A Grenoble, écologistes et PG rêvent de «réinventer» la gauche

Par
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

« Désenchantement »

En pleine crise du Front de gauche, le PG nationalise l'enjeu. « Je vais revenir faire la fête à la mairie. Ceux qui sont au pouvoir dans ce pays ne sont plus la gauche. Ils gèrent comme Schröder et Blair. Il faut reconstruire de l'espoir, montrer qu'un autre projet est possible », affirme la coprésidente du PG, Martine Billard. « Grenoble va être une ville très intéressante », a lancé Jean-Luc Mélenchon la semaine dernière. Il devrait bientôt faire le déplacement, même si sa présence n'enchante pas certains écologistes.

« Le PS, pour l'essentiel, porte le vieux monde, assure l'ex-secrétaire national d'EELV, Pascal Durand. Le réformisme de transformation fait défaut à la gauche actuelle. Il passait auparavant par le Parlement, mais je n'y crois plus : les lobbies sont trop puissants. Il passe maintenant par le bas. Grenoble peut être le premier lieu en France où ça peut marcher. Et dans ce cas, comme un domino, tout va s'écrouler. » Un vrai discours d'opposant, comme si EELV n'avait pas deux ministres au gouvernement. Une flopée de leaders écolos pourraient venir d’ici le 23 mars : l'actuelle cheffe du parti Emmanuelle Cosse, la ministre Cécile Duflot, voire Daniel Cohn-Bendit – une visite qui ne réjouit pas les adhérents du PG.

Même si le mandat 2001-2008 a été marqué par des dissensions, les écologistes ont gouverné la ville pendant treize ans avec le PS. Dans le passé, le poste d'adjoint au logement et à l'urbanisme, des enjeux clés de la campagne, ont été occupés par des écolos. Dans l'opposition depuis 2008, ils votent souvent avec le PS. Le « rassemblement » EELV-PG a pourtant élaboré un programme de rupture, avec « trois fils directeurs : une ville démocratique, un bouclier social municipal, et une ville à taille humaine », énumère Élisa Martin (PG).

La liste cible ses critiques sur les grands projets de Michel Destot : le grand stade des Alpes, sous-utilisé, contesté par les écologistes et les associations citoyennes ; les projets de rocade autoroutières ; la candidature (ratée) de Grenoble aux Jeux olympiques d'hiver de 2018 ; le projet d'aménagement de l'Esplanade, dont l'Ades a obtenu l'annulation du plan d'urbanisme.

Elle dénonce la folie des grandeurs de la majorité sortante (« il y a un côté prétentieux », admet un adjoint de Destot qui rempile avec Safar), conteste le financement direct par les collectivités de pôles de compétitivité ou du méga-programme Nano 2017. « Avec Michel Destot, Grenoble est devenue une ville pour les magazines en papier glacé : les projets arrivent tout ficelés et les habitants n'ont plus qu'à choisir la couleur des pots de fleurs », résume Éric Piolle.

La dynamique militante est réelle. Les happenings de campagne sont souvent inventifs. Mais mobiliser reste difficile, admet Alain Manac'h, sympathisant écologiste, figure du quartier populaire de la Villeneuve : « J'ai fait une réunion d'appartement chez moi, il y avait moins de monde que d'habitude. Les gens se sont fait tellement tartiner... »

Le candidat PS, Jérôme Safar © M.M. Le candidat PS, Jérôme Safar © M.M.

En face, le candidat socialiste, Jérôme Safar (photo), dauphin désigné de longue date par Michel Destot, dénonce un « accord d'appareils », une liste « ingérable », « faux nez de Jean-Luc Mélenchon ». Il prédit qu'il sera devant au premier tour, de loin. Ce quadra est l'incarnation de l'apparatchik socialiste : assistant parlementaire de Destot dès 1988, il a été son adjoint à la culture, puis son premier adjoint, chargé des finances et de la sécurité – il a aussi travaillé dans le privé, DRH chez Bouygues.

Destot l'admet : il a « hésité » à passer la main : « Je ne souhaitais pas qu'on perde la ville. J'étais le meilleur candidat, ce n'est pas prétentieux de le dire, ici tout le monde me connaît. Mais le moment était venu. » Le PS compte mettre Jérôme Safar sur orbite pour devenir président de la métropole grenobloise qui verra le jour en 2015 et détiendra bien plus de pouvoirs que la ville.

Pour marquer sa différence, Safar a renouvelé sa liste « à 60 % ». Les figures de droite avec qui gouvernait Michel Destot depuis 2008 (un ancien adjoint d'Alain Carignon, l'ancien président des Amis de Sarkozy en Isère) n'y figurent pas. L'adjoint Modem à l'urbanisme de Michel Destot, Philippe de Longevialle, est parti seul. Safar est soutenu par le PCF (scotché par son alliance électorale avec le PS qui lui garantit quelques grosses mairies dans l'agglomération), le parti radical de gauche ou Go-Citoyenneté, un mouvement local né à la fin des années Carignon.

Il assume le bilan Destot (l'innovation, la sécurité, la rénovation urbaine, l'aide sociale : Grenoble a le deuxième CCAS de France, etc.). Mais revendique « une nouvelle méthode, un nouveau projet », et assume une « rupture » sur l'école, un des points contestés du bilan de l'équipe sortante : s'il est élu, chaque petit Grenoblois aura une tablette au CP.

2008. Michel Destot et sa directrice de cabinet, l'actuelle ministre Geneviève Fioraso © DR 2008. Michel Destot et sa directrice de cabinet, l'actuelle ministre Geneviève Fioraso © DR

Le candidat socialiste n'est pas très connu des Grenoblois. L'été dernier, un sondage de notoriété commandé par le PS avait donné des résultats décevants. Ce samedi 1er mars, sur le marché de Saint-Bruno, un quartier populaire derrière la gare, deux papis abordent le candidat. « Vous représentez Destot ou Carignon ? » « Michel Destot… C'est moi qui lui succède. » « Destot, c'est mon ami », dit l'un des deux, Ahmed, 82 ans. « C'est moi qui vais devenir votre ami maintenant », plaisante Safar. Rires, tapes sur l'épaule. Le candidat socialiste s'éloigne. Ahmed se confie: « Je vote Destot. Mais lui je m'en fous, je ne le connais pas. »

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Modification, jeudi 6 mars. Dans la première version de l'article, une citation (« On sent un désenchantement. Le gouvernement mène une politique de droite de l'offre qui ne peut pas fonctionner, ça peut décourager des militants et des électeurs ») a été attribuée à une élue socialiste grenobloise dont le nom était cité. Celle-ci m'a affirmé par mail ne jamais avoir tenu ses propos. Ils sont notés dans mon cahier, ils ont donc bien été prononcés ce jour-là lors d'une rencontre avec des militants, mais pour être franc, je ne me souviens plus des circonstances exactes de cette prise de notes. Du coup, dans le doute, la citation à été anonymisée. Ce qui n'enlève rien à sa force.