Leçons françaises d'une surprise américaine

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Quelques mois après le 11 septembre 2001, Régis Debray s'était moqué de l'esprit de croisade alors en vogue aux Etats-Unis en jouant avec le rappel ironique de l'édit de Caracalla, empereur romain, né à Lyon en 188, qui, en 212, étendit à tous les hommes libres de l'empire le droit de cité romain afin de faire cesser «chicanes et réclamations ». L'Edit de Caracalla ou plaidoyer pour des Etats-Unis d'Occident (Fayard, 2002) se présentait comme la défense d'une Fédération euro-américaine par un défunt haut fonctionnaire français, Debray se chargeant de la réplique à cet ouvrage posthume. Sans doute cet essai témoignait-il de cette propension française à ramener les Etats-Unis d'Amérique, pour s'en démarquer le plus souvent, à un essentialisme simplificateur qui, par contraste, grandit notre prétention hexagonale à l'universel. Mais, au-delà d'une critique pertinente des aventures impériales d'alors, Debray visait juste sur un autre point: que nous le voulions ou non, empire oblige en effet, nous sommes autant concernés que les citoyens américains eux-mêmes par le sort de l'Amérique.