A Grenoble, écologistes et PG rêvent de «réinventer» la gauche

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Se démarquer d'un gouvernement impopulaire

Jérôme Safar doit surtout affronter le scepticisme des électeurs. « Il y aura de l'abstention. À quel niveau ? Il y a des gens hésitants et ceux qui ne disent rien, ce n'est pas mieux. » Les habitants lui parlent de leur « honte d'être représentés par cette équipe » gouvernementale. « Ils disent qu'il faut les changer, qu'ils ne sont pas capables. Ils veulent de la compétence. » Plaidoyer pro domo du gestionnaire. Façon, aussi, de se démarquer d'un gouvernement impopulaire pour éviter la sanction.

À la Villeneuve, 11 000 habitants, un quartier populaire du sud de la ville, le candidat et des militants distribuent des tracts à la sortie des écoles. L'accueil est poli. Une mère de famille promet de voter PS si on lui trouve un nouveau logement. « J'ai toujours voté à gauche, là je ne sais pas, dit un habitant qui s'occupe de familles roms. Je suis un peu écœuré. La société se décompose. » « Il y a peu de discussions. C'est souvent "merci, bonne soirée" », dit Hélène Vincent, adjointe PS. « On sent un désenchantement. Le gouvernement mène une politique de droite de l'offre qui ne peut pas fonctionner, ça peut décourager des militants et des électeurs », craint un militant socialiste.

La Villeneuve, grand quartier populaire de Grenoble © M.M. La Villeneuve, grand quartier populaire de Grenoble © M.M.

Face à la liste rivale, le PS joue la carte du « sérieux ». Éreinte les écologistes et le PG, qui proposent les transports gratuits pour les moins de 25 ans et la remunicipalisation du gaz, de l'électricité et du chauffage. « Ça coûte 100 millions d'euros, c'est autant d'impôts en plus », dit Jérôme Safar. « La liste menée par Éric Piolle veut livrer un combat des gauches, mais l'assemblage bancal qui la compose confine plus à un mélange d'extrême gauche, d'écologie radicale, d'opposants au principe d'innovation, même si ce n'est pas le cas de tous les colistiers, assure le député PS de Grenoble-centre, Olivier Véran. Ce mélange improbable serait dangereux pour l'écosystème grenoblois. »

En privé, un socialiste évoque ces « obscurantistes » qui veulent prendre la ville. Safar, lui, se garde d'être trop dur et pointe le spectre d'un retour de la droite. « Il ne faut pas se tromper d'adversaires quand les temps sont durs pour la gauche, et c'est le cas ces temps-ci. Je crie au feu. On ne peut pas se permettre des divisions artificielles. »

1995. Alain Carignon quitte le tribunal de Lyon après son procès pour corruption. © M.M. 1995. Alain Carignon quitte le tribunal de Lyon après son procès pour corruption. © M.M.

En face, le candidat UMP-UDI bataille pour exister, plombé par la présence sur sa liste, en position éligible, de l'ancien maire Alain Carignon, condamné en 1996 pour corruption, abus de biens sociaux, subornation de témoins : cinq ans d'inéligibilité, 29 mois de prison ferme. Après un long psychodrame, une primaire annulée, une guerre fillonistes-copéistes évitée de justesse, c'est Matthieu Chamussy, élu d'opposition depuis deux mandats, qui conduit la liste.

« Bien sûr j'aurais préféré, et Alain Carignon le sait, que les choses se passent différemment, qu'il fasse un autre choix. Mais comme disait le Général, il n'y a pas de politique qui vaille en dehors des réalités. » Il ne se risque pas plus loin dans la critique. Se réjouit juste de « l'avoir fait reculer significativement de la troisième à la neuvième place ». Malgré l'opprobre, Carignon reste intouchable. « Ce monsieur est majoritaire sur la liste et c'est lui qui tire les ficelles. Il affaiblit la droite et renforce le FN », s'inquiète Jérôme Safar.

Sur le papier, Chamussy n'a aucune chance de devenir maire. À moins que le Front national n'atteigne les 10 % et accède à une quadrangulaire au second tour. Le jeu serait alors un peu plus ouvert. Surtout si la gauche reste divisée. Voilà pourquoi, malgré la rudesse de la campagne, et des positions très tranchées sur des dossiers clés (le développement économique, la vidéosurveillance, l'urbanisme, etc.), Piolle, Martin et Safar pensent déjà au second tour.

Ils se connaissent bien : tous trois dirigent leurs groupes respectifs au conseil régional Rhône-Alpes. Ils refusent par avance de fermer les portes, jugeront au soir du premier tour sur la base des résultats. « Tout est toujours possible », assure Michel Destot, du haut de son Aventin. D'ici là, ce sera la guerre à gauche.

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Modification, jeudi 6 mars. Dans la première version de l'article, une citation (« On sent un désenchantement. Le gouvernement mène une politique de droite de l'offre qui ne peut pas fonctionner, ça peut décourager des militants et des électeurs ») a été attribuée à une élue socialiste grenobloise dont le nom était cité. Celle-ci m'a affirmé par mail ne jamais avoir tenu ses propos. Ils sont notés dans mon cahier, ils ont donc bien été prononcés ce jour-là lors d'une rencontre avec des militants, mais pour être franc, je ne me souviens plus des circonstances exactes de cette prise de notes. Du coup, dans le doute, la citation à été anonymisée. Ce qui n'enlève rien à sa force.