Cahuzac et Giscard, une bruyante stéréo

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Où l'on s'aperçoit que Jérôme Cahuzac, souvent présenté comme le meilleur jongleur de chiffres qu'ait connu un gouvernement de la Ve République depuis Giscard d'Estaing, adopte la même défense que ledit Giscard au moment de l'affaire des diamants...

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Dans Les Névroses, recueil de 1883, un poète oublié, Maurice Rollinat (1846-1903), publiait Douleur muette, qui commençait ainsi :
Pas de larmes extérieures !
Sois le martyr mystérieux ;
Cache ton âme aux curieux
Chaque fois que tu les effleures.

Jérôme Cahuzac, en son épiphanie du 6 janvier sur Europe 1, aiguillonné par Jean-Pierre Elkabbach, a martelé « que l'important commandait et qu'il fallait s'efforcer de ne pas passer trop de temps sur le vulgaire et l'accessoire ».

Ce coup du mépris semble calqué sur l'exercice auquel s'était livré, à propos de l'affaire des diamants reçus de Bokassa, Valéry Giscard d'Estaing, en novembre 1979, aiguillonné par... Jean-Pierre Elkabbach! :

Monsieur Giscard et les diamants © Mediapart

La communication de l'homme politique aux abois, en ses loopings incertains, tente toujours ce passage obligé : la curée me renforce (« Rien ne nous rend si grands qu'une grande douleur », dixit Musset). Mon silence altier de patricien romain sous les outrages signale ma puissance muette. Je suis aux affaires, géant confronté aux altissimes défis, tandis que les nains clabaudent sur telle affaire supposée, agitée, infondée, inventée. Mon calme est olympien, leur excitation sans vergogne. Seul m'importe l'important.

Parfois, l'homme politique peine à maintenir le cap et sa rhétorique s'en ressent : rien ne m'atteint tellement je m'énerve ; je suis au-dessus de tout cela et ça va barder ; j'ai déjà répondu à ces questions auxquelles je ne répondrai point.

Cependant les conseillers n'en démordront jamais : tout lasse, rien ne casse et leur créature passe. Il suffit de lire ce qu'écrivait Bernard Rideau, ancien chargé de la communication du président Giscard d'Estaing, en se retournant sans mollir sur le faux pas caractéristique du septennat de son mentor : « Considérons les effets de l'affaire des diamants que certains s'efforcent de faire passer dans l'Histoire avec un grand H. Dans nos indicateurs, face aux mots « intégrité », « honnêteté », « probité », « bonne volonté », nous n'avions enregistré aucun vacillement des chiffres. L'important (mais à quel point fûmes-nous à même d'en mesurer totalement le poids ?) était le crédit de compétence laissé au Président pour « régler les problèmes des Français ». À partir de septembre 1980, il y eut affaiblissement de la position giscardienne au regard de cet item, et les tirs croisés de ses concurrents pendant la campagne ne favorisèrent pas un quelconque redressement. »

Bref, s'il n'y avait pas eu trahison (chiraquienne), si le clan avait fait corps, si la loyauté mafieuse avait fonctionné, le parrain serait passé entre les mailles du filet d'une presse stigmatisée en Basile entonnant l'air de la calomnie. Est-il seulement possible, chuchotent avec constance les sommets embourbés, que notre façon si moderne, si étudiée, si millimétrée, de conduire les affaires publiques (antonyme tant elles sont aussi privées !), se heurte à un contre-pouvoir doublement ringard : le journalisme indépendant et démocratique ?...

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