes. Le dimanche 28 juin, il a été élu avec 48,54 % des suffrages, soit 3 661 voix, devant l’héritier de Serge Dassault (43,18 %, 3 257 voix).

Crise sanitaire oblige, la séance a eu lieu dans le palais des sports de la ville avec un public restreint. Aux portes, une poignée de policiers veillent. Le soir de l’élection, des tensions sont survenues et un « À mort Piriou ! » a été tagué sur une école de la ville. C’est pourtant dans une ambiance calme et studieuse que se déroule l’installation du conseil. 

« Bruno Piriou a gagné, c’est un fait incontestable », démarre le maire sortant, Jean-Pierre Bechter (LR), avant de rappeler à dessein la forte abstention (65 %) de ce second tour. L’homme lige de Serge Dassault a pris soin de rendre hommage à l’homme d’affaires décédé en mai 2018. « Sans Serge Dassault, il n’y aurait pas ce magnifique hôpital. Sans Serge Dassault, je ne serais pas arrivé à Corbeil-Essonnes », déroule-t-il.

Sans Serge Dassault, Corbeil-Essonnes n’aurait pas été le terrain d’un système clientéliste hors norme qui lui a valu une mise en examen pour achat de voix en 2014, que le milliardaire avait lui-même reconnu dans un enregistrement révélé par Mediapart. Le candidat défait, Jean-Pierre Bechter, lui aussi pris dans le scandale, devra comparaître devant le tribunal correctionnel pour achat de votes sur les années 2009 et 2010.

« Cela a brisé la vie de jeunes femmes et de jeunes hommes, cela a instauré un climat délétère. Il est temps qu’une page se tourne », insiste Bruno Piriou, qui a été salué par le candidat malheureux de La République en marche, Jean-Luc Raymond. 

Discours de Bruno Piriou, maire de Corbeil-Essonnes. © Héléna Berkaoui Discours de Bruno Piriou, maire de Corbeil-Essonnes. © Héléna Berkaoui

Mais comment tourner la page quand 25 ans de manœuvres et de soupçons qui ont si profondément miné la ville ? « Il y a une génération qui a grandi avec Dassault, rappelle Elsa Touré, nouvelle adjointe à la jeunesse. On est aussi dans une ville qui apprend à ne pas être binaire et manichéenne. Certains étaient avec Dassault et ont fait des choses bien. »

La défaite de Jean-Pierre Bechter fait craindre aux employés de la mairie une forme de purge dans les rangs. « On va chercher à apaiser, il n’y aura pas de chasse aux sorcières », martèle Bruno Piriou. Le nouveau maire a néanmoins annoncé le lancement d’un audit interne, appuyant notamment sur le fait que « tout travail mérite salaire mais que tout salaire mérite travail ».

Pas de purge donc mais un gros travail de « réconciliation » entre les habitants et aussi avec la démocratie. Toutes proportions gardées (comparaison n'étant pas raison), Bruno Piriou dresse un parallèle avec l’œuvre de Nelson Mandela et les commissions vérité et justice. L’élu compte aussi développer des conseils de quartier et tout ce qui pourra favoriser une forme de démocratie participative.

Dans le parc Chantemerle, où se poursuivent les festivités, des agents de la ville restent légèrement en retrait. Moussa, un habitant, écoute le discours de loin et se dit « mitigé » quant à la victoire de Bruno Piriou. Le président du club Boxe Corbeil, Farid Brahimi, se réjouit au contraire, sans toutefois tacler l’ancienne mandature : « Il y avait des côtés positifs et négatifs, dont les faits divers, mais ils faisaient le taf. Après, Bruno a de bons projets, j’espère qu’il va y arriver. »

Les compagnons de campagne de toujours de Bruno Piriou sont forcément moins conciliants avec le passé. L’un d’eux ironise sur le rapport entre la réduction de la taille des enveloppes et les résultats de Jean-Pierre Bechter. « Avec tout cet argent, on aurait pu construire un gymnase, une école », souffle Elsa Touré. Si la transition reste centrale pour l’équipe de la nouvelle majorité, ils disent aussi leur soulagement que la victoire n’ait pas donné lieu a plus de heurts.

« Il faut tenir l’idée de la réconciliation », répète Bruno Piriou avant de rejoindre à la visite du tout nouveau premier ministre, Jean Castex, qui se tient justement à Corbeil-Essonnes.

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