Bayrou-Borloo: l'attelage impossible

Par

Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont officialisé mardi leur union en présentant leur mouvement, « L'Alternative ». Mais, sur le plan idéologique comme politique, cette alliance accumule les incohérences. Votes en 2012, positionnement pendant le quinquennat Sarkozy, conception du centre, affaire Tapie : de nombreux éléments séparent les deux leaders centristes.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Après plus de onze ans de séparation, des mois de rapprochement et un tweet commun, le MoDem et l’UDI ont présenté mardi une charte officialisant leur union, lors d’une conférence de presse à la Maison de la chimie, à Paris. L'objectif : percer aux municipales de mars avec un mouvement commun, baptisé « UDI-MoDem : l’Alternative ».

Pendant plusieurs années, les tentatives de rabibochage ont toujours échoué. Lorsque Hervé Morin et Jean-Louis Borloo créent leur confédération des centres, en 2011, Bayrou décline fermement la main tendue : « Ils sont dans la majorité, ils ont été ministres, ils revendiquent d'être une droite, ceci n'est pas mon combat ! »« ce n’est pas du tout mon projet. » L’année dernière, Hervé Morin semblait d’accord… avec ce désaccord, puisqu'il refusait un rassemblement de « carpes et de lapins ».

Et pourtant, à cinq mois des municipales, voici l'union scellée, qu'ils justifient par « l'état réel de la France »« Nous prenons nos responsabilités. Nous décidons de nous rassembler pour créer une force dont la mission sera de faire face à cette crise », écrivent-ils dans leur charte commune (à lire ici). Le tandem Bayrou-Borloo se voit une « identité » commune : « Nos valeurs n’ont jamais cessé d’être les mêmes, nos convictions aussi, même si nous avons été séparés par la bipolarisation de la vie électorale. »

Mardi, Borloo a parlé d'un « diagnostic partagé »« face à la situation de désespoir de notre pays ». François Bayrou s'est dit quant à lui « très heureux de ce qui se passe pour des raisons politiques et pour des raisons humaines aussi ». 

Sur le plan idéologique comme politique, cet attelage a pourtant de quoi surprendre. Votes en 2012, positionnement pendant le quinquennat Sarkozy, conception du centre, affaire Tapie, etc. : de nombreux éléments séparent les deux leaders centristes. Avec cette alliance, le MoDem bascule en tout cas à droite, mettant fin au rêve de grande « majorité centrale » de Bayrou.

  • 1. Soutien à Hollande contre soutien à Sarkozy

En 2007, François Bayrou se refuse à voter Nicolas Sarkozy au deuxième tour. En 2009, il publie Abus de pouvoir (Plon), réquisitoire contre l’hyperprésidence sarkozyste, « la plus impressionnante confiscation de tous les pouvoirs » depuis des décennies. En 2012, il appelle à voter François Hollande au second tour, estimant que le président sortant « s’est livré à une course-poursuite à l’extrême droite » et a choisi « une ligne violente ». Il dénonce son « obsession de l’immigration » et son « obsession des frontières à rétablir » (lire notre article).

De son côté, Jean-Louis Borloo a soutenu Sarkozy en 2007 et a rejoint son gouvernement. Après avoir loupé la marche de Matignon, fin 2010, il quitte l’UMP pour créer l’Union des démocrates et indépendants (UDI). Un coup de bluff : il ne se présente finalement pas à la présidentielle et soutiendra le candidat Sarkozy en 2012, après des retrouvailles médiatiques à Valenciennes (photo ci-dessous).

Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo à Valenciennes, le 23 mars 2012, pendant la campagne présidentielle. © Reuters Nicolas Sarkozy et Jean-Louis Borloo à Valenciennes, le 23 mars 2012, pendant la campagne présidentielle. © Reuters

  • 2. « Centre indépendant » contre centre droit

« Le garant d'un centre sans adjectif. » C’est en martelant cette différence que François Bayrou a créé son Mouvement démocrate (MoDem), après la présidentielle de 2007. Le leader du MoDem refuse le bipartisme, défend l’idée d’un centre « indépendant » et le concept d’une « majorité centrale » (qu’il avait exposé dans un grand entretien à Mediapart en 2011). « Bien sûr qu’il faut qu’on parle et pas qu’avec un seul bord ! » expliquait-il dans un autre entretien à Mediapart, en 2009.

Pendant cinq ans, Bayrou a accusé ses anciens acolytes de s’être mis « en position de satellite de Nicolas Sarkozy alors que la veille encore ils en disaient des choses horribles ». En mai 2008, face à notre caméra, le Béarnais revenait sur la désertion des élus UDF à l’entre-deux-tours de la présidentielle de 2007, puis leur création d’un parti, le Nouveau Centre. « Ils n’ont de centre que le nom », expliquait-il, en dénonçant « une manœuvre télécommandée par qui l'on sait pour obtenir le retour du centre à l'UMP. » Lui, disait-il, « assumer(a) jusqu’au bout l’idée que ça ne vaut la peine que si l'on est indépendant ».

« Ma conviction à moi, c’est que ça, ça bousille la politique française. Cette perpétuelle manœuvre en dessous, qui consiste à dire “ah, nous sommes complètement indépendants”, mais où, quand il faut aller chercher son siège, on va le chercher dans les accords d’arrière-boutique (…), ça c’est nul », martelait Bayrou.

Bayrou video 3 © Mediapart

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale

Retrouvez nos grands entretiens avec François Bayrou : en 2008, en 2009, en 2011, en 2012, en 2013 (ici et ).
Et notre dossier sur la campagne présidentielle du MoDem en 2012, ici