Sourde aux critiques, Marine Le Pen garde son cap

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Le congrès du Rassemblement national a décidé ce week-end à Perpignan de confier à Jordan Bardella la présidence du RN par intérim, pour que Marine Le Pen se consacre dès septembre à la campagne présidentielle.

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Réélue sans surprise à la tête du Rassemblement national (RN), avec un score de 98,5 % en l’absence de candidature alternative, Marine Le Pen a tenu au 17e congrès du parti ce week-end à Perpignan son premier discours de candidate à la présidentielle.

Au lendemain d’une lourde défaite électorale qui a vu le RN perdre un tiers de ses conseillers régionaux et la moitié de ses cantons, la présidente du parti d’extrême droite a semblé vouloir refermer au plus vite cette calamiteuse séquence pour se lancer dans la bataille présidentielle.

Hermétique aux critiques qui ont émergé dans sa famille politique, elle a expliqué face à ses troupes déboussolées qu’il fallait surtout garder le cap.

Jordan Bardella nouveau président par intérim du Rassemblement national et Marine Le Pen candidate à la présidentielle, lors du congrès du 4 juillet 2021 à Perpignan. © VALENTINE CHAPUIS / AFP Jordan Bardella nouveau président par intérim du Rassemblement national et Marine Le Pen candidate à la présidentielle, lors du congrès du 4 juillet 2021 à Perpignan. © VALENTINE CHAPUIS / AFP

« Avec tout le respect que nous avons pour notre propre histoire, nous ne reviendrons pas au Front national », a-t-elle ainsi affirmé en réponse à son père qui l’avait accusée d’avoir affadi la ligne du parti en cherchant à tout prix à plaire à la droite. Assurant vouloir tourner le dos aux « outrances, aux attitudes belliqueuses, aux provocation juvéniles », Marine Le Pen a ainsi martelé qu’elle souhaitait que son parti soit « un parti ouvert à tous, un parti créatif et audacieux ».

Une façon, sans doute aussi, de renvoyer dans les cordes ceux qui, au sein de sa famille politique, estiment qu’Éric Zemmour, multi-condamné pour provocation à la haine raciale, serait mieux placé qu’elle pour livrer la bataille présidentielle.

Et de s’inscrire dans le droit fil de l’ouverture aux transfuges de LR comme Thierry Mariani ou Jean-Paul Garraud, qui a pourtant été sévèrement sanctionnée dans les urnes et est contestée, de plus en plus ouvertement, par les cadres locaux.

Jordan Bardella, qui a obtenu un piètre score en Île-de-France avec à peine 11 % des voix, a ainsi été désigné pour exercer la présidence par intérim du parti au mois de septembre. Un « jeune général de 25 ans qui a gagné ses galons sur les champs de bataille électoraux », s’est enthousiasmée Marine Le Pen pour présenter son poulain, qui disputait la fonction au maire de Perpignan Louis Aliot. Une aimable façon de décrire cet apparatchik sans consistance, élevé en politique sous les projecteurs des chaînes d’info.

Pour rassurer ceux qui doutent de sa ligne dure et sont inquiets de ce que peut signifier « l’ouverture » du parti, Marine Le Pen a sur le fond tenu un discours bien conforme aux fondamentaux de l’extrême droite.

Elle a ainsi annoncé, comme première mesure, vouloir proposer aux Français « dès [s]on élection » un référendum sur l’immigration en les interrogeant sur le regroupement familial, le droit du sol, l’accueil des « prétendus » mineurs isolés, les expulsions d’étrangers délinquants ou la régularisation des sans-papiers.

Livrant un discours très virulent sur l’Union européenne – qu’elle ne souhaite plus quitter –, elle l’a présentée comme préparant « un pacte de submersion qui permettra à 70 millions potentiels de migrants de s’installer en Europe ». Et elle a agité une fois de plus, devant une salle comblée, le spectre de l’intégration de « la Turquie islamiste d’Erdogan ».

Elle a aussi raillé un président coupable d’avoir affaibli la fonction présidentielle en « s’exhibant avec des délinquants torse nu » – en référence à une photo le montrant à Saint-Martin aux côtés d’un ancien délinquant – ou transformant l’Élysée en « boîte de nuit interlope » – pour évoquer une invitation lors du 14 Juillet.

Deux clichés où Macron pose aux côtés d’hommes noirs qui avaient enflammé la fachosphère, celle-ci se déchaînant dans un torrent de propos racistes et homophobes. Une allusion en forme de clin d’œil, là encore, à son électorat, pour bien rappeler que la fille de Jean-Marie Le Pen n’a rien renié des piliers idéologiques de son parti.

Se félicitant d’une « victoire idéologique quasi totale » de son parti, qui a réussi à donner le tempo du débat public tous ces derniers mois, Marine Le Pen a appelé ses troupes à la transformer « en victoire politique ».

Alors qu’une grande partie des électeurs du RN se sont abstenus aux derniers scrutins, Marine Le Pen a, une fois de plus, tancé les abstentionnistes. « L’abstention est un effacement du citoyen qui revient à laisser le champ libre aux gens en place », a-t-elle déclaré, avant de sermonner : « Le “gilet jaune” qui s’abstient ne fait qu’un seul gagnant : Macron ! »

Renouvellement de cadres

Pour acter le maintien de sa ligne, malgré les doutes d’une partie de ses cadres, les « prises de guerre » de LR, Thierry Mariani et Jean-Paul Garraud, sanctionnés dans les urnes, ont intégré le bureau exécutif, l’instance décisionnaire du parti. Idem pour Hervé Juvin, candidat malheureux dans les Pays de la Loire, qui n’est lui toujours pas adhérent au parti, pas plus que Mariani. Jean-Paul Garraud a lui pris sa carte à la veille du congrès, de quoi faire grincer les dents des historiques du Front.

Trois femmes font également leur entrée au bureau exécutif, jusque-là intégralement masculin : Edwige Diaz, candidate défaite en Nouvelle-Aquitaine, Hélène Laporte, eurodéputée, et Alexandra Masson, tête de liste du RN dans les Alpes-Maritimes, position qu’occupait son mari Olivier Bettati six ans plus tôt.

Le très jeune Kevin Pfeiffer hérite du poste peu enviable, au regard des finances du parti, lourdement endetté, de trésorier, jusque-là occupé par Wallerand de Saint-Just.

Le directeur de campagne de Thierry Mariani, l’identitaire Philippe Vardon, dont le passé sulfureux a sans doute plombé en partie le candidat du RN en Paca, n’a pas été reconduit au bureau national, l’instance juste en dessous du bureau exécutif.

Après les différents scandales provoqués par les propos racistes et antisémites de certains candidats aux élections régionales et départementales, Marine Le Pen ne souhaite visiblement pas s’encombrer dans sa route vers 2022.

Des proches de Marion Maréchal, qui reste une opposante fantôme depuis qu’elle a quitté le parti en 2017, ont également été écartés, à l’image de Sophie Robert, dont plusieurs des filles sont inscrites à l’école de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen (lire ici notre enquête).

Le conseil national, dont l’élection par les militants permet de jauger le poids politique des différentes lignes, fait la part belle aux proches de Marine Le Pen. Une satisfaction pour la candidate du RN à la fonction suprême, sortie très affaiblie des récentes élections. Elle tient, au moins, encore son parti.

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