À Caen, l'UMP « rame à contre-courant »

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A Caen, la campagne droitière du candidat UMP, ajoutée à son bilan, peine à convaincre. Les militants sont à la peine : « On a perdu du terrain par rapport à 2007. Les gens veulent punir le sortant ».

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De notre envoyée spéciale à Caen (Calvados)

Nicolas Sarkozy tient meeting ce vendredi au Zénith de Caen, à quelques centaines de mètres de celui de François Bayrou, au Centre des congrès. Le président-candidat était attendu pour une visite de terrain – une poissonnerie incendiée à Trouville et la Croix de Lorraine commémorant le retour de De Gaulle après le débarquement de 1944. Il se contentera finalement d’un meeting. «Un problème de timing»,comme l'affirme Joël Bruneau, patron de l’UMP du Calvados ? Ou bien la crainte d'un nouveau chahut, après les insultes à la Réunion et les huées à Bayonne ? Le Collectif 14 pour le respect des droits des étrangers a déjà annoncé une manifestation à Caen «contre les politiques racistes et la xénophobie».

L'épouse du chef de l’État, elle, voit dans l'«anti-sarkozysme» ambiant «un phénomène d'élite parisienne». «Sur le terrain, je ne ressens pas d'agressivité, les gens semblent aimer Nicolas», a-t-elle déclaré le 5 avril dans un entretien au Nouvel Observateur. Jeudi, lors de la présentation de son projet, Nicolas Sarkozy s'en est lui aussi pris aux journalistes : «Y aurait-il des sujets dont vous, les élites, vous décideriez qu’on n'aurait pas le droit de parler ?». À Caen, ville historiquement à droite, mais aux mains de la gauche depuis 2008, les militants UMP ont pourtant l’impression de «ramer à contre-courant». La campagne droitière du candidat UMP, ajoutée à son bilan, peine à convaincre dans le Calvados, terre de tradition modérée.

Nicolas Bossart, militant UMP depuis 1995. © M.T. Nicolas Bossart, militant UMP depuis 1995. © M.T.

Ce mercredi, Nicolas Bossart est fatigué. «Désolé» aussi d'être «encore plein de colle». Cet agent immobilier de 35 ans a collé des affiches jusque trois heures du matin. Demain, nouvel après-midi «boîtage». Il le dit avant même qu'on pose la question : «Ici, on est moins bien accueillis, on n’ose pas s’afficher comme militant de droite.» Ancien de l'UNI, adhérent RPR dès 1995 puis UMP, il avoue avoir toujours eu «mauvaise presse» au sein de sa filière étudiante littéraire. Mais aujourd’hui, «il y a en plus une cristallisation sur la personne de Nicolas Sarkozy. Le Fouquet’s, le yacht de Bolloré, tout cela a détruit son image», raconte-t-il. «On paye aussi un président libéral et un chef d'Etat qui s'est mouillé, a fait des réformes à la hussarde, en donnant presque le tournis.»

«Il y a un rejet, une haine, une honte, on le voit quand on boîte, quand on tracte. Les gens nous disent : “Dégage !,Sarko, faut le tuer à la chevrotine !,Vous n’avez pas honte ?,Vous avez du courage”». Des remarques de gens de gauche – car «la droite s’est essoufflée à Caen, la ville a basculé à gauche, les bobos, les étudiants, les immigrés, les jeunes votent à gauche» –, mais aussi de gens de droite. «Il y a un désamour de la part de ceux qui ont voté pour lui en 2007. Chez les classes populaires, on a vraiment perdu du terrain. Les gens veulent punir le sortant, il est rendu responsable de la crise. On rame à contre-courant.»

Nicolas reconnaît certains paradoxes : «Sarkozy vante les subprimes à la française (en 2008 – ndlr) puis il dénonce le capitalisme mondial. C’est compliqué en termes de crédibilité.»

A la fédération UMP du Calvados. © M.T. A la fédération UMP du Calvados. © M.T.

À ses côtés, Eric Leclercq, 40 ans, auteur de livres d'histoire, abonde : «Il y a des gens qui prennent notre tract en regardant si personne ne les voit.» Pour ce militant UMP encarté depuis un an, ancien de Démocratie libérale, «la température, c’est sur les marchés». Nous le retrouvons donc le lendemain matin au marché de la Guérinière, quartier populaire au sud de Caen. Il est 9h30, Eric tracte seul sous les averses. «Il y a dix ans, c’était un quartier très difficile, raconte-t-il. On n’est pas forcément en territoire ami ici, mais ne pas y venir, ce serait déjà avoir perdu... C’est un quartier qui brasse de nombreuses populations, il faut venir proposer le choix aux Français.»

Un commerçant installe son stand de sacs. «Avec Sarkozy, c’est “Dites-moi ce dont vous avez besoin et je vous dirai comment vous en passer !”», lance-t-il à une cliente en paraphrasant Coluche. Eric sort ses tracts et s'égosille : «Le grand meeting du président Sarkozy au Zénith !» Premier échange : «Nous, on vote pas, on est étrangers !» Une jeune femme d'origine africaine le rattrape : «Moi je vote !» Coup d’œil sur le tract. «Ah mais pas si c’est Sarko !», dit-elle en rendant la brochure. «Mais c’est le président !», justifie Eric. «Et il a fait quoi en cinq ans ?» Certains le saluent d'un «merci» poli, mais les deux tiers refusent, et à son passage, les remarques fusent :

"Sarkozy, sûrement pas!" © Mediapart

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Je me suis rendue à Caen (Calvados) les 4, 5 et 6 avril, en amont du meeting de Nicolas Sarkozy.