Leçons françaises d'une surprise américaine

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Vote américain, la victoire de Barack Obama est aussi un référendum mondial. L'espérance que le candidat démocrate a fait naître dans son propre pays entre en résonance avec celles des peuples les plus divers sur tous les continents, dans toutes les langues. A partir de janvier 2009, l'exercice concret de cette nouvelle présidence dira si cet espoir est fondé ou illusoire. Dans l'immédiat, c'est cet écho mondial qu'il faut interroger et, plus particulièrement, ici en France. Que nous révèle la victoire d'Obama? Sur l'état de notre démocratie, sur notre rapport au monde, sur notre vision de l'identité?

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Quelques mois après le 11 septembre 2001, Régis Debray s'était moqué de l'esprit de croisade alors en vogue aux Etats-Unis en jouant avec le rappel ironique de l'édit de Caracalla, empereur romain, né à Lyon en 188, qui, en 212, étendit à tous les hommes libres de l'empire le droit de cité romain afin de faire cesser «chicanes et réclamations ». L'Edit de Caracalla ou plaidoyer pour des Etats-Unis d'Occident (Fayard, 2002) se présentait comme la défense d'une Fédération euro-américaine par un défunt haut fonctionnaire français, Debray se chargeant de la réplique à cet ouvrage posthume. Sans doute cet essai témoignait-il de cette propension française à ramener les Etats-Unis d'Amérique, pour s'en démarquer le plus souvent, à un essentialisme simplificateur qui, par contraste, grandit notre prétention hexagonale à l'universel. Mais, au-delà d'une critique pertinente des aventures impériales d'alors, Debray visait juste sur un autre point: que nous le voulions ou non, empire oblige en effet, nous sommes autant concernés que les citoyens américains eux-mêmes par le sort de l'Amérique.